La fuite a été enfin colmatée ! Et au lever du jour (heure française), Groupama 3 retrouvait enfin des vitesses plus conformes à son statut : une quinzaine de noeuds sur la route directe vers le cap de Bonne-Espérance… Mais l’avance sur Orange 2 va encore diminuer car Bruno Peyron avait réalisé en 2005 une très bonne journée à plus de 600 milles, ce que ne pourra pas aligner le trimaran géant. En effet, le front chaud se déplaçait ce matin encore lentement avant d’accélérer pour traverser l’Atlantique Sud : Franck Cammas et ses neuf équipiers vont dépasser les vingt noeuds à la mi journée, mais des vitesses de plus de vingt-cinq noeuds ne seront atteintes que dans l’après-midi.
C’est en fait un col barométrique que le trimaran géant a dû « escaler » ce week-end et l’équipage de Groupama 3 (qui avait participé à un stage intensif en haute montagne avant de partir) était certes préparé à cette « ascension », mais n’a pas pu s’encorder assez tôt face à une tempête… de calmes ! Le résultat n’est pas reluisant et psychologiquement, ces heures passées à patienter dans cette panne de courant n’a pas éclairé les visages d’une joie immense. Mais si la déception d’avoir perdu plus d’une journée d’avance sur le temps de référence du Trophée Jules Verne est compréhensible, elle n’entame en rien la détermination de Franck Cammas et son équipage : la route vers les Quarantièmes Rugissants s’ouvre enfin et l’accélération progressive va redonner du baume au coeur… En fin de week-end, Groupama 3 pourra de nouveau reprendre du terrain sur le catamaran qui détient le record autour du monde car cette dépression brésilienne va poursuivre sa course jusqu’aux Kerguelen !
L’attente a été longue et le changement de rythme brutal : bloqué parfois à moins de cinq nœuds jusqu’à la nuit dernière, Groupama 3 a retrouvé des ailes et fonçait ce dimanche après-midi à trente nœuds de moyenne ! Le tout grâce à une bouffée de chaleur tropicale sortie de Rio de Janeiro et qui descend tout schuss vers les cinquantièmes Hurlants, passant sous l’Afrique du Sud puis continuant son périple au moins jusqu’à l’archipel des Kerguelen, voire plus…
« Nous avions identifié avant le départ le fait qu’entre le 14 et le 16 novembre, deux systèmes dépressionnaires allaient se former sur le Brésil. Il fallait donc prendre l’un ou l’autre car après, il n’y avait plus de passage possible. Il fallait être à l’heure au rendez-vous… Pour les prochaines 24 heures, c’est le même vent qui va les accompagner, une brise de secteur Nord à Nord-Est entre 15 et 20 nœuds, qui va leur permettre d’aller vite au débridé. Il y aura juste une petite houle de Sud-Est qui va s’atténuer alors que le ciel va se couvrir : le mauvais temps va chercher à les rattraper… Des vitesses très élevées vont être au programme dans les deux prochains jours ! » précisait Sylvain Mondon de Météo France.
En avant du front chaud
« On a eu une période difficile psychologiquement parce que cinq nœuds de vent aussi longtemps, ce n’était pas facile à vivre… Ce n’était pas évident de sortir de cette zone de calme et puis, ce matin, ça a commencé à accélérer, mais il faut qu’on se presse pour garder ce vent-là ! On est concentré et surtout contents de retrouver ces grandes vitesses. On se sentait totalement impuissant en attendant cette dépression, mais il ne faut plus qu’on la quitte car nous ne sommes pas particulièrement en avance sur son déplacement. Cela va désormais être une course contre la montre avec le front chaud plutôt qu’une course contre Orange 2 ! » déclarait le skipper de Groupama 3.
Comme cette dépression toute jeune grossit en s’alimentant en air froid polaire au fur et à mesure qu’elle traverse l’Atlantique Sud, elle se déplace assez vite (une trentaine de nœuds) : l’objectif de Franck Cammas et son équipage est dorénavant de rester juste en avant du front chaud qui génère des vents réguliers de Nord sur une mer peu formée. Et cette perturbation qui prend aussi du coffre au fil des jours, va repousser les hautes pressions qui stagnent depuis plusieurs jours au large de Cape Town : sa trajectoire très rectiligne est une bonne nouvelle pour Groupama 3, mais elle va descendre assez Sud, jusqu’au 50° Sud ! Or à cette époque de l’année, il y a encore des glaces venues de l’Antarctique qui remontent assez haut… Il faudra pouvoir incurver la route après le contournement par le Sud de cet anticyclone africain.
