Cas d’école tactique : Loïck Peyron a du empanner cette nuit pour marquer son avantage et se caler sur l’axe de la route des poursuivants venus du large. Du coup, ce matin, Gitana Eighty se retrouve pratiquement à ouvrir le chemin devant Jean Pierre Dick. Quant à Sébastien Josse et surtout Jean Le Cam, 75 milles plus à l’est, ils ont dû multiplier ce type de manœuvres. On imagine une nuit harassante pour ces deux hommes, en quête d’un couloir de descente plus favorable (plus occidental) pour aborder dans quelques heures le pot au noir.
Compression des écarts
Le groupe des chasseurs de l’ouest, sous spi en route directe, et bénéficiant d’un meilleur angle de vent, en a donc profité pour revenir au contact. Ce mardi matin, Paprec-Virbac 2, quatrième, n’est plus qu’à 33 milles du tableau arrière de Gitana alors qu’hier à la même heure, il accusait encore 88 milles de retard. Cette compression des écarts concerne presque la moitié de la flotte et promet, à l’aube de ce neuvième jour de course, quelques heures de régate particulièrement intenses. D’autant que la tendance devrait s’accentuer. Au petit matin, les hommes de tête ont vu leur vitesse chuter (entre 5,5 et 7 nœuds) et il faut descendre jusqu’à la 10e place (celle de Jérémie Beyou, à 97 milles des premiers) pour voir les speedomètres afficher plus de 9 nœuds.
Le regroupement sera-t-il généralisé au moment d’aborder les premiers grains orageux de la zone de convergence intertropicale ? Le pot au noir sera-t-il l’occasion d’un nouveau départ ? Possible…
Classement à 5h00 ce mardi 18 novembre : 1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 21 433 milles de l’arrivée 2- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 6,7 milles du leader 3- Sébastien Josse (BT) à 22 milles 4- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 32,9 milles 5- Armel Le Cléac’h (Brit’Air) à 42 milles
Les alizés, les poissons volants, le soleil, la chaleur, un chapelet d’îles de sable fin… Cette image de carte postale qui évoque les vacances pour un terrien relève de la haute stratégie pour les solitaires du Vendée Globe. Après les Canaries, la traversée de l’archipel du Cap-Vert est un piège à navigateur qui, généralement, peut faire perdre plus de places qu’en gagner. D’autant que le choix de la route à travers ces îles volcaniques induit directement sur le positionnement en vue d’une autre traversée piégeuse : celle du pot-au-noir d’ici mercredi. Les trois premiers ont opté pour une traversée plein centre tandis que leurs cinq poursuivants sont passés au large, par l’ouest. Un pari selon Jean Le Cam, le plus à l’est du groupe de tête, qui préfère éviter les zones sans vent de l’archipel au détriment d’une position plus favorable en vue du pot-au-noir pour ses adversaires de l’ouest.
Jean Le Cam, éphémère 6e leader
En zigzaguant de manière intrigante autour de l’île Sao Nicolau, Loïck Peyron (Gitana Eighty), solide leader depuis jeudi 13 au matin, a laissé le temps d’un classement la première place à Jean Le Cam (VM Matériaux), passé plus à l’est. Mais dès 11h, le triple vainqueur de la Transat Anglaise reprenait les commandes au triple vainqueur de la Solitaire du Figaro qui restera d’ores et déjà comme le sixième concurrent à avoir occupé la tête de la course depuis le départ. Dans l’après-midi, le cadet des frères Peyron augmentait son avance dès la sortie des îles. Ce duel, arbitré à distance par Sébastien Josse (BT), révèle l’intensité de la régate à couteaux tirés entre les premiers.
Un par un
Depuis son deuxième départ des Sables d’Olonne en 26e position, Michel Desjoyeaux (Foncia) grignote les places les unes après les autres et pointe désormais en 19e place à 650 milles du premier. Lundi, les victimes du “Professeur” s’appelaient Unai Basurko (Pakea Bizkaia) et Rich Wilson (Great American III). Les prochains dans le collimateur de Mich’ Desj’ sont Jonny Malbon (Artemis) et Steve White (Toe in the Water) à environ 160 milles devant lui. Premier à se relancer des Sables après 6 heures d’escale, Dominique Wavre (Temenos II) pointe déjà en 14e position. Les trois derniers repartis se sentent plus esseulés. Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), Derek Hatfield (Algimouss Spirit of Canada) et Jean-Baptiste Dejeanty (Groupe Maisonneuve) accusent respectivement 1322, 1705 et 2131 milles de retard sur Peyron.
