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Global Solo Challenge. Le français Philippe Delamare remporte la course !

Ce 24 février à 14h03 UTC, 15h03 heure locale, après 147j 1h 3m 37s en mer, Philippe Delamare sur Mowgli a remporté le Global Solo Challenge 2023/2024, premier concurrent à terminer son tour du monde par les trois grands caps, en solitaire et sans escale. L’état de la mer était très difficile avec des vagues de plus de 6 mètres, même à proximité de la ligne d’arrivée. Philippe a dû affronter une tempête sérieuse pour terminer son tour du monde et il y a 2 jours, dans les mers agitées, il a été couché et a cassé sa bôme. Le bateau porte de nombreux signes de cet incroyable voyage avec des dommages à de nombreux éléments de son équipement. Philippe était extrêmement heureux de l’accueil et de la visite spéciale de Jean Luc Van Den Heede qui lui a donné des conseils précieux pour se préparer à l’événement, et le gagner!

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Arkea Ultim challenge. Thomas Coville à l’attaque du dernier tronçon du Tour du Monde !

Après 45 jours et 3 heures de course, Thomas Coville a franchi mercredi après-midi à 16h30 l’équateur dans le sens sud-nord. Ce jeudi, le skipper de Sodebo Ultim 3 est deuxième de l’Arkea Ultim Challenge-Brest à moins de 1 900 milles du leader, Charles Caudrelier (en arrêt aux Açores depuis mercredi matin). De retour dans l’hémisphère Nord, Thomas revient sur cette traversée de Pot-au-Noir particulièrement éprouvante physiquement et mentalement.

La réaction de Thomas sur le passage du Pot-Au-Noir et son retour dans l’Hémisphère Nord !
C’est décidément un véritable marathon à l’échelle planétaire qu’endurent les cinq skippers encore en mer sur la première édition de l’Arkea Ultim Challenge-Brest. Entre avaries techniques parfois synonymes d’escales forcées, longs moments de solitude dans les mers du Sud, violentes dépressions et périodes de « molle » qui mettent les nerfs à rude épreuve, ces pionniers du tour du monde Ultim passent par tous les états.

Thomas Coville y compris, lui qui a vécu cette semaine une traversée du Pot-au-noir particulièrement éprouvante, qu’il a racontée dans la nuit de mercredi à jeudi : « Je sors d’une journée vraiment pas facile pour moi. Ce passage du Pot-au-noir aura été très long, difficile et fastidieux. C’est une zone tellement aléatoire qu’on se sent complètement démuni, avec des vitesses très lentes, pas acceptables pour nos bateaux, auxquelles on n’est pas habitué. »

« Une sieste est la chose la plus précieuse au monde »

Et le skipper de Sodebo Ultim 3 de poursuivre, à propos de cette zone intertropicale qui peut engendrer de violents grains comme des absences totales de vent : « La photo satellite fait vraiment peur quand on la regarde, on est à la merci d’énormes nuages. On devrait s’extasier tellement c’est beau, mais j’avoue que je n’ai pas réussi à être dans cet état d’esprit. La progression a vraiment été lente, le Pot-au-noir remontait avec moi dans le nord, j’avais l’impression que les efforts et la débauche d’énergie que je faisais pour manœuvrer afin de passer chaque grain et chaque nuage ne servaient à rien. Cette transition a été un peu douloureuse en termes de milles perdus et d’énergie engagée. »

Dans ces conditions, entre nécessité d’être vigilant au moindre grain, particulièrement de nuit, et de sans cesse manœuvrer pour exploiter les caprices d’Eole, Thomas confie avoir passé « deux nuits entières sans dormir », avant d’ajouter : « Au moment où je vous parle, je retrouve des vitesses de nouveau acceptables, je vais essayer de m’octroyer une petite sieste, ce qui, pour un marin en Ultim en solitaire, est la chose la plus précieuse au monde. Je ne sais même plus ce que veut dire une nuit entière, ça fait 45 jours que j’ai perdu cette notion. Sachez que quand vous dormez le soir ou faites une petite sieste, c’est extrêmement précieux ; en être privé pendant autant de temps, c’est complètement « marteau ». Quand les gens nous demandent ce qui nous manque le plus en mer, quitte à les décevoir, je leur réponds que c’est dormir sans être obligé de mettre l’alarme. C’est la chose la plus difficile à gérer sur ce genre d’épreuve, car elle détermine votre humeur, votre énergie, votre lucidité, votre appétit, votre plaisir. »

Le virage à droite après les Açores

Ce jeudi, Sodebo Ultim 3 commence à toucher les alizés de nord-est de l’hémisphère Nord, ce qui va permettre à son skipper de se projeter vers le dernier tronçon du tour du monde, la remontée de l’Atlantique Nord. « Je suis rentré dans l’hémisphère Nord mercredi, je remets la tête à l’endroit, au sens propre comme au sens figuré. Je suis encore vraiment dans l’instant, heure après heure, pour sortir enfin de cette séquence douloureuse, derrière, m’attendent les alizés qui vont nous faire remonter vers l’anticyclone des Açores et prendre ce virage à droite qui nous ramène vers la maison. »

Comment voit-il ses derniers jours de course ? « Les conditions ont l’air d’être beaucoup moins engagées que celles qui ont obligé Charles (Caudrelier) à s’arrêter aux Açores. Il a fait ça en bon marin, il avait emmagasiné au début de course suffisamment d’avance pour ne pas être inquiété par Armel ou moi sur la suite du parcours, ça fait rêver ! »

Pour le skipper de Sodebo Ultim 3, solidement installé à la deuxième place, se dessine maintenant un duel final avec Armel Le Cléac’h, qui compte ce jeudi plus de 500 milles de retard sur lui. « Ça fait plusieurs semaines qu’on est en bagarre avec Armel, il a été obligé de s’arrêter (le week-end dernier à Rio pour deux avaries de safran), chapeau bas d’ailleurs à son équipe qui a réussi à faire des choses incroyables en 48 heures. On se retrouve du coup de nouveau l’un avec l’autre pour ce dernier tronçon. J’ai un bateau plutôt en bon état, je le bichonne, je le préserve, je fais ma ronde tous les jours pour en inspecter les quatre coins, voir s’il y a de l’usure, des mouvements parasites, écouter les bruits. » Il faut bien cette routine quotidienne pour aller au bout de cette épopée.