Rendez-vous important
« En ce moment, Groupama 3 navigue à près de trente nœuds, avec un ris et foc Solent au vent de travers dans 17-18 nœuds de vent à 135° du vent réel, sous un ciel gris avec quelques trouées de bleu et des cumulus. Mais il y a une houle de face qui nous fait faire des sauts parfois… Il faut qu’on réussisse à suivre le routage ce qui fait un rythme de vitesse très élevé. Nous visons un point assez Sud par rapport au cap de Bonne-Espérance car il y a un anticyclone sous l’Afrique du Sud. Cela nous posera le problème des icebergs, mais côté vent, c’est très favorable. Les prochaines 24 heures sont importantes pour rester dans le secteur de vent de Nord (allure idéale pour nous), sans se faire manger par la dépression qui est assez violente ! Ce sera une trajectoire toute droite avec des manœuvres de réduction de voilure parce que ça va forcir : dès mardi, nous serons dans les Quarantièmes Rugissants… » ajoutait Franck.
Après la patience, l’impatience ! Mais il ne faut pas que la dépression accélère trop au risque que Groupama 3 passe derrière le front : la bascule du vent à l’Ouest ne serait pas favorable car Franck Cammas et ses hommes devraient alors enchaîner les empannages, suivant une route en zigzags plus longue et moins rapide. Vent de travers, le trimaran géant peut glisser sans forcer et sans trop solliciter l’équipage. Il y aura suffisamment de manœuvres à faire dans l’océan Indien ! Ainsi, si tout se combine comme prévu, Groupama 3 va de nouveau augmenter son avance sur le temps de référence et aborder le Grand Sud avec une marge très positive.
Avec neuf victoires et une seule défaite, Emirates Team New Zealand ne peut plus être rattrapé et terminera à la première place des Round Robin. Une performance qui donnera aux Kiwis l’avantage de pouvoir choisir leur adversaire pour les demi-finales. Deux autres demi-finalistes sont d’ores et déjà connus. Quels que soient les résultats de lundi, Team Origin et Azzurra sont certains de disputer aussi les phases finales. Il ne reste donc plus qu’une place à pourvoir entre Synergy et Artemis, avec un petit avantage pour l’équipe russe. En effet, les hommes de Karol Jablonski n’ont qu’un match à remporter pour être certain de décrocher le dernier ticket, tandis que les Suédois d’Artemis devront obligatoirement s’imposer deux fois et espérer en parallèle une double défaite des Russes.
En s’inclinant deux fois dimanche, face à Team Origin et Emirates Team New Zealand, BMW Oracle Racing a perdu tout espoir de se hisser en demi-finales. Les Américains disputeront les phases finales pour les 5e à 8e places.
Côté Français, cette journée de dimanche n’a pas rapporté le moindre point non plus. TFS-PagesJaunes s’est logiquement incliné face à Emirates Team New Zealand tandis que All4One a perdu une nouvelle occasion de victoire face aux Suédois d’Artemis. Mieux partie, l’équipe franco-allemande a joliment poussé son adversaire à la faute dans le premier bord de près. Une faute qui aurait peut-être mérité un drapeau rouge (à effectuer immédiatement) au lieu d’une simple pénalité, car elle permit aux hommes de Paul Cayard de prendre un avantage conséquent. Néanmoins, la victoire restait encore à porter pour les équipiers du duo Col/Schümann. Mais dans le dernier bord de vent arrière, l’équipage d’All4One a définitivement perdu le match en ratant un empannage pendant lequel le spi s’est emmêlé.
Il reste six matchs à disputer pour conclure ce 2e Round Robin. Cinq sont programmés lundi et un seul mardi, celui entre les Russes et les Kiwis.
Classement provisoire des Round Robin 1) Emirates Team New Zealand, 9-1 2) Team Origin, 7-3 3) Azzurra, 6-3 4) Synergy Russian Sailing Team, 5-4 5) Artemis, 4-5 6) BMW Oracle Racing, 3-6 7) ALL4ONE, 3-7 8) TFS-Pages Jaunes, 1-9
Le repos dominical est une notion toute relative pour les concurrents de la Transat Jacques Vabre. Mis à part peut-être un certain œcuménisme dans le discours des navigateurs et l’expression de quelques vœux pieux, rien ne distingue ce jour des autres de la semaine. D’autant qu’à bord de chaque bateau, la consigne est claire : il faut pousser les feux… Pour les premiers, creuser si possible un petit peu plus l’écart permettrait de s’assurer une petite marge de sécurité et conjointement un certain confort psychologique. Pour leurs poursuivants, mettre du charbon est encore le meilleur moyen de ne pas laisser s’instaurer des gamberges toujours contreproductives. Tous ont plus ou moins réglé leurs soucis techniques et savent que pendant quelques jours, c’est la vitesse qui deviendra le premier facteur de gains ou de pertes.