Voix du large…
Loïck Peyron (Gitana), leader : « Ça a été la bagarre complète cette nuit et ce n’est pas fini. J’ai dû faire plusieurs empannages et ce n’est vraiment pas simple sur ces gros bateaux. En fait, j’ai passé une nuit blanche dans la nuit noire, avec des accélérations de vent, des calmes et entre les îles, c’était un vrai slalom. Les fichiers météo ne sont vraiment pas clairs pour le passage du pot au noir. Il va falloir faire des choix et choisir, c’est renoncer. »
Yann Eliès (Generali), 8e à 110 milles du leader : « Quand le vent monte, je prends la barre, quand ça mollit, je mets en marche le pilote automatique. C’est étonnant, d’habitude, dans ces parages, c’est grand beau temps. Là, il fait tout gris, il y a des pétrels, on dirait le grand sud ! Ce matin, j’ai récupéré deux poissons volants. Aussitôt écaillés et vidés. Je vais en faire mon repas de midi. »
Jean Le Cam (VM Matériaux), 2e à 24,3 milles du leader : « je suis sorti des îles et c’est déjà quelque chose ! Ça n’a pas été trop galère, mais j’ai quand même pris trois ou quatre heures de mou. Mais maintenant, c’est de l’histoire ancienne, on glisse doucement. Par contre, on dégouline de sueur. C’est terrible cette canicule, j’ai enlevé le t-shirt, je crois bien que je vais perdre des kilos. Mais bon, on va pas se plaindre, car dans quelques jours, on se dira qu’il fait trop froid. Et puis la navigation est belle. Ce matin, au lever du jour devant l’Ile de Maio, c’était magnifique. »
Vincent Riou (PRB), 5e à 84,8 milles du leader : « Je vois Paprec(-Virbac 2 de Jean-Pierre Dick, ndlr) devant à mon vent ; c’est bien de naviguer comme ça à deux bateaux, c’est motivant. Par rapport au tiercé de tête, je pense qu’il n’y a pas de miracle à attendre dans les heures à venir. La flotte va aborder le pot au noir assez groupée. Il y aura peut-être un tassement dans les positions, mais le premier à y entrer sera aussi le premier à en sortir. »
Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), 24e à 1322 milles : « J’ai des conditions superbes. Pas un nuage, il fait beau, il commence à faire chaud. J’ai 25 nœuds de vent. Je suis sous spi de brise avec un ris dans la grand-voile. C’est un peu mouvementé sur le pont. Côté motivation, j’essaie juste de naviguer proprement et je saisirai les opportunités si elles se présentent. »
Les premiers au pointage de 16h00 1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 21 408 milles de l’arrivée 2- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 24,3 milles du leader 3- Sébastien Josse (BT) à 27,4 milles 4- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 82,6 milles 5- Vincent Riou (PRB) à 84,8 milles
Premiers étrangers 7- Mike Golding (Ecover) à 109,6 milles 11- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 203,9 milles 12- Samantha Davies (Roxy) à 268,5 milles
L´énorme anticyclone qui remplit tout l´Atlantique assure bien à Thomas Coville une descente presque idéale jusqu´à l´Equateur à l´exception d´un léger bémol surveillé depuis 24 heures comme le lait sur le feu par les routeurs de Sodeb´O. Or, mardi soir, les deux modèles météo consultés concordaient parfaitement pour confirmer une baisse des pressions entre les Iles Canaries et les Iles du Cap Vert au moment où le maxi trimaran arriverait sur cette zone. Ce qui impliquerait des vents faibles – moins de 10 nœuds – sur environ 800 milles nautiques. On comprend que Thomas Coville, qui vise l´équateur en sept jours préfère reporter son départ d´environ 24 heures pour se présenter sur cette partie du parcours du tour du monde une fois que la dépression se sera évacuée vers l´ouest, lui ouvrant le passage vers le sud avec des vents réguliers et soutenus. Après un départ de Brest dans un flux de Nord-Ouest, Sodeb´O irait chercher un point d´empannage dans l´anticyclone des Açores qui est positionné très au Nord et génère ensuite un alizé soutenu orienté Est permettant à Thomas Coville d´effectuer une trajectoire directe vers le Cap Vert et le Pot au Noir.