A environ 3000 milles de Brest (5556 km sur la distance théorique), une estimation d’arrivée ? “Je n’ai pas d’ETA à vous donner aujourd’hui et je n’aime pas donner d’estimation d’arrivée, car je suis vraiment dans l’instant présent de ce tour du monde” que Thomas Coville devrait achever, si tout va bien, en fin de semaine prochaine.

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Arkea Ultim challenge. Caudrelier en escale aux Açores, vers une arrivée lundi !

© M.Le Roux / polaRYSE / GITANA S.A

Le skipper du Maxi Edmond de Rothschild est en escale technique aux Açores, à Horta. Les dépressions qui circulent actuellement dans l’Atlantique Nord barrent la route vers Brest et l’obligent à prendre son mal en patience, amarré dans la marina principale de l’île de Faial. Un temps imaginé ce jeudi matin, le retour en course ne pourra finalement se faire, au mieux, que demain en fin de journée voire samedi midi. Si cette fois les fichiers météos laissent entrevoir une fenêtre acceptable, Charles Caudrelier et le Maxi Edmond de Rothschild reprendraient la mer pour une arrivée attendue à Brest lundi 26 février.

Interview Charles Caudrelier, le 22 février :

” Pourquoi on s’est arrêté à Horta ? Parce que si j’allais tout droit je devais passer dans une traine de dépression avec du vent de Nord-Ouest très fort, on attendait 10 mètres de mer. J’ai vu qu’il y avait des mesures à 11,50 mètres cette nuit déjà alors que c’était plutôt prévu 6-7… En fait, il y a des vents très irréguliers, c’est ça le problème, avec des grains très forts. Ce n’est pas le vent moyen qui pose un problème, il est souvent très sous-estimé dans les modèles. On peut rajouter de toute façon 20% aux modèles en général, donc par exemple si quelqu’un regarde la météo à terre et qu’il voit 35 nœuds, c’est souvent 20% de plus dans ces conditions-là, plus les grains, donc ça peut faire des vents à 100 km/h. On voit qu’en France c’est la tempête. La décision a donc été prise de ne pas y aller parce qu’on a une avance importante et qu’on a un bateau qui a déjà fait quasi un tour du monde.

J’ai ce luxe de pouvoir m’arrêter, donc on a fait ce choix. Ça n’était pas simple parce que nous avons envie d’arriver. On avait aussi envie de ne pas faire d’escale… Je n’étais vraiment pas obligé de m’arrêter, le bateau évidemment n’est pas en parfait état mais il était tout à fait capable de poursuivre… Mais prendre un risque, c’est un peu la roulette russe.

Et puis derrière, en plus ça s’enchaîne, la météo est très mauvaise pendant quelques jours donc la décision a été prise comme ça. Sans doute que si nous avions eu un bateau à 50 milles derrière on aurait tenté de passer, mais là pourquoi ? À part par égo… Donc c’est la sagesse l’a emporté sur l’impatience et l’égo.

Et on s’est aussi arrêté parce qu’on pensait pouvoir repartir au bout de 24h, donc ce matin ; mais la situation météo a empiré, les modèles ne sont pas tout à fait d’accord mais commence s’aligner, il y a une deuxième dépression, une dépression secondaire, qui peut être très virulente, et les modèles ont du mal à savoir où elle va être exactement. Il fallait absolument que je parte tôt ce matin d’ici, enfin plutôt d’un point un peu plus loin pour me mettre derrière le vent de la première dépression et le problème est que derrière il y en a une autre qui arrive, plus petite mais beaucoup plus virulente. Je ne serais pas surpris d’ailleurs qu’en France il y ait vraiment une grosse tempête à venir samedi, avec des vents très très forts, et qui tournent en plus. Donc le problème c’est que là j’avais déjà une grosse mer de 8-9 mètres de Nord-Ouest mais qui était assez longue et assez belle donc on pensait passer dedans – à 8-9 mètres ce n’est pas très grave, surtout s’il y a des écarts entre les vagues… Le problème c’est que je n’arrivais pas aller assez vite pour rester devant la deuxième dépression, il fallait que j’aille à plus de 30 nœuds et on était pas sûr de pouvoir le faire dans ces conditions de mer. Donc ça veut dire que si je me faisais rattraper par l’autre dépression, le vent tournait, changeait de direction à 180° et pouvait fortement se renforcer. C’est souvent ce qui fait les grosses tempêtes qu’on peut avoir. Ça fait du vent opposé à la mer, très fort, deux mers qui se croisent, et donc une mer très dangereuse pour les bateaux.

” Là on s’oriente plutôt vers la sagesse, la grande sagesse même – même si l’impatience est là – d’attendre samedi, où nous avons une fenêtre tout à fait correcte. On peut se le permettre, parce qu’on a évidemment regardé Sodebo et les bateaux derrière, et la situation météo fait qu’ils seront derrière nous, pas très loin, mais entre lui et moi il y aura un anticyclone donc il y a aucune chance qu’il puisse me doubler en performance. Il y aura encore une bonne distance parce qu’il va vraiment avoir une météo compliquée pour monter et moi ça me permet de partir dans une mer calme pour une arrivée lundi. Donc ce matin la décision a été assez rapide à prendre. On a pas envie de tenter le diable ce soir et on va attendre.

Et ça peut tomber pas mal parce que je suis né le 26 février, j’aurai 50 ans et je crois que ça va faire 50 jours de course, donc il faut croire aux signes. Une arrivée le lundi ça ferait pile pour mes 50 ans.

Je pensais gagner cette course avant d’avoir 50 ans, je pensais dire ‘quand j’avais 40 ans…’ mais à priori ça ne va pas le faire. Mais c’est une belle histoire à raconter à mes petits-enfants !

J’avoue que je suis un peu perdu. Pour moi, je suis toujours en course, je regarde mon bateau, je l’ausculte de toute part, je profite de ce temps pour tout vérifier et ne rien laisser au hasard, renforcer les réparations que j’ai eues, notamment une dont on parlera à l’arrivée. Ce matin j’ai eu une petite boule au ventre parce que je voyais la fenêtre qui se fermait et je me demandais quand est-ce que j’allais repartir, mais bon on a des solutions. Ce ne sont pas des solutions géniales, on a pas de miracle, ça sera un peu musclé, mais un départ samedi me paraît très raisonnable.