Attendre son heure Chez les IMOCA, Safran continue de mener la danse, mais sa marge de manœuvre reste étroite devant le mordant de ses poursuivants. Mike Golding et Javier Sanso (Mike Golding Yacht Racing) sont ainsi en train de démontrer que l’absence de financement et une préparation raccourcie n’ont en rien entamé leur appétit de victoire. Kito de Pavant et François Gabart (Groupe Bel) restent à l’affût et pour quelques jours, il serait étonnant d’observer beaucoup de bouleversements au sein des classements. A leurs trousses, ils sont cinq monocoques à se tenir en un peu plus de cent cinquante milles. De Hugo Boss, le plus à l’ouest à Foncia l’oriental, le jeu devrait être serré jusqu’au bout, d’autant que si tous convergent vers l’arc antillais, il existe un décalage latéral de plus de 350 milles. Dans ce petit groupe Veolia Environnement peut, soit s’enorgueillir d’une stratégie remarquable depuis le début de course, soit regretter son avarie de rail de grand-voile, c’est selon. Chez les Multi50, Crêpes Whaou ! continue son cavalier seul. Ses poursuivants sont relégués maintenant à plus de 500 milles. La bagarre pour la deuxième place qui oppose Lalou Roucayrol et Amaiur Alfaro (Région Aquitaine Port-Médoc) d’une part, Victorien Erussard et Loïc Féquet (Guyader pour Urgence Climatique) reste intense. D’autant que l’équipage des deux Malouins a dû subir des vents proches des 50 nœuds, dans un front secondaire généré par la dépression qu’ils avaient pris soin d’éviter. Le jour du seigneur est parfois ingrat pour ses ouailles.
Ils ont dit : Arnaud Boissières, Akena Vérandas : « Le début de la nuit a été compliqué. Toutefois l’eau commence à être moins froide et nous commençons à nous régaler en faisant des surfs. Ça va être dur de revenir aux avant-postes mais la route est encore longue. Avec Vincent, nous discutons beaucoup par rapport à la stratégie à adopter et nous pensons qu’il y a encore des coups à jouer, notamment au niveau de l’arc antillais. »
Franck-Yves Escoffier, Crêpes Whaou ! : « On ne s’est pas beaucoup alimenté depuis le départ et, même si je n’ai pas beaucoup mangé hier, j’ai du mal à avaler le plat aujourd’hui. (…)On n’a pas encore résolu notre problème avec le moteur : il restera comme ça. On préfère se consacrer plutôt à la stratégie. La mer était impressionnante quand on a viré de bord : il y avait 7 mètres de vagues : on avait peur d’exploser le bateau. Si on arrivait sans encombres ce serait trop bien ! Ce bateau m’a encore surpris hier : il marche très bien : au portant on a atteint les 25 nœuds. »
Sam Davies, Artemis : « On a beaucoup de travail à l’heure actuelle, principalement sur la grand voile, on est donc très fatigué. C’est vraiment très, très dur mais c’est quand même marrant : on est à fond dans la course. On est un peu déçu de notre place actuelle, mais notre principal objectif est de revenir dans le match et on travaille pour ça. On ne s’est pas bien reposé parce qu’on a eu beaucoup de bricolage et j’aimerais plutôt le faire au sec. Pour l’instant il n’y a pas beaucoup d’instruments de navigation qui marchent, mis à part le compas de relèvement. C’est un peu une navigation à l’ancienne. »
Mike Golding, Mike Golding Yatch Racing : « C’est parfait, nous avons des bonnes conditions de navigation. Il y a du soleil et on va vite : on ne peut pas se plaindre ! On est en train de faire au mieux pour revenir sur Safran. (…) Nous essayons toujours d’avoir un plan de la course et de prévoir notre position et celle des nos adversaires : nous sommes satisfaits par rapport à notre situation actuelle. L’écart important que Safran a creusé durant la nuit n’est pas très bon pour nous, mais en réalité ils sont seulement à trois heures devant ; ce n’est pas si mal. (…) Ce que nous voulons continuer de faire, c’est de garder une bonne position et de rester toujours aux aguets, au moins jusqu’à la mer des Caraïbes, où différentes options se présenteront ».