Afin de battre le record du tour du monde en solitaire détenu depuis le 20 janvier 2008 par Francis Joyon, Thomas Coville devra revenir à Brest en moins de 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes.
Pour les 88 marins embarqués, peu ou aucun ne sait encore vraiment à quelle sauce ils vont être mangés sur cette route météo encore jamais empruntée par des voiliers en course. Les paris sont donc ouverts. Qui trouvera le meilleur réglage pour arriver en tête en Inde ? Pour l´heure, les écarts nord-sud ne sont pas vraiment significatifs.
A 8h cematin, une petite soixantaine de milles séparaient en latitude le plus extrême des sudistes, Ericsson 4, de Telefónica Blue le plus au nord. Entre les deux, Puma dans le tableau arrière d´Ericsson 4 ; quelques milles plus au nord, en contrôle, Ericsson 3, Green Dragon et Team Russia ; et enfin les deux autres nordistes, Telefónica Black et Delta Lloyd, dans le sillage de Telefónica Bleu. Les vitesses affichées en temps réel donnent un léger avantage aux Sudistes. Ces derniers, surfant davantage sur le bord d´une large dépression, progressaient sous spi à près de 20 nœuds de moyenne, contre 18 nœuds pour les autres concurrents placés plus au nord qui progressaient dans des vents relativement moins soutenus. Ce léger delta devrait encore se poursuivre quelques jours si les caps actuels sont maintenus. Une nouvelle dépression venant de l´ouest devrait en effet arriver rapidement sur la flotte et favoriser ceux qui auront persisté dans leur route sud.
Après deux jours de mer sans incident, seul Ericsson 3 a un chantier majeur à régler. Quelques minutes après le coup d´envoi de l´étape, après deux virements de bord un peu musclés, le génois s´est pris dans le radar fixé à l´avant du mât. Bilan, un génois déchiré, heureusement vite réparé, et, plus grave, un radar sur le pont. Un peu angoissant quand on sait les dangers de cette étape inédite. Le radar est en effet la pièce de sécurité maîtresse pour ceux qui s´aventurent dans les mers du Sud et pour cette flotte qui se dirige vers l´Inde sur un parcours semé de dangers flottants, réels comme la multitude des navires de commerce et de pêche, et potentiels comme la nouvelle piraterie. La bonne nouvelle pour l´équipage suédois, c´est qu´après s´être remis en conformité avec les règles de jauge, par un changement de voile de quille à Cape Town, leur pénalité est enfin levée et qu´ils peuvent désormais engranger 100% de leurs points. Prochaine opportunité : le passage du 58ème méridien, à n´importe quel endroit à condition qu´il soit au sud du 20° parallèle, latitude de l´île Maurice.
Si la flotte maintient cette scission entre deux grandes tendances : une route directe Nord-Est et une route Est, puis Nord, les classements devront être lus avec circonspection puisqu´ils se basent sur la distance par rapport au but. Sur le papier, malgré un tracé plus long, l´option Sud offre deux avantages potentiels: engranger en premier les points intermédiaires en franchissant en premier le 58ème méridien et bénéficier le plus longtemps possible des forts vents d´ouest des mers du sud. Mais cela, c´est sur le papier. Les autres préfèrent sans doute une route moins longue et peut-être moins exposée.
Le Cam en tête Loïck Peyron vient de perdre (provisoirement ?) les rennes de la course au moment où il déroulait son fil d’Ariane dans le chapelet d’îles sous le vent du Cap Vert…Un mini événement en soi puisque le skipper de Gitana Eighty caracolait en tête depuis le 13 novembre au matin. Comme on le pressentait, Peyron s’est frayé une voie entre les îles de Sao Vicente et Sao Nicolau, au prix de quelques empannages qui lui ont sans doute coûté du temps et de la distance.