C’est particulier mais bon je suis avec mon équipe il n’y a pas de monde, c’est assez sympa finalement, parce que ça fait partie de l’aventure. J’ai toujours dit que cette course ça serait une aventure. J’espérais la faire sans escale, j’avais réussi jusque-là à amener mon bateau sans arrêt, mais la météo et la prudence nous incitent à ne pas y aller et on en profite. Mais je suis super content de retrouver les gens qui me sont proches qui sont là et ils sont à 200 %, et on est dans la course ! “

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Arkea Ultim Challenge. Premier Cap Horn pour Eric Péron

C’est à 16h 18min 40s heure de Paris aujourd’hui qu’Eric Péron a franchi le mythique cap Horn, le premier de sa carrière. Un accomplissement plus qu’une délivrance pour le skipper de l’ULTIM ADAGIO qui ajoute une ligne supplémentaire à son CV de marin, avec la manière puisqu’il signe le meilleur temps de la course et de l’histoire de son bateau sur le Pacifique. Le plus grand océan du monde est celui qui a le mieux réussi au skipper depuis le départ de l’ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest. Qu’en sera-t-il de l’Atlantique ? À 100% au moment de mettre le clignotant à gauche, l’ULTIM ADAGIO a dans son collimateur Actual Ultim 3. Anthony Marchand sera le compagnon de route d’Eric et son concurrent direct alors qu’il reste aux deux hommes 7000 milles, le tiers du parcours à réaliser, pour rallier Brest.

Déjà hier à la même heure, Eric Péron avait la voix enjouée. Conscient d’avoir accompli une belle navigation sur cet océan Pacifique qu’il aura traversé en 9 jours, 15 heures, 50 minutes et 10 secondes, le skipper sortait de cette pudeur qui le caractérise depuis le départ et ne cachait pas sa joie : « Je suis content parce qu’on n’a pas traîné en route. On s’est donné et j’ai enfin trouvé ce que j’étais venu chercher », disait-il à l’approche du cap mythique dont il avait soigné l’approche avec son routeur David Lanier en multipliant les petits recalages pour finir au meilleur angle bâbord amure.

Doubler le cap de jour était un joli cadeau pour cette première du navigateur, lui qui connaissait la Terre de feu mais n’avait jamais passé « le caillou », comme il l’appelle. « “Après la petite pointe, on sera bien !” m’a lancé Anthony tout à l’heure par messagerie. C’est une façon comme une autre de déconstruire le mythe, ça m’a fait rire ! Bref, il y a pas mal de complicité entre nous sur ce que ça représente d’être arrivés là, et de la satisfaction… »

La satisfaction d’avoir été rapide entre la Tasmanie et le Horn. Plus que ce même bateau lors du record du tour du monde en solitaire de Thomas Coville en 2014. Plus également que les quatre autres trimarans encore en course sur l’ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest. Une fierté mais pas d’autosatisfaction pour Eric qui sait très bien que la météo n’a pas épargné ses concurrents, plus rapides sur le papier, obligés de temporiser, de se détourner ou de s’arrêter sur la route. « On a enquillé le Pacifique devant trois fronts chauds successifs et notre trace est belle, en phase avec les systèmes, c’est ce qui compte. Ça a du sens d’aller là-bas parce qu’on est en course sur ces grands bateaux qui vont vite, mais avec le recul, je crois que l’humain n’a pas grand chose à faire dans ces coins ! Derrière les fronts quand il fallait se recaler vers le Sud, en travers de la mer, c’était quand même assez rude. Du coup, toute l’évolution des multicoques depuis la génération d’Adagio, le vol, les cockpits fermés, tout ça me parait tellement logique maintenant ! »

Sans jamais être dantesques, les conditions ont toujours été soutenues sur la route du Pacifique, permettant au trimaran de réaliser plusieurs journées à plus de 600 milles, et à Eric d’en acquérir une maîtrise plus fine. « Je faisais énormément de manœuvres au début et j’ai privilégié ensuite les voiles plates plutôt que les gennakers, ce qui permet d’avoir une plus grande régularité sans forcer sur le bateau ». Après 45 jours de course et alors qu’il en reste encore une quinzaine, la fatigue se fait néanmoins sentir : « Le vent assez régulier était moins usant que dans l’Indien où j’ai souffert mais c’est comme un tapis roulant qui ne s’arrête jamais. Tu perds tes repères, avec en plus chaque jour une ou deux heures de décalage par rapport au soleil. Du coup, je suis un peu paumé. A chaque fois que j’ajoute une ou deux tâches à mon train train quotidien, j’en sors vidé. Je m’endors n’importe quand ! »

Un Atlantique pas très Pacifique

Il va pourtant falloir conserver de l’énergie et toute son attention sur la remontée de l’Atlantique, « où, jusqu’à toucher l’alizé, tu n’es pas tranquille », selon Eric. « C’est comme sortir d’un long faux plat et comprendre que derrière la colline, tu as encore une grande montée », ajoute le skipper à propos de l’Atlantique Sud. Le long de l’Argentine, c’est du près soutenu avec de la mer et pas mal de manœuvres qui sont au menu. Le réconfort d’avoir à quelques 300 milles devant les étraves Anthony Marchand n’est pas pour déplaire au skipper : « On va être dans le même système météo et il y aura des choix. On va régater et ça va être chouette. Et dans un sens comme dans l’autre, s’il peut ne pas y avoir trop d’écart à l’arrivée, ce sera sympa de célébrer ça ensemble. Mais il ne faut pas s’emballer, il y a encore un tiers de tour du monde à faire ! »

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Arkea Ultim challenge. Anthony Marchand skipper d’Actual Ultim 3 a franchi le cap Horn

Anthony Marchand a franchi le cap Horn ce mardi dans la nuit laissant derrière lui le Grand Sud et ses affres, ce qu’il a vécu comme un soulagement. Mieux, comme une délivrance. A la clé, des émotions fortes, forcément, d’autant qu’il s’agissait pour lui de son deuxième passage en moins d’un an à la fameuse pointe chilienne, et de son premier en solitaire.

Le skipper d’Actual Ultim 3 le sait, la route est encore longue pour rallier Brest, cette dernière s’annonce jalonnée de chausse-trappes, à commencer par une vaste zone de molle au large des côtes brésiliennes, qui pourraient bien largement relancer le match entre lui et son rival Éric Péron, et ainsi garantir une remontée de l’Atlantique en mode « régate ».