Classement de 17 h Monocoques 1 SAFRAN Marc Guillemot – Charles Caudrelier Benac à 2824,5 milles de l’arrivée 2 MIKE GOLDING YACHT RACING Mike Golding – Javier Sanso à 53,7 milles 3 GROUPE BEL Kito De Pavant – François Gabart à 65,4 milles
Multicoque 1 CRÊPES WHAOU ! Franck Yves Escoffier – Erwan Leroux à 3347,6 milles de l’arrivée 2 REGION AQUITAINE-PORT MEDOC Lalou Roucayrol – Amaiur Alfaro à 547,8 milles 3 GUYADER POUR URGENCE CLIMATIQUE Victorien Erussard – Loic Fecquet à 581,8 milles
"J’ai eu peur de passer la nuit sur un bateau qui pouvait couler à tout moment, surtout", annonce Jeff Cuzon d’une voix calme lorsqu’enfin nous parvenons, malgré une ligne plus que médiocre, à joindre l’équipage du monocoque BT. "Il y avait une mer forte, mais ça allait bien, on menait le bateau avec prudence. J’étais à l’intérieur et Jojo sous la casquette, une très grosse vague a percuté le roof et l’a littéralement fait exploser. Je me suis retrouvé sous des tonnes d’eau, le carbone s’est effrité et ensuite tout s’est passé très vite. On a rassemblé le matériel de survie, déclenché les balises et prévenu la direction de course tout de suite pour demander une assistance." Sébastien Josse dira par la suite : "Ma plus grosse inquiétude était de prendre une seconde vague et de couler en quelques minutes (…) on a donc basculé la quille pour faire gîter et protéger la partie endommagée, puis on a attendu environ 5 heures."
Jean-François Cuzon : "On a envisagé plusieurs solutions, et un navire scientifique est venu à notre rencontre. Quand il est arrivé sur zone, on s’est vite aperçus que l’on ne pourrait rien faire, il restait 8 mètres de creux et il sautait dans les vagues, son étrave sortait complètement (ndlr – il s’agit pourtant d’un bateau d’environ 50 mètres de long). Ensuite l’hélicoptère de la Marine Portugaise est arrivé, il a survolé la zone pour estimer la dérive de BT et a envoyé un plongeur à notre vent. Il a fallu que l’on saute à l’eau, j’y suis allé le premier et en 18 minutes tout était fini, nous étions tous les deux à bord". L’opération a été menée avec un professionalsime et un talent impressionnants, sachant que l’appareil ne pouvait, pour des raisons d’autonomie, que consacrer 20 minutes à ce sauvetage ! "On s’est regardés avec l’impression de l’avoir échappée belle, ça se joue à rien."
Sébastien Josse : "Les gens que nous avons rencontrés à cette occasion sont des gars en or, de grands pros qui ont seulement la fierté du travail bien fait. Ils adorent le sauvetage, étaient fiers de cette mission, c’est beau à voir … des types impressionnants, des gens qui servent à quelque chose. L’accueil a été fantastique (…) L’accident en lui-même, c’est un peu l’histoire qui se répète, je commence à m’habituer. "
Jean-François Cuzon : "C’est un grand soulagement d’avoir été recueillis, mais surtout le sentiment est celui d’une grande déception. Sur cette course on avait tous les atouts pour faire quelque chose de bien et tout tombe en un quart de seconde. C’est vraiment dur à gérer…"
Rappel des faits
A 18:00 GMT, Sébastien Josse et Jean-François Cuzon étaient enfin saufs, à bord de l’hélicoptère Puma venu à leur secours.
A bord d’un monocoque rempli d’eau aux deux tiers suite la rupture du roof, les deux co-skippers avaient déclenché leur balise de détresse ce matin peu avant 11:00 GMT, demandant assistance. L’opération de sauvetage avait été immédiatement mise en route par le MRCC (Maritime Rescue Coordination Center) en conjonction avec l’équipe technique BT et la Direction de course.
Un remorqueur est désormais en stand-by aux Açores et tous les efforts vont être faits pour récupérer le monocoque BT. L’équipe technique a quitté le Royaume-Uni vers midi pour se rendre sur place, et sera dans l’archipel dès ce soir pour préparer l’opération.
Au lendemain d’un épisode violent venu balayer les duos et causer certains dégâts lourds de conséquences, la priorité est au check-up des bateaux et à un premier état des lieux. Petit à petit, chacun va reprendre un rythme apaisé et envisager la négociation de l’arc Antillais. Mais d’ici là, un premier suspense sera levé sur le fait de savoir quelle tendance stratégique aura été la plus inspirée. Ainsi saurons-nous certainement bientôt si la voie du Sud, empruntée par Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou, était finalement celle de la sagesse ou de l’allégresse. Reste qu’à 3 300 milles de l’arrivée à Puerto Limon, la tendance médiane a toujours les honneurs du classement, les hommes de Safran conservant leur leadership devant Mike Golding et Javier Sanso, et Kito de Pavant et François Gabart.
Pas de changement chez les Multi50 dont le chef de file reste le Crêpes Whaou ! de Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux. Au Nord, Lalou Roucayrol et Amaiur Alfaro occupent toujours la deuxième place devant les comparses de Guyader pour Urgence Climatique. En échappant au gros de la tempête à la faveur de son option sudiste, le contingent malouin peut aujourd’hui se réjouir d’être sorti des griffes de la bête sans encombre. Mais la logique devrait l’emporter dans les jours à venir et le sprint vers les Antilles tourner en la faveur du dernier né de la série. Enfin, toujours en escale technique à Vigo, les hommes de Prince de Bretagne devraient faire part de leur décision de repartir ou pas aujourd’hui.