Pointé en troisième position, il accuse désormais 9 milles de retard sur le nouveau leader Jean Le Cam (VM Matériaux), parti chercher fortune dans le sud-est de l’archipel, mais aussi crédité de la meilleure vitesse cette nuit avec 13,5 nœuds de moyenne contre 10 pour Peyron et 12,5 pour Josse (BT). Ce dernier, qui traverse le Cap Vert par son plus large couloir, n’est qu’à 1,6 milles dans le tableau arrière du bateau rose ! Au final, ces divergences de vues dans les îles ont surtout pour effet de resserrer les rangs au sein du triumvirat, dont la hiérarchie pourrait encore évoluer dans la journée.
Resserrement des rangs Entre 87 milles et 134 milles derrière, la troupe des 7 chasseurs emmenée par Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) s’est elle aussi regroupée. Cinq d’entre eux ont pris le parti de contourner l’archipel par l’ouest. A 50 milles au large des cailloux les plus occidentaux, ils devront prendre garde aux dévents éventuels de l’île Santo Antao qui culmine à presque 2000 mètres d’altitude ! Parmi eux, seuls Mike Golding (Ecover) et Jérémie Beyou (Delta Dore) devraient prendre la tangente et s’engouffrer à leur tour au milieu des volcans.
A l’arrière, les poursuivants vont quant à eux bénéficier de l’expérience de leurs prédécesseurs pour élaborer leur stratégie. Pour l’ensemble de la flotte, cet obstacle Cap Verdien est bien parti pour corser le jeu. Les leaders, eux, ne sont pas au bout de leurs peines vont s’attaquer demain à un autre " gros morceau " : le pot au noir.
Classement à 5h00 le lundi 17 novembre : 1- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 21532 milles de l’arrivée 2- Sébastien Josse (BT) à 1,6 milles du leader 3- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 9,3 milles 4- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 87,7 milles 5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 107,4 milles
Hier matin, une centaine de bateaux spectateurs gênaient la procédure, obligeant le Comité de course à reporter de 20 minutes le coup d’envoi de cette seconde étape. Un répit inattendu qui offrait aux équipages l’occasion d’avaler rapidement quelques sandwichs frais avant de se lancer pour de vrai dans la mêlée. Le dernier repas à peu près digne de ce nom avant de savourer dans une vingtaine de jours les délices de la cuisine indienne du Kerala.
Au coup de canon, Puma lancé à pleine allure sous grand voile haute, s’offre les honneurs de la ligne et prend le commandement d’un petit parcours en baie triangulaire, inscrit en prélude de ce parcours « asiatique ». S’envolant littéralement à près de 20 nœuds vers la première marque, Puma s’offre coup sur coup la première place aux deux bouées, talonné par Ericsson 4 et Green Dragon. Mais, juste après le passage de la seconde marque, après 35 mn de course, Puma entre dans une bulle de calme qui l’arrête net. Flairant la bonne affaire, la chasse s’en est donné à cœur joie, déviant sa route pour se recaler plus à terre, à la recherche d’une brise plus favorable ; au grand dam de Puma qui voit certains de ses ex-poursuivants prendre les commandes au passage de la troisième et dernière marque.
Une demi-heure plus tard, les concurrents qui ont renoué enfin avec la vitesse se scindent en deux groupes. Ericsson 4, Ericsson 3, Telefónica Blue et Green Dragon tirent le meilleur de leur option à terre, prenant l’avantage sur Puma, Telefónica Black et Delta Lloyd partis plus au large. Après 3h de course, alors que le Cap de Bonne Espérance se profile à l’horizon, les écarts restent cependant faibles, sauf pour Team Russia, resté plus longtemps que les autres piégé par les calmes légendaires de la Montagne de la Table.
Devant les étraves, 4 450 milles parsemées d’embuches ; des pièges météo au rail des navires de commerce, en passant par le redoutable courant des Anguilles, les flottilles de pêche artisanale, les tempêtes tropicales et…. les pirates. Et avoir à trancher entre deux options : viser les points de la porte située au large de l’île Maurice et risquer d’arriver dernier à Cochin, ou sacrifier les points intermédiaires et remporter le pactole à Cochin. La seconde porte à points de cette édition 2008-2009 est un passage délimité par l’Ile Maurice laissé à tribord (20°20.00S et 057°40.00E) et un arc de cercle formé entre le 05°10.00S – 48°40.00E et le15°00.00N – 58°30.00E laissé à babord.