« Difficile de décrire ce qu’il se passe dans sa tête lorsque l’on déborde ce fameux cap Horn après presque 45 jours de mer ! L’indien et le Pacifique sont des océans usants. Le fait de sortir du tunnel du Grand Sud génère forcément une foule d’émotions. C’est d’autant plus vrai que j’ai finalement eu la chance de le contourner de jour, avec de belles couleurs. Je ne suis pas passé hyper proche mais suffisamment pour en profiter quand même », a relaté Anthony Marchand joint par son équipe, ce jeudi matin, après avoir donc franchi le point le plus austral de l’Amérique du Sud à 23h21 la nuit dernière, en le laissant à environ cinq milles.

« Peu avant de passer la pointe, c’était un peu chaud, avec du vent assez fort sur une mer courte mais au niveau de l’île du Horn, j’ai finalement eu des conditions quasi parfaites, avec de très nombreux oiseaux autour de moi. J’ai savouré le moment mais j’ai cependant éprouvé une drôle de sensation », a expliqué le skipper d’Actual Ultim 3 qui, pour mémoire, avait franchi ce fameux cap Horn pour la première fois en mars 2023, en équipage, dans le cadre de The Ocean Race, à bord de Biotherm. « Ça avait été un moment très fort pour moi parce qu’une première, c’est toujours quelque-chose. Passer à cet endroit en solo, et en Ultim qui plus est, ça a évidemment été intense mais finalement pas plus que la fois précédente. L’atmosphère était néanmoins différente. La grisaille la mer, le vent… tout ça a généré un truc plutôt austère et, pour finir, un peu angoissant », a détaillé le navigateur qui, après avoir un temps composé avec de la pétole dans la nuit, évolue à présent dans le détroit de Le Maire, cet étroit bras de mer de seulement 30 kilomètres qui sépare l’île des États de la péninsule Mitre, à la pointe orientale de la Terre de Feu argentine.

Une remontée de l’Atlantique sous forme de duel ?

« Ça souffle entre 25 et 27 nœuds et ça tape énormément. Je plante littéralement des pieux car j’évolue mer contre courant. Sans foil c’est franchement désagréable, pour ne pas dire insupportable. Logiquement, ça devrait se calmer à la sortie du canal. En tous les cas je l’espère car ça fait longtemps que je n’ai pas pu dormir », a indiqué Anthony dans une communication très hachée, avec une excitation clairement en train de retomber.

« La situation à venir promet d’être complexe. Je risque de faire du près pendant un moment. Au moins jusqu’à la latitude de Recife », annonce le marin dont la monture, privée de ses deux foils, n’est certainement pas à son avantage dans ce type de conditions. « Éric (Péron) est sur mes talons mais je vais me battre pour rester devant. Une zone de molle du large du Brésil risque bien de mettre un peu le bazar et de relancer complètement le match. Pas question, donc, de se démobiliser car il risque d’y avoir une belle bagarre sur cette remontée de l’Atlantique. Ce que je retiens, c’est que se tirer la bourre, c’est toujours mieux que de naviguer solo en mode croisière », a relaté le skipper d’Actual Ultim 3, que l’on sait véritable compétiteur
dans l’âme, mais qui ne minimise par ce que l’attend.

Encore un océan complet devant les étraves

« Après le Horn, on a l’impression que l’on est proche de la maison or il reste un océan entier à traverser avec un total de plus de 5 000 milles à parcourir. Le positif, c’est que je me sens bien en mer. Passée la déception de ne pas rencontrer les bons systèmes météo et après avoir encaissé la désillusion sur le plan sportif, j’aime ce que je vis et je veux en profiter au maximum », a ajouté le Costarmoricain, impatient par ailleurs de retrouver un terrain de jeu moins hostile.

« J’ai hâte de récupérer de la chaleur mais aussi de prendre une douche car ça fait vraiment longtemps que je n’ai pas pu me laver. Ces deux perspectives me font du bien au moral car sur le plan météo tout risque de continuer de ne pas s’enchaîner trop bien pour moi », a ajouté Anthony Marchand à qui il reste encore deux semaines de mer avant de boucler la boucle.

« Je ne suis pas inquiet concernant mes réserves de nourriture. J’ai sauté beaucoup de repas, mais j’ai aussi pu faire des courses d’aliments frais à chaque arrêt. Pendant l’escale Néozélandaise, je suis allé au supermarché et j’avais l’impression d’être un enfant de 6 ans avec la carte bancaire de sa mère. Je n’ai acheté que des cochonneries. En somme, tout ce qui me faisait plaisir. Sur le moment, ça n’avait ni queue ni tête mais ça me permet aujourd’hui d’avoir quelques petits plaisirs pour cette fin de course qui promet de se jouer en mode « régate » » a terminé le skipper d’Actual Ultim 3.

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Arkea Ultim challenge. Escale aux Acores pour Caudrelier

20190924 - The Maxi Edmond de Rothschild. training offshore Lorient before Brest Atlantique, skipper Franck Cammas & Charles Caudrelier. ©Eloi Stichelbaut/polaRYSE/Gitana S.A.

Ce mercredi, après 44 jours de mer et alors que le Maxi Edmond de Rothschild n’est plus qu’à 1 200 milles de l’arrivée, il va devoir temporiser. Une dépression au Sud de l’Islande devrait se renforcer dans les prochaines heures en se décalant dans l’Est et rendra le golfe de Gascogne impraticable dans les prochaines 72 heures.

C’est pourquoi, le marin du Gitana Team a choisi de se mettre à l’abri aux Açores, sous le vent de l’île de Faial, à Horta, en escale technique comme le règlement de l’Arkea Ultim Challenge l’autorise. « Nous naviguons actuellement dans le Nord-Ouest de l’Anticyclone des Açores et nous avons passé la dorsale la nuit dernière. Malheureusement, une grosse dépression barre la route pour rejoindre Brest. 40 nœuds de vent établis, des rafales au-delà des 50, et une mer de 8 à 9 mètres… Nous avons patienté et espéré des améliorations mais ce n’est pas le cas. Il est hors de question de prendre le moindre risque et d’autant plus en considérant l’avance que nous avons sur nos concurrents », rappelait Benjamin Schwartz, l’un des routeurs du Gitana Team.