Ils ont dit : Charles Caudrelier Bénac – Safran : « Ca tape toujours mais c’est tellement moins qu’avant que c’est presque confortable… On est vraiment soulagé maintenant. Mais bon, on est tellement fatigué qu’on continue à de se prendre de bonnes gamelles ! C’était très stressant cette phase sur le bateau. Sincèrement j’avais rarement vu une mer aussi démontée. Si c’était à refaire je ne repasserai pas par là. C’est un peu le Bronx à l’intérieur du bateau, on pourrait faire mieux ! Il faut aussi qu’on fasse un check complet du bateau : vérifier qu’on n’a pas d’avarie, faire quelques réparations aussi. Tout ce qui arrive aux autres, ça nous fait réaliser que le bateau a certainement souffert. On serait sur un Vendée Globe on ne pourrait pas le terminer. Pour la suite, la situation n’a pas l’air trop compliquée jusqu’à l’Arc Antillais. Je pense qu’on a une bonne position par rapport au reste de la flotte. Pour ce qu’il en est après les Antilles, on n’a pas trop regardé encore. »
François Gabart (Groupe Bel) : « A bord ça sèche doucement, il va falloir encore attendre un peu. Le jardin par contre est toujours arrosé ! Mais c’est plus confortable quand même, le vent a molli cette nuit. Mais on a eu des rafales assez fortes il y a encore pas très longtemps. On renvoie la toile doucement parce qu’il y a quand même eu un peu plus de 30 nœuds. Mais on commence à revoir les oreilles de la vache, on voit même son sourire, ça nous rassure ! On n’a pas de gros soucis, une petite déchirure dans la grand voile mais rien de bien grave. Le bateau va plutôt bien et nous aussi ».
Michel Desjoyaux – Foncia : « Décidément, les nuits se suivent et ne se ressemblent pas ! Après les nuits presque paisibles avec un bon vent bien établi d’il y a 48 heures et plus, la nuit précédente où le vent tournait entre 30 et 48 nœuds, nous voilà divisés par 10 ! Quand il y a 4,8 nœuds de vent, on retrouve presque le sourire, et je plaisante à peine. Bon, certes, ce n’est qu’une période transitoire, entre deux jobs d’hiver, ça permet de dormir profondément, de repousser la véranda, de se détendre un peu. Un peu de calme, des fois, ça fait du bien ! »
Classement de 5 heures Monocoques 1 SAFRAN Marc Guillemot – Charles Caudrelier Benac à 3302,7 milles de l’arrivée 2 MIKE GOLDING YACHT RACING Mike Golding – Javier Sanso à 41,2 milles 3 GROUPE BEL Kito De Pavant – François Gabart à 46,6 milles
Multicoques 1 CRÊPES WHAOU ! Franck Yves Escoffier – Erwan Leroux à 3823,1 milles de l’arrivée 2 REGION AQUITAINE-PORT MEDOC Lalou Roucayrol – Amaiur Alfaro à 290,1 milles 3 GUYADER POUR URGENCE CLIMATIQUE Victorien Erussard – Loic Fecquet à 350 milles
A bord de leur Class 40 Initiatives-Novedia, le plus jeune équipage de la flotte, grands animateurs de la course solidement installés en tête depuis le 1er novembre n’a rien lâché et cédé face aux menaces de retour persistante de leurs plus proches poursuivants, Telecom Italia (Soldini-D’Ali) et Cheminées Poujoulat (Jourdren-Stamm).
A leur arrivée, la baie de Progreso s’est enflammée d’un feu d’artifice venant saluer la prouesse sportive du duo. Avant de pouvoir mettre les pieds à terre, les deux marins devaient se soumettre aux formalités douanières et sanitaires. Sur le môle des pêcheurs à Progreso, un comité d’accueil les attendait pour une célébration dans la pure tradition maya.