Strip Tease Au placard les bottes et les polaires ! Avec 25 degrés de température ambiante, c’est ‘strip tease party’ à bord des 60 pieds qui ont pris pour nouvelle cible les îles du Cap-Vert. En shorts, torses nus ou carrément en tenue d’Adam, les navigateurs profitent de cette chaleur quasi tropicale pour se réchauffer les os sur le pont, sortir la mousse à raser, ranger le bateau, bricoler, sécher les vêtements et briquer les épidermes jusque-là un peu négligés … comme un week-end à la maison. Sauf qu’en ce sixième jour de mer au large de la Mauritanie, ce n’est pas encore tout à fait la vraie dolce vita.
Peyron aux commandes depuis bientôt trois jours Car la régate qui se joue entre les 10 bateaux de tête requiert de ses protagonistes une attention de tous les instants. D’autant que ces derniers doivent s’adapter à une nouvelle donne météorologique qui les accompagnera jusqu’à l’archipel portugais. Les solides alizés qui soufflaient en fin de semaine, sont à présent perturbés par une dorsale anticyclonique. Résultat : depuis vendredi soir, le flux d’est-nord-est a molli ( 8 à 15 nœuds) et la situation est devenue plus instable. D’ailleurs, selon leur position en longitude, tous les marins ne recevaient pas le même vent, les plus à l’ouest naviguant sous génois ou gennaker au largue, tandis qu’à l’est, les grands spis étaient de sortie, comme à bord de Gitana Eighty. Bien reposé depuis la nuit dernière, Loïck Peyron, joint à la vacation, avait la voix claire et le verbe facile. Le patron du bateau bleu-marine a de quoi se réjouir : il entame aujourd’hui sa troisième journée aux commandes de la course. 14,8 milles dans son sillage, Jean Le Cam, de fort bonne humeur, entreprenait quant à lui quelques réparations sur son balcon arrière. Avec dans l’ordre Sébastien Josse, Jean Pierre Dick, Vincent Riou, Armel Le Cléac’h, Yann Eliès, Roland Jourdain, Mike Golding et Jérémie Beyou, ces hommes forment pour l’heure le cercle homogène des 10 de tête. Dans un peu plus d’une journée, à la faveur d’un très probable regroupement, ils devraient se livrer une superbe bataille entre les rochers du Cap-Vert.Aux Sables d’Olonne, Jean Baptiste Dejeanty a peut-être une petite pensée pour ces leaders à la lutte. Malgré son retard sur toute la flotte, le skipper de Maisonneuve a décidé de repartir en course. Il devrait reprendre la mer dimanche vers 16h00.
Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 21 948 milles de l’arrivée
2- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 14,8 milles du leader
Au large des Canaries, la flotte profite depuis deux jours d’alizés consistants, favorables à une progression rapide vers le sud-ouest. Les 60 pieds glissent au largue à vive allure, presque aussi vite que le vent. ” J’ai 25 nœuds de vent et là, je marche à 22 nœuds ” annonçait Samantha Davies (Roxy) à la vacation du jour, juste après avoir avalé une très british tartine beurre-Marmite. Ces jolies moyennes ont pour théâtre une mer formée rendant les conditions de vie sur le pont plutôt humides. Avec quelques surventes rencontrées ça et là aux passages des grains, cette grande session de glisse se révèle aussi jubilatoire que stressante. Car la fausse route n’est jamais très loin et l’erreur de manœuvre non plus, comme le relatait Jean Pierre Dick, dont le gennaker est passé à l’eau hier (270 m² à récupérer à la force des bras), mais aussi Brian Thompson qui a déchiré une de ses voiles d’avant. De l’avis de tous, il va falloir tenir ce rythme élevé et trouver le juste équilibre entre pédale d’accélérateur et préservation du matériel. C’est bien ce dilemme qui chagrinait Jérémie Beyou, joint à la vacation du jour. 11e à 112 milles des leaders, le navigateur de Delta Dore était partagé entre la frustration de voir s’échapper ses adversaires et la volonté de ne pas se laisser embarquer dans des cadences infernales.