Face à cette situation, qui impose une attente d’au moins 24 heures, et compte tenu de sa position à proximité immédiate des Açores, Charles Caudrelier a finalement fait le choix d’imaginer une escale technique. En effet, si l’option de patienter au large, comme dans le Pacifique, a longtemps eu la préférence du skipper pour qui ne pas s’arrêter lors de ce tour du monde en solitaire constituait un challenge supplémentaire, le trafic maritime de la zone tout comme la météo attendue, et notamment la mer forte dans la zone d’attente possible, ont fini par l’en dissuader. Le leader de l’Arkea Ultim Challenge sera rejoint dans la matinée par quelques membres de son équipe technique pour l’aider lors de cette escale, qu’il souhaite la plus courte possible. La cellule de routage du Maxi Edmond de Rothschild est déjà à pied d’œuvre pour imaginer la suite et permettre à Charles Caudrelier de rallier Brest dans les meilleurs délais. Dès demain, le 22 février, une fois les 24 heures règlementaires d’escale technique passées, le géant aux cinq flèches devrait reprendre la mer. Les derniers milles de course s’annoncent très musclés et le skipper du Gitana Team ne cachait pas qu’il aurait espéré un scénario plus calme pour regagner « sa Bretagne ». Mais au bout, c’est un grand rêve qu’il vise !
Deuxième, Thomas Coville peine à s’extraire du pot au noir. Il compte 2000 mn de retard.

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Arkea Ultim Challenge. Le Cleac’h de retour en course en 3e position

MAXI Banque Populaire XI - Armel Le Cleac'h - En approche de Rio de Janeiro (Bresil) pour une escale technique lors de l'ARKEA ULTIM CHALLENGE-Brest - le 16/02/2024

Après un peu plus de 48 heures d’escale technique à Rio de Janeiro, le Maxi Banque Populaire XI a repris la compétition ce dimanche à 17h38 TU. L’équipe technique a remplacer les deux safrans endommagés dans l’Atlantique Sud. Désormais, Armel Le Cléac’h, reparti à la 3e place derrière Thomas Coville distant de 550 mn va pouvoir terminer son tour du monde.

Le Maxi Banque Populaire XI a quitté les rivages de Rio de Janeiro, ce dimanche, et il s’agit d’un exploit en soi, tant le challenge à terre était difficile. « C’est une incroyable prouesse logistique, explique Armel. Une importante chaîne de solidarité s’est mise en place et nous a permis de repartir le plus vite possible ». Il en parle sourire aux lèvres, heureux de « retrouver le large » et l’engagement dans cette course qu’il avait dû « mettre entre parenthèses » à son plus grand regret.

L’escale technique aura donc duré un peu plus de deux jours puisqu’elle avait débuté vendredi, dans la baie de Rio de Janeiro à 14h17 TU, 15h17 heure française. Sur place, cinq membres du Team Banque Populaire attendaient Armel Le Cléac’h. « L’équipe a d’abord effectué un bilan technique pour prendre la mesure de l’ensemble des dégâts », explique le skipper. Ils font suite à deux avaries, l’une mardi dernier suite à une collision au niveau du safran de flotteur bâbord, l’autre jeudi sur le safran central. « Nous avons listé tout ce que cela a engendré pour débuter les réparations ». Dans le même temps, deux safrans ont été acheminés par avion de ligne conventionnel et ont pu être réceptionnés sur place à 3 heures du matin (heure locale, 7 heures en France).

« Nous avons eu la chance d’être aidés par de nombreuses personnes, à l’ambassade de France au Brésil, au ministère des Affaires étrangères ou encore à la douane brésilienne. Tous nous ont permis de pouvoir disposer des safrans aussi rapidement, précise Armel. Je tiens à remercier chaleureusement ceux qui nous ont aidé ces deux derniers jours ». Le montage des safrans a donc eu lieu en fin de nuit et dans la matinée ce dimanche. « L’équipe est restée concentrée à 100% pour optimiser la réparation au maximum et me permettre de reprendre la mer ».

“Je n’ai pas déconnecté du tour du monde” S’il a lui aussi participé aux réparations et qu’il s’est soumis à des obligations administratives, Armel en a également profité pour se reposer. « Cela fait plus de 40 jours que je n’avais pas pu dormir une nuit complète, ni prendre une douche. J’ai pu bien me reposer ». Pourtant, pas question pour Armel de relâcher la pression. « Je n’ai pas eu le temps de vraiment couper, je suis resté beaucoup sur le bateau et je n’ai pas déconnecté du tour du monde ». Désormais, il se tourne déjà vers les prochains jours de course. Une dépression, au large du Brésil, va lui permettre de repartir vers l’Est. « On va avoir du vent soutenu de 25-30 nœuds avant d’atteindre les alizés qui sont un peu décalés dans le Nord-Est ». La suite, c’est un long bord tribord jusqu’aux Açores avant d’aborder la fin du parcours où il pourrait y avoir des dépressions « plus ou moins actives » à proximité de l’arrivée. Armel aspire donc à retrouver sa marche en avant et il ne s’interdit rien, lui qui a laissé la 2e place à Thomas Coville la nuit dernière. «Je n’ai pas envie de me projeter mais nous sommes bien placés pour savoir que tout est encore possible dans ce tour du monde, assure le skipper. Les bateaux sont fatigués, les marins sont fatigués et cette course est hors norme, le destin peut changer en une fraction de secondes ». Et le marin d’assurer : « J’ai envie d’aller au bout, de pouvoir terminer cette aventure hors norme ».



Source CP

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Global Solo Challenge. Le drame évité de justesse sur un Class40 à moitié immergé dans le Pacifique sud

Le drame a été évité de justesse sur la Global Solo Chllenge. Le 14 février à 02h50 UTC, un désastre a frappé à bord du Class40 Phoenix ex Sec Hayai qui a participé à la Globe40. William MacBrien, le skipper canadien, a activé sa Balise de Localisation d’Urgence (EPIRB), signe de sa détresse. Anthony Marchand sur son Ultim Actual étit prêt à lui venir en aide mais ‘ets finalement un cargo qui s’est dérouté.

À ce moment, William se trouvait à plus de 1300 milles nautiques à l’ouest du cap Horn, dépassant les 3000 milles de distance de la Nouvelle-Zélande, et à 1600 milles au sud de Mataroa, une petite île isolée peuplée de seulement 90 âmes. Peu de jours auparavant, il avait croisé près de Point Nemo, l’endroit le plus isolé de toute terre émergente sur notre planète, et il se trouvait plus près de l’Antarctique que de l’Amérique du Sud. Son objectif était de réaliser un tour du monde en solitaire, sans escale, en passant par les trois grands caps dans le cadre du Global Solo Challenge.