Premiers mots de Tanguy de Lamotte à l’arrivée :« C’est bon ! Ce n’est que du bonheur ! C’est vrai que 26 jours, c’est un peu long. Nous sommes désolés d’avoir un peu traîné dans les derniers milles jusqu’à l’arrivée, mais nous sommes très impressionnés par l’accueil que nous recevons : ce feu d’artifice quand on coupe la ligne, cette cérémonie maya à la sortie du bateau, c’est génial. Cette course, très complète, s’est révélée très dure, mais de gagner au Mexique qui accueille pour la première fois une course au large, cela nous donne un peu l’impression d’être des éclaireurs. Le bateau a enduré, on a même calculé qu’il a pris à peu près 40 000 chocs dans les creux, les vagues et la succession des six dépressions essuyées. Avec Adrien, nous nous sommes vraiment bien entendus et le fait d’être jeunes nous a peut-être aidé à avoir la niaque tout le temps : nous avons pris toutes les décisions en commun et maintenant, nous allons vraiment savourer cette victoire ensemble. »
Classement de 9 heures 1 Initiatives – Novedia Tanguy De Lamotte/Adrien Hardy au large de Progreso 2 Telecom Italia Giovanni Soldini/Pietro D’Ali à 95,75 milles 3 Cheminées Poujoulat Bruno Jourdren/Bernard Stamm à 105,75 milles 4 Cargill-MTTM Damien Seguin/Armel Tripon à 339,35 milles 5 Palanad 2 Tim Wright/Nicko Brennan à 425,68 milles
Cette journée de samedi restera dans les mémoires comme un long (trop long) moment de pause ! 220 milles en 24 heures, cela correspond à la moitié d’une journée paisible et à trois fois moins qu’un quotidien normal… Le bilan comptable est terrible : 300 milles perdus. Avancer à moins de cinq nœuds sur un trimaran de trente mètres a en effet quelque chose de surréaliste ! Et la situation a perduré plus d’une demi-journée avant que le vent de secteur Nord ne se renforce enfin en milieu d’après-midi samedi. Certes, le redémarrage s’est effectué en douceur, et les grandes vitesses ne sont prévues que dimanche matin.
« Groupama 3 est dans une phase de transition composée d’une dorsale anticyclonique, côté Est et d’une zone de convergence au large du Brésil. Ces deux systèmes font que le vent oscille du secteur Nord, ce qui se concrétise pour le trimaran par une allure vent arrière avec des vents faibles, autour de six à sept noeuds. Les caps ne sont pas faciles à tenir et je suis en contact permanent avec Stan Honey, le navigateur de Groupama 3. Il faut choisir entre tribord ou bâbord amure pour sortir de cette nasse. On ne s’attend pas à avoir des brises soutenues avant dimanche matin : ça va être long ! Les vents les plus faibles étaient samedi matin et c’était forcément difficile à vivre pour Franck Cammas et son équipage. Avant d’être porté par un système dépressionnaire rapide, il leur faut patienter jusqu’au milieu d’après-midi pour commencer à s’en sortir… Il faudra être au bon endroit quand la dépression va arriver ! » analysait Sylvain Mondon de Météo France.
Calme plat au large de Trinidade Prisonnier des brises évanescentes qui régnaient en maître au large de Trindade, l’île solitaire, Groupama 3 a subi la « désolation au lever du soleil » : mer plate, vent de Nord, brise inférieure à cinq nœuds… Des conditions idéales pour faire une vérification générale du bateau et engranger un stock de sommeil et de douceur avant les bises glaciales des mers du Sud !
« C’est calme et on n’arrive pas à décoller : on a même empanné pour tenter de retrouver de la vitesse. Nous avons cherché des réglages un peu différents qui nous permettent de sortir le flotteur au vent. Et on en a profité pour vérifier tout le gréement avec Loïc (Le Mignon) qui est monté dans le mât et le flotteur tribord puisqu’il était sous l’eau depuis notre empannage de Madère… On est prêt à affronter le Sud car on a pu se reposer aussi. Et les températures restent agréables… pour la croisière ! » déclarait Franck Cammas.
Nouvelle accélération Mais les errements de Groupama 3 en proie aux affres d’un zéphir taquin, n’ont plus lieu d’être en ce milieu d’après-midi : la brise de Nord s’installait durablement sur le 25 parallèle Sud et allait se renforcer à l’approche d’un front chaud que Franck Cammas et son équipage vont devancer jusqu’en Afrique du Sud, voire plus ! Cette pause forcée et cette trajectoire aux allures de sinusoïdale aléatoire n’aura été qu’un mauvais moment à passer, pas tant pour les corps qui ont pu se détendre, pas tant pour les esprits qui divaguent au gré des étoiles, que pour le temps tout simplement… Le temps perdu sur le record de Orange 2, mais au final, le trimaran géant conserve approximativement une journée d’avance sur le parcours de Bruno Peyron en 2005.