Peyron toujours devant, Le Cam nouveau dauphin
Aux avant-postes, en tout cas, on tient la mesure sans faiblir. Loïck Peyron, leader incontesté depuis 36 heures a même réussi à distancer ses camarades. Le skipper de Gitana Eighty dispose désormais de 24 milles d’avance sur son nouveau dauphin Jean le Cam. L’ascension de VM Matériaux en deuxième position est le résultat d’une superbe moyenne ces dernières 24 heures, probable bénéfice d’une trajectoire originale, décalée au vent de ses adversaires. Dans le tableau arrière du bateau rose, respectivement à 7 et 9 milles, Sébastien Josse (BT) et Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) complètent le carré d’as. Sur le tableau de classement, il faut aller chercher au minimum 20 milles plus loin pour trouver dans l’ordre Yann Eliès (Generali), Roland Jourdain (Veolia Environnement) puis Armel Le Cléac’h (Brit’Air) et son compagnon de route Vincent Riou (PRB), pendant que l’oriental Marc Guillemot (Safran), passé non loin de Palma (Canaries), s’est retrouvé freiné par le dévent des îles. Mike Golding est le dernier invité de ce top 10. Tout se petit monde s’est étalé d’ouest en est sur une centaine de milles, chacun cherchant le couloir idéal pour attaquer, dans une poignée de jours, le fameux pot au noir.
Les courses poursuites de Michel Desjoyeaux et Bernard Stamm
600 milles plus loin, c’est une tout autre course que joue Michel Desjoyeaux (Foncia), positionné cet après-midi à la latitude du Cap St Vincent, au sud du Portugal. Le vainqueur du Vendée Globe 2000-2001 enchaîne les empannages en bordure d’anticyclone et passe beaucoup de temps à la barre, dans l’espoir de recoller peu à peu un peloton plus véloce que lui. Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), reparti jeudi matin des Sables d’Olonne, n’a pas encore franchi le cap Finisterre. Pour ces deux coureurs, mais aussi pour le canadien Derek Hatfield qui a repris la mer à 02h00 ce matin, il faudra s’accrocher et trouver des motivations de substitution. Terminons par Jean Baptiste Dejeanty. Ce dernier annoncera demain à la mi-journée s’il repart ou non en course.
Voix du large…
Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) : « J’ai eu une journée très agitée avec pas mal de frayeurs. J’ai laissé filer ma drisse de gennaker qui est passé à l’eau. Du coup, j’ai fait un gros coup de chalut. Cela a été une bagarre de plus d’une heure pour le remonter à bord. On laisse pas mal d’adrénaline dans ce genre de manœuvre. La voile n’a rien, je suis admiratif de sa solidité…. »
Marc Guillemot (Safran) : « Les conditions sont un peu stressante. On a un flux de nord-est de 25 à 32 nœuds. On évite de justesse le départ à l’abattée. Ça ne laisse pas beaucoup de place à la décontraction. Comme j’ai pris un peu de retard, il faut que je maintienne la cadence. Actuellement on a des cumulus, du vent et du soleil…. »
Sébastien Josse (BT) : « Être derrière Le Cam et Peyron ? On ne peut avoir que du respect. J’espère que je n’attendrai pas 16 ans pour être aux avant-postes… Pour les jours à venir, la situation ne me paraît pas si limpide : visiblement, il y a une panne des alizés avec des vents erratiques. Il devrait y avoir du changement dans la situation météo. »
Steve White (Toe in the Water) : « Je fais un petit jeu pour voir combien de calories je peux mettre dans un sandwich afin de me donner des forces pour le grand sud. Je n’ai pas déjeuné pendant les 15 premiers jours aux Sables, car j’étais trop occupé et j’ai perdu pas mal de kilos. Cela fait maintenant environ 800 calories à mon avis, car il y a 600 calories de fromage et à peu près un tiers d’un pot de beurre de cacahuètes, ce qui fait 200 calories. Ce n’est pas évident à manger, je vous assure. Le beurre de cacahuètes vous colle au palais, et la bouche ne s’ouvre plus. Puis je me mets à la table à cartes et j’attends que cela descende. Un peu comme ces serpents, qui avalent des oeufs…. »