Le navigateur canadien avait jusque-là brillamment mené son périple, adoptant une approche prudente qui lui avait permis de maintenir son bateau dans un état impeccable, sans rencontrer de problèmes techniques notables. Lors du dernier échange de messages le dimanche 11 février, William affichait une humeur joviale, plaisantant sur son désir de pouvoir activer plus souvent le chauffage face au froid mordant, la température de l’eau ayant chuté à 7° Celsius. Mais ce qui le préoccupait le plus, c’était l’épuisement de ses réserves de cigarettes.

” Il naviguait à bord d’un navire que je connais bien, ayant le même bateau avec lequel j’ai moi-même réalisé un tour du monde en 2011/2012. Phoenix, aussi connu sous le nom de Sec Hayai, est un Akilaria RC1 Class40 préparé à la perfection, doté d’un excellent pedigree. Il avait déjà fait le tour du monde en 2008 avec Boris Herrmann aux commandes, puis en 2021 lors du Globe40 avec son propriétaire actuel. Le bateau avait bénéficié d’un refit total et minutieux en 2023, où rien n’avait été laissé au hasard, incluant même le remplacement de la quille pour assurer sa performance optimale pour le Global Solo Challenge. À son arrivée à La Corogne, Phoenix s’est distingué par sa préparation irréprochable et son attention aux détails et à la sécurité, avec sa grand-voile et son pont peints en couleur fluo, augmentant ainsi sa visibilité pour toute opération de recherche et de sauvetage.

Nous ignorons encore les détails de ce qui s’est produit. William a déclenché une EPIRB signalant sa situation de détresse, le signal, transmis par satellite, a été relayé à la Garde côtière du pays du pavillon du navire, dans ce cas, à la Garde côtière néerlandaise. La procédure standard consiste d’abord à vérifier l’authenticité de la détresse. Une fois confirmé par le propriétaire du bateau que William participait effectivement au Global Solo Challenge en mer, la Garde côtière néerlandaise a sans tarder contacté le centre de recherche et de sauvetage compétent pour la zone d’où provenait le signal de détresse, habituellement le MRCC Chili, et plus précisément le MRCC Punta Arenas dans cette situation.

Informé de la situation, j’ai immédiatement communiqué avec le MRCC Chili. En tant qu’organisateurs, nous tenons à jour un dossier pour chaque participant, ce qui permet une transmission rapide et efficace des informations, essentielle pour ne pas perdre de temps précieux en cas d’urgence. En l’espace de quelques minutes, le MRCC a eu accès à toutes les informations nécessaires concernant le bateau et le skipper, y compris des photos pour l’identification, une description détaillée du bateau, sa construction, ses compartiments étanches, sa flottabilité de secours, et surtout, les coordonnées de contact du skipper, son adresse e-mail et son WhatsApp utilisé via Starlink, ainsi que ses numéros de téléphone satellite d’urgence.

Le MRCC Chili et moi-même avons essayé de contacter le skipper via ses moyens de communication, sans succès. La possibilité existait que l’EPIRB se soit déclenchée automatiquement, le modèle de balise à bord pouvant s’activer manuellement ou au contact de l’eau, comme précisé dans le dossier. Il n’est pas rare qu’une EPIRB glisse de son support dans une cale humide et se déclenche sans être remarquée, d’autant plus que l’humidité extrême et l’air salé à ces latitudes pourraient favoriser un tel scénario.

Tout en espérant une activation accidentelle, nous ne pouvions ignorer le risque d’une situation plus critique. En accord avec le MRCC Chili, il a été décidé de traiter cet appel de détresse comme nécessitant une intervention immédiate, bien que le terme “immédiat” ne soit guère approprié vu les circonstances. Sans possibilité d’intervention par hélicoptère, l’aide ne pouvait provenir que d’un autre concurrent ou d’un navire marchand. L’examen de la cartographie maritime par AIS révélait que le navire le plus proche se trouvait à plus de 400 milles. Une autre option était le trimaran Actual de l’Arkea Ultim, à 1300 milles mais capable d’atteindre 30 nœuds. Alors que le MRCC Chili procédait à la mise en place des actions de sauvetage avec le navire marchand le plus proche de William, je cherchais à rassembler toute information supplémentaire pouvant aider à l’opération. Plusieurs heures après l’émission du signal de détresse, nous n’avions toujours pas pu confirmer l’état de William, la nature de sa détresse, ni même si l’activation de l’EPIRB avait été accidentelle.

J’ai immédiatement sollicité le fournisseur des dispositifs de suivi de l’événement, Yellow Brick, pour qu’il augmente la fréquence des actualisations de position à toutes les trente minutes, au lieu des quatre heures habituelles. Cette mesure visait à apporter davantage de clarté sur la situation.

La tâche délicate de contacter la compagne de William m’incombait, sachant qu’il faisait nuit au Canada et conscient que c’était le genre d’appel que personne ne souhaite jamais recevoir. J’ai veillé à rester aussi factuel que possible, étant donné le large éventail de scénarios envisageables à ce stade. Malheureusement, elle a confirmé n’avoir eu aucune nouvelle de William depuis un moment, en réalité depuis sa dernière utilisation de Starlink le dimanche 11, attribuable à une connexion souvent lente dans cette région et à des conditions météorologiques stables et clémentes, réduisant le besoin de mises à jour fréquentes.

La situation météorologique a semé davantage de confusion qu’autre chose. Durant la nuit, William avait traversé une légère dorsale de vents faibles occasionnant un changement de direction du vent. Son bateau progressait lentement, sans toutefois s’immobiliser totalement. La vitesse avait graduellement décru dans cette faible brise, devenant étrangement lente durant la nuit, passant de 3 à 2,5, puis à 2,2 nœuds. Il restait plausible qu’il ait traversé une zone de vents très faibles, que le changement de direction eût provoqué une houle croisée, et que le battement de ses voiles soit devenu si insupportable qu’il ait choisi de les affaler en attendant un nouveau souffle de vent, se contentant alors de dormir. Parfois, le bruit des voiles battant dans la houle est si pénible qu’il n’est pas rare de décider d’attendre patiemment. Après tout, l’objectif de William n’était pas de remporter une victoire, mais d’achever sa circumnavigation, et quelques heures perdues n’auraient pas dû avoir d’importance pour lui.