Petit à petit la course reprend ses droits. Bien évidemment, pas question de traiter par le mépris le mauvais temps qui a bousculé la flotte mais, pansées les premières plaies, il s’agit maintenant de repasser progressivement du mode survie et dos rond, aux grandes manœuvres stratégiques et aux étraves affutées. Si pour l’heure, l’avantage est très nettement au petit groupe Safran (M Guillemot – C Caudrelier), Mike Golding Yacht Racing (M Golding – J Sanso) et Groupe Bel (K de Pavant – F Gabart), il serait étonnant que les hommes de l’est considèrent que la guerre est finie. Il existe peut-être encore une petite fenêtre météorologique qui permettrait à Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou (Foncia) de même qu’Arnaud Boissières et Vincent Riou (Akena Vérandas) de revenir dans la partie. Rupture d’alizés pour les hommes de l’ouest, petit couloir pour descendre pour les hommes du sud, la situation pourrait s’inverser aux abords de l’archipel caraïbe avec une descente qui pourrait être plus difficile pour les nordistes…
Chez les Multi50, Lalou Roucayrol (Région Aquitaine Port-Médoc), joint à la vacation de midi, était content d’avoir résisté aux conditions météorologiques déplorables de ces derniers jours et espérait tirer parti de son positionnement pour résister au retour de Guyader pour Urgence Climatique (V Erussard – L Féquet).
Allo, maman bobo Pour d’autres, la priorité est bien évidemment aux réparations et à la remise en ordre du bateau. A bord de Crêpes Whaou !, Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux ont réussi à bloquer provisoirement le bloc moteur qui se désolidarisait de son châssis à l’aide de lattes de carbones et de morceaux de chaine. Mais dès que les conditions de mer le permettront, ils sont bien décidés à effectuer une réparation plus digne de leur statut. Veolia Environnement s’est, quant à lui, amarré au port d’Horta où l’équipe technique était déjà à pied d’œuvre : un arrêt express pour les deux navigateurs avant d’entamer la course poursuite. D’autres ont choisi de réparer en mer, tel Sam Davies et Sydney Gavignet (Artemis) au prix de plusieurs milles à vitesse réduite. C’est probablement ce qui explique aussi la route de 1876 qui, pendant quelques heures, ont fait cap à l’est. Hervé Cléris et Christophe Dietsch (Prince de Bretagne) ont enfin trouvé la fenêtre météo qui leur permettait de repartir.
Quelques uns n’auront pas cette chance : c’est la mort dans l’âme que Marc Thiercelin et Christopher Pratt (DCNS) ont décidé d’abandonner et de faire route sur Lorient après avoir découvert que la rotule de leur quille présentait un jeu inquiétant. C’est un coup dur pour Marc mais aussi pour Christopher qui représentait la nouvelle vague de ces jeunes skippers désireux de venir titiller les ténors de la course au large.
Ils ont dit :
Mike Golding : « N’importe qui, absolument n’importe qui, vous dirait que c’est idiot d’organiser une course en Atlantique Nord au mois de Novembre ! Et c’est encore plus idiot d’y participer ! Bien sûr, si la Transat Jacques Vabre nous avait été vendue comme un forfait vacances, nous serions en train de demander un remboursement à l’heure qu’il est ! Ne vous méprenez pas, je pense que le changement de destination est une bonne chose mais je ne peux m’empêcher de me demander si, rétrospectivement, ça n’aurait pas été mieux si, d’une certaine manière, la flotte avait obligée d’aller vers le Sud. »
Christopher Pratt, DCNS « Quand je navigue sur DCNS je fais tout naturellement la comparaison avec le Figaro Bénéteau 2. Aujourd’hui on navigue sur un bateau ultra technologique…. Le premier jour on a eu des problèmes de drisse, de voile… Certes on n’était pas dans le plus dur, comme Sébastien Josse et Jean François Cuzon, mais on a tout de même dû faire face à 50 nœuds de vent et une mer très formée : on avait vraiment peur de la casse ! »
Marc Guillemot, Safran : « On a été informés par rapport à ce qui s’est passé à BT et on se sent très concerné. Lorsque ce type d’évènement se passe on est toujours inquiet : c’est vrai dans le Sud comme dans l’Atlantique. On est content qu’ils sont sains et saufs et on espère les revoir au plus vite dans les prochaines courses. On est content de notre position : nous naviguons avec Mike Golding et Kito de Pavant… Dommage que Bilou n’est plus avec nous ! »
Erwan Le Roux, Crêpes Whaou ! : « Pour ce qui concerne notre problème avec le moteur, nous avons réussi à trouver provisoirement une solution. Il vaut tout de même mieux attendre quelques jours et que la mer soit plus calme, pour envisager une réparation plus solide… Ce qui est important, c’est que nous pouvons encore recharger les batteries. Le seul vrai problème est que nous ne pouvons pas embrayer. En outre, nous avons à bord l’équivalent de 90 W de panneaux solaires… Même si nous n’avons plus de gasoil."
Classement à 17 heures :
Multi 50 : 1 Crêpes Whaou ! (FY Escoffier – E Le Roux) à 3703,7 milles de l’arrivée 2 Région Aquitaine Port-Médoc (Lalou Roucayrol – Amaiur Alfaro) à 354,2 milles de l’arrivée 3 Guyader pour Urgence Climatique (V Erussard – Loïc Féquet) à 381,4 milles du premier
IMOCA 60 1 Safran (M Guillemot – C Caudrelier) à 3183,5 milles de l’arrivée 2 Mike Golding Yacht Racing (M Golding – J Sanso) à 40 milles du premier 3 Groupe Bel (K de Pavant – F Gabart) à 47,8 milles du premier 4 Hugo Boss (A Thomson – R Daniel) à 157 ,5 milles du premier 5 Veolia Environnement (R Jourdain – JL Nélias) à 200,8 milles du premier
Tanguy de Lamotte : « Nous avons rencontré des conditions particulièrement difficiles. Dans le dernier virement de bord à l’issue de la 6ème dépression, nous nous sommes regardés avec Adrien : nous étions vraiment à bout de forces. Deux jours après le passage des Açores, j’ai passé une très mauvaise journée. J’ai vraiment cru, quand nous nous sommes empétolés, que nous avions fait – comme cela m’est déjà arrivé – la grosse bêtise irrémédiable de la transat et que nos espoirs de victoire nous filaient entre les doigts. » « Le bateau aussi a beaucoup enduré, on a même calculé qu’il a pris, au rythme d’un choc toutes les 30 secondes, à peu près 40 000 chocs dans les creux, les vagues. Sur la mer des Caraïbes, en revanche, nous avons eu la chance de bénéficier d’une météo plus simple, pas trop tordue, pour ne pas se laisser prendre pour conserver notre avance. « « Avant le départ, nous visions le podium et plus si affinités et si on naviguait bien. Je croyais en cette victoire. Elle s’est jouée à deux moments, avant et après le passage des Açores. Nous nous sommes alors à chaque fois positionnés plus au sud. Plutôt que nous appuyer sur les routages à 3-4 jours, nous avons privilégié une vision à plus long terme : tant sur le plan de la météo que pour nous préserver, ménager le bateau et ne pas prendre le risque d’aller au casse-pipe dans le gros des dépressions au nord. C’est comme ça que nous avons perdu 90 milles en plongeant au sud pour reprendre 100 milles le lendemain. Nous avions même marqué des mots à bord : vouloir le sud et protéger le sud…»
Interrogé sur ses moments préférés de la transat, Adrien Hardy surprend : « Paradoxalement, c’est la baston. Je suis content d’avoir vécu ces moments de mer, d’avoir vu ces conditions dantesques et de les avoir traversées. C’est bizarre, tu dois te faire violence, tu ne sais pas très bien ce que tu fais là. Heureusement que nous étions en double et à deux avec Tanguy pendant ces fortes tempêtes à répétition. Cela reste une sacrée expérience. » En effet, il ne faut pas oublié le relationnel dans une course en double, comme Tanguy l’explique : « Avec Adrien, nous nous sommes vraiment bien entendus. Nous sommes amis, mais n’avions jamais navigué ensemble. Nous avons donc préparé cette course en conséquence et Adrien s’est vraiment bien impliqué. Le fait d’être jeunes nous a peut être aidés à avoir la niaque tout le temps : nous avons pris toutes les décisions en commun et maintenant, nous allons vraiment savourer cette victoire ensemble. »
Pour Tanguy la suite sera logiquement une participation à la Route du Rhum, tandis qu’Adrien envisage une nouvelle saison en Figaro.
Soldini-D’Ali et Jourdren Stamm en duel On prend les mêmes et on recommence… A 85 milles de l’arrivée, Telecom Italia (Soldini-D’Ali) et Cheminées Poujoulat (Jourdren-Stamm) naviguent toujours collés-serrés, avec un écart de moins de 5 milles entre eux. Le long des côtes du Yucatan, le vent d’est, nord-est a beaucoup faibli et les duettistes ont d’ores et déjà très nettement réduit l’allure comme en témoignent leur vitesse de progression de 3-4 nœuds. En approche du golfe du Mexique, on devine que le duel redouble d’intensité et qu’il faudra attendre de les voir aux abords de la ligne pour savoir lequel des deux l’emportera sur le fil, pour empocher la place de 2è, dans la fièvre de ce samedi soir à Progreso, où ils sont attendus entre 20h et 23h, heure locale, soit dans le milieu de la nuit, dimanche 15 novembre, entre 3h et 6h du matin.
Classement de 17 heures
1 Initiatives – Novedia Tanguy De Lamotte/Adrien Hardy Arrivé le 13 nov à 9 h 25 (HF) 2 Telecom Italia Giovanni Soldini/Pietro D’Ali à 80,66 milles de l’arrivée 3 Cheminées Poujoulat Bruno Jourdren/Bernard Stamm à 82,41 milles de l’arrivée 4 Cargill-MTTM Damien Seguin/Armel Tripon à 270,71 milles de l’arrivée 5 Palanad 2 Tim Wright/Nicko Brennan à 365,69 milles de l’arrivée