Les 5 premiers au pointage de 16h00 1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 22 290 milles de l’arrivée 2- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 27,5 milles du leader 3- Sébastien Josse (BT) à 34,9 milles 4- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 36,4 milles 5- Yann Eliès (Generali) à 56,6 milles
Les VO 70 et leurs équipages sont attendus dans l´état du Kerala une petite vingtaine de jours plus tard, début décembre. Cette 2ème étape de large (et 3ème manche) marque un véritable tournant dans l´histoire de cette course autour du monde en équipage avec escales, créé en 1973 sous le nom de Whitbread Around the World. Ce sera en effet la première fois que la flotte s´arrêtera dans de grandes villes asiatiques, Cochin, Singapour et Qingdao en Chine, explorant ainsi de nouvelles voies pour des voiliers en course, même si ces routes maritimes sont bien connues des navires de commerce. Pour l´Inde, c´est un moment particulièrement marquant puisque ce sera la première fois qu´un événement Voile international fera escale dans l´un de ses ports.
Cette étape dans l´Océan Indien, après l´escale de Cape Town, rime traditionnellement avec icebergs, 40èmes Rugissants et 50èmes Hurlants, combinaisons étanches, montagnes d´eau salée et froid glacial, puisque jusqu´à présent le terme de cette seconde étape était soit l´Australie, soit la Nouvelle-Zélande. Aujourd´hui, après une rapide descente pour doubler le cap de Bonne Espérance, et un bref moment dans les 40èmes, la flotte sera obligée de remonter vers le nord pour passer la porte de l´île Maurice, située sur le 58° méridien Est et empocher les points dus à chacun selon son rang de passage. Pour cette étape, deux restrictions majeures : passer au nord de l´Antarctique et au sud de l´ile Maurice.
Sur cette route vers l´Inde se sont d´autres dangers qui planent sur la flotte. A part une mer également très formée le long de la côte sud-est de l´Afrique à cause du fameux courant descendant des Anguilles, le rail de la navigation de commerce, les myriades de petits bateaux de pêche mal signalés et les nouvelles formes de piraterie qui règne le long des côtes est africaine sont autant de sources de stress pour les équipages dans cette seconde étape de large. Au point que Bouwe Bekking, le skipper de Telefónica Blue en était à regretter en riant que les icebergs ne soient plus au menu !
A propos de piraterie, une zone particulièrement dangereuse, au nord -ouest de l´Ile Maurice a été clairement délimitée par l´organisation avec interdiction aux concurrents d´y pénétrer. Avant les gigantesques cargos qui croisent sur zone, ce sont surtout les très nombreuses petites unités de pêche locales mal signalées qui préoccupent les équipages, comme l´a souligné le skipper de Puma, Ken Reed, lors du briefing des skippers mercredi : “Dans certains endroits, il y a tellement de bateaux qu´on pourrait presque marcher sur l´eau d´une côte à l´autre sans se mouiller les pieds. Nous entrons dans un territoire de course à la voile totalement inconnu. Il faudra être malins, utiliser notre sens commun et bien comprendre que nous devons agir en tant que groupe affrontant la même difficulté. Si une situation à risque se présente pour l´un d´entre nous, nous devons nous mettre d´accord pour partager cette information avec le reste de la flotte. »
Il reste donc à peine 24 heures aux équipages pour peaufiner leurs préparatifs, notamment pour ceux qui viennent d´être remis à l´eau ; en effet, pour ces derniers, il y aura bien peu de temps pour valider les différents travaux faits au cours de cette brève escale de 11 jours. Et dire au revoir aux familles.
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Interview de Laurent Pagès, chef de quart sur Telefónica Blue
Comment s´est passé cette escale à Cape Town ?