Ari Kansakoski m’a alors contacté pour m’offrir son aide. Avec l’expérience qui avait vécu, qui mieux que lui pouvait analyser la dérive du bateau et évaluer la possibilité d’un démâtage ? Nous étions unanimes : la vitesse du bateau semblait trop élevée pour qu’il ait perdu son mât. Ari estimait qu’en l’absence de mât, la vitesse aurait dû être de 1 à 1,5 nœud dans de telles conditions. De plus, la direction du bateau par rapport au vent nous intriguait : malgré sa lenteur, il semblait progresser à angle droit avec le vent, cap au sud.

Dans le même temps, j’avais demandé les journaux de connexion de son terminal Starlink et les relevés d’appels et de SMS de ses téléphones Iridium, espérant comprendre pourquoi il n’avait contacté personne et restait injoignable. Huit heures s’étaient écoulées depuis l’activation du signal de détresse, et tout ce que nous savions, c’était que le bateau n’avait pas coulé, car nous continuions de recevoir les mises à jour de sa position via le tracker. C’était un faible réconfort, sachant que le bateau était conçu pour être insubmersible, il pourrait très bien être semi-submergé et dériver avec le tracker activé. Nous étions impatients de confirmer que William était toujours à bord et en bonne santé.

Iridium a révélé que ses deux téléphones étaient éteints, n’ayant pas été activés récemment. Cela n’augurait rien de bon. Les questions sans réponse s’accumulaient, notamment pourquoi William avait réussi à activer l’appel de détresse sans parvenir à établir de contact terrestre. Pourquoi le bateau se déplaçait-il, bien que très lentement ? Les hypothèses de démâtage et d’accalmie temporaire étaient désormais écartées.

Il était facile d’imaginer ce que nous pensions. Bien que personne n’osait l’exprimer ouvertement, l’idée que William ait pu tomber à la mer, peut-être en pleine manœuvre de voile, perdant son équilibre et laissant son bateau dériver avec juste un petit morceau de voile, nous hantait. Je refusais de croire que c’était la seule explication. Le MRCC a répété ses appels pour vérifier si nous avions reçu des nouvelles ou des informations supplémentaires. Le navire de fret Watatsumi, que nous avions repéré le matin même, avait été informé de la situation. Il naviguait directement vers la position de William, il n’avait donc pas eu besoin de changer de cap. Dans un effort désespéré, nous avons tenté de rétablir le contact pour confirmer que William était effectivement à bord et en besoin d’assistance, ou pour vérifier si l’EPIRB s’était activé par accident, bien que cette hypothèse semblait de plus en plus irréaliste avec le temps.

La possibilité que William ait quitté le navire pour se réfugier dans son radeau de sauvetage me traversait l’esprit. En communication avec le MRCC Chili, j’essayais de déterminer si le traceur du bateau et l’EPIRB indiquaient la même position, ce qui m’a laissé quelque peu dépassé, cherchant désespérément une explication qui garantirait la sécurité de William, que ce soit à bord ou potentiellement sur son radeau de sauvetage.

C’est à ce moment-là que la compagne de William m’a contacté. Occupé à discuter avec le MRCC Chili, j’avais dû interrompre notre première conversation. Elle n’a pas tardé à rappeler et, cette fois-ci, j’ai pris l’appel. Elle venait tout juste de parler à William, qui l’avait appelée depuis son téléphone satellite. Il était alors 14h30 UTC, environ 12 heures après avoir émis son signal de détresse.

L’adrénaline a monté en flèche, quel soulagement immense. Qu’est-il arrivé ? Comment va-t-il ? Quelle est la situation actuelle ? Pourquoi n’avait-il pas appelé plus tôt ? Les questions étaient nombreuses.

William avait expliqué s’être réveillé au son de l’eau clapotante et s’était immédiatement attelé à gérer l’infiltration d’eau. Dans l’urgence de la situation, le temps avait dû lui échapper au point de ne pas penser à appeler ou de ne pas en trouver l’occasion. Il avait affirmé avoir besoin de secours.

Le cargo a alors ajusté sa route pour prendre le chemin le plus direct vers William, lançant ainsi le décompte jusqu’à l’arrivée à son emplacement. Le Watatsumi se trouvait encore à près de 300 milles de distance, nécessitant environ 30 heures de navigation à une vitesse de 10 nœuds pour le rejoindre.

La compagne de William a ensuite reçu quelques brefs messages textes supplémentaires et un appel aux alentours de 23h30 UTC. William lui a assuré qu’il allait bien, qu’il avait revêtu sa combinaison de survie et qu’il ne ressentait plus le froid, affirmant qu’il pouvait tenir 24 heures à attendre les secours.

Le matin suivant, le 15 février, le Watatsumi se trouvait encore à 150 miles et aucune nouvelle mise à jour n’était parvenue. Initialement, cette absence de communication pouvait sembler rassurante, suggérant qu’aucun changement n’avait eu lieu et qu’il ne restait plus qu’à patienter. Le MRCC a demandé des nouvelles concernant l’état de santé de William, et je m’attendais à recevoir de ses nouvelles à tout moment, potentiellement via sa partenaire, dès l’aube au Canada. Cependant, William ne s’est manifesté ni par SMS ni par appel, ses deux téléphones satellites demeurant éteints, ce qui augmentait mon inquiétude au fil du temps.

La nuit commençait à tomber en Europe, et cela faisait désormais 16 heures que nous étions sans nouvelles de William, le navire se trouvant encore à 70 miles. Pourquoi ses téléphones étaient-ils hors service ? Pourquoi n’avait-il pas repris contact pour rassurer sur son état ? Il se pouvait que ses téléphones aient été endommagés par l’eau.

Vers 18h00 UTC, le MRCC Chili m’a contacté de nouveau, indiquant avoir reçu un autre signal de détresse, émis cette fois par un PLB, un EPIRB personnel. Après vérification, le code hexadécimal correspondait bien à celui de William. Qu’est-ce que cela signifiait ? Sans aucune communication depuis 18 heures et au vu de la situation, nous devions interpréter cela comme une bonne nouvelle : William était toujours là, attendant du secours.

Nous avons progressivement augmenté la fréquence des mises à jour du traceur sur le bateau, passant de 30 à 15 minutes lorsque le navire Watatsumi se trouvait à 50 milles, puis à toutes les 5 minutes lorsque le navire était à 10 milles.

À 22:42 UTC, nous avons reçu une première communication par e-mail du MRCC Chili et du MRCC Punta Arenas, qui coordonnaient l’opération de sauvetage. Le navire Watatsumi était arrivé à proximité du voilier en détresse, et son capitaine avait réussi à établir un contact VHF avec William.

Le deuxième e-mail, reçu à 23:36 UTC, confirmait succinctement que William avait été secouru et que le Watatsumi avait repris sa route.

La réception des photos du sauvetage ce matin a provoqué en moi une émotion intense, un mélange de soulagement et de tristesse. J’ai pu voir de mes propres yeux la réalité de la situation de William. Il avait dérivé pendant 46 heures sur un bateau semi-submergé, passant une nuit entière à quelques centimètres d’un océan glacé et désolé, dans l’un des lieux les plus isolés de la planète, sans aucun moyen de communication, nourrissant seulement l’espoir d’être secouru.

Il est difficile d’imaginer ce que William a dû endurer, sauf à avoir vécu une épreuve semblable. Je suis profondément soulagé de le savoir en sécurité et je me demande combien de temps il aurait pu survivre dans ces conditions. Heureusement, cette question restera sans réponse. Nous découvrirons bientôt de William lui-même ce qui s’est passé et dans quelles circonstances. En voyant les photos, on pourrait penser à une collision avec un objet flottant non identifié, mais d’autres explications sont possibles, et seul William pourra nous éclairer. Pour l’instant, il est temps de lui laisser l’occasion de se réchauffer, de traiter les événements et de se remettre de ses peurs et de son choc. Il a fait preuve d’une incroyable résilience pour survivre à une telle épreuve.

Nous tenons à exprimer notre gratitude la plus profonde et sincère pour le soutien patient et professionnel apporté par les SAR centres de recherche et sauvetage, le MRCC Punta Arenas et le MRCC Chili, dans la coordination de cette opération de sauvetage. Nos remerciements vont également au Capitaine WFG Garcia Jr., maître à bord du Watatsumi, et à tout son équipage, pour leur rôle crucial. De plus, nous adressons notre reconnaissance à la Direction de Course de l’Arkea Ultim pour leur assistance technique et leur disponibilité à intervenir avec l’Ultim Actual, si nécessaire.

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Figaro. Le Figaro de l’Association les Etoiles Filantes baptisé ce jeudi 15 février à l’occasion de la Journée Mondiale des Cancers de l’enfant

Baptême du Figaro 3 « Les Etoiles Filantes » à Bordeaux le 15 février 2024. En présence de Quentin Vlamynck, skipper du bateau, Sandie Tourondel présidente de l’association « Les Etoiles Filantes », la marraine Chloé Trespeuch - Snowboardeuse française, double médaillée olympique en snowboard cross et le parrain et Pierre Rabadan - Joueur de Rugby à XV français et Adjoint à la Maire de Paris en charge du sport, des Jeux olympiques et paralympiques et de la Seine.

Skippé par le Médocain Quentin Vlamynck, récent vainqueur de la Transat Jacques Vabre 2023, ce bateau de type « Figaro 3 » a pour ambition de renforcer la visibilité de l’Association les Etoiles Filantes qui accompagne des enfants atteints d’un cancer pédiatrique rare et incurable.

En totale adéquation avec la philosophie de l’Association qui souhaite « Ajouter de la vie aux jours » des super-héros qu’elle accompagne, l’engagement solidaire de Quentin avec les Etoiles Filantes permettra de faire naviguer les enfants et leur famille, de partager ses aventures au départ, pendant et à l’arrivée des compétitions et d’aller à leur rencontre dans les services de cancérologie pédiatrique.

En parallèle de son défi sportif qui débutera à partir du 9 mars avec la Solo Guy Cotten à Concarneau, le skipper de Neo Sailing Technologies Racing explique sa présence aux côtés de l’Association les Etoiles Filantes : « Soutenir une cause pour donner du sens à ma navigation et à mon quotidien, c’est ce qui m’anime dans ce projet. En m’engageant aujourd’hui auprès de cette association, je souhaite porter ces messages de détermination, d’abnégation, de combativité et de résilience qui correspondent aux valeurs défendues par cette association et qui sont soufflées quotidiennement par ces enfants atteints du Gliome Infiltrant Cérébral. »

Financé à la fois par des sponsors et des mécènes qui accompagnent l’association depuis ses débuts en 2019, ce projet est porté par Neo Sailing Technologies basée au Verdon-sur-Mer, qui a notamment fait l’acquisition de ce nouveau bateau.

Fabienne Baron, Présidente de Neo Sailing Technologies explique pourquoi elle a décidé de soutenir ce projet : « Quentin et Sandie, Présidente de l’Association les Etoiles filantes, m’ont fait part de leur projet de défendre une cause au travers d’un programme sportif. Je n’ai pu que y répondre favorablement ! Il était important que Quentin puisse faire l’acquisition de nouvelles compétences dans une nouvelle discipline. Les épreuves sportives du Figaro y répondent plus que largement et j’ai une confiance absolue dans la capacité de Quentin à y faire sa place. Par ailleurs, soutenir l’association dans son action quotidienne auprès des enfants, des familles et de la recherche est une mission sociétale pour Neo Sailing Technologies. Je suis particulièrement fière et émue de voir ce bateau, aujourd’hui baptisé, porter au plus haut les convictions que nous partageons. »




Comme Comme la tradition le veut, le bateau a été baptisé en plein centre de Bordeaux, au Ponton d’Honneur, par sa marraine Chloé Trespeuch (double médaillée olympique en snowboardcross et actuelle leader de la Coupe du Monde) et son parrain Pierre Rabadan (Ancien Rugbyman et Adjoint à la Maire de Paris en charge du Sport, des Jeux Olympiques & Paralympiques de Paris 2024). Une centaine de personnes avait fait le déplacement pour soutenir l’événement.

Chloé Trespeuch : « Je suis très fière d’être ambassadrice de ce bateau qui permet de concilier une aventure sportive à une aventure humaine. Voir les enfants vivre des moments de joie en navigation nous rappelle à quel point le sport prend de la valeur quand il est partagé. Le sport est vecteur de rêves et j’espère qu’