LP : Très vite. Trop vite. Nous n´avons pas eu beaucoup de temps sur place. Heureusement, nous n´avons pas eu de casses importantes sur le bateau et donc pas beaucoup de gros travail à faire pendant ces 10 jours d´escale. Nous avons fait simplement un check up de routine, avec un peu de travail sur les voiles. Reste qu´il a fallu recharger le bateau, remâter, et remettre à l´eau, ce qui a été un peu compliqué ces derniers jours avec le mauvais temps qui a régné sur Cape Town depuis mardi. Bref, on n´a pas eu trop de temps de profiter des charmes de l´Afrique du Sud. Juste deux jours le week-end dernier.
Que pensez-vous du parcours inédit en course au large, entre l´Afrique du Sud et L´Inde ?
LP : Effectivement, il y a très peu de données sur ce type de parcours pour des voiliers de course. Mais c´est cependant une route de commerce maritime très fréquentée et les données météo sont bien connues. On sait qu´on va partir avec un peu de vent et des courants contraires très puissants après Bonne Espérance, notamment dans le sud de Madagascar, où la mer devrait être très forte, avec des vagues dont on dit qu´elles sont « monstrueuses ». Cela ne devrait pas durer très longtemps, mais cela devrait être assez impressionnant. Après, cela se calme et la deuxième partie du parcours devrait se disputer dans des conditions beaucoup plus clémentes. Au-delà du vent, la plus grosse difficulté sera probablement la chaleur.
C´est difficile de repartir après une escale si brève ?
LP : Oui. C´est difficile parce qu´on le sentiment d´être juste arrivés et d´avoir à repartir immédiatement. Et puis, on doit à nouveau quitter sa famille, sachant que pour beaucoup d´entre nous, elles ne nous rejoindront pas en Inde, mais seulement à Noël, à Singapour. Le point vraiment difficile, c´est de les laisser derrière nous encore une fois.
Classement général provisoire après 2 manches sur 17
Loïck Peyron est tenace. Non content de se maintenir en tête d’un groupe de furieux lancés à ses trousses, il a réussi à creuser un écart qui, s’il reste minime, doit être psychologiquement essentiel. Hier au soir, ils étaient quatre à se tenir en moins de 16 milles et au petit matin. Derrière, les poursuivants semblaient être légèrement décrochés. Et ce matin, voilà le navigateur baulois, sur son Gitana Eighty, seul en pointe nanti d’une avance de près de 30 milles sur ses poursuivants. Lesquels voient revenir dans leur tableau arrière un groupe de chasse emmené par le Generali de Yann Elies.
Pour le trio de ses dauphins, Sébastien Josse (BT), Jean Le Cam (VM Matériaux) et Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), c’est le genre de constat qui peut agacer. D’autant que le groupe de chasse emmené par Yann Elies n’est plus qu’à 15 milles de Jean-Pierre Dick et 25 de Sébastien Josse. Visiblement ça tamponne sur la route du sud et à l’aube du cinquième jour de course rien n’est encore joué. Ils sont encore dix concurrents à se tenir en moins de cent milles, une misère à l’échelle de la distance qui reste à parcourir.
Derek Hatfield est reparti
Plus à l’arrière, bonne nouvelle pour Derek Hatfield qui a pu reprendre la mer cette nuit à deux heures du matin à la barre de son Algimouss Spirit of Canada. Il reste que le navigateur canadien accuse plus de 1100 milles de retard. Et qu’à l’entrée du grand sud, le sentiment de solitude risque d’être d’autant plus fort… Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Michel Desjoyeaux (Foncia) sont toujours dans l’attente de jours meilleurs qui leur permettraient de refaire une partie de leur retard. Actuellement, la roue de la fortune ne joue pas dans leur sens. Des poursuivants, seul Dominique Wavre (Temenos 2) peut afficher une réelle satisfaction. Revenu à moins de 60 milles de Sam Davies sur Roxy, le navigateur suisse se dit qu’il va pouvoir commencer à jouer au sein du peloton. Ce qui est, quoi qu’on en dise, autrement plus motivant.
Classement du vendredi 14 novembre à 5 heures : 1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 22 382 milles de l’arrivée 2- Sébastien Josse (BT) à milles du 30,1 premier 3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 32,7 milles du premier 4- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 39,2 milles du premier 5- Yann Elies (Generali) à milles du 55,4 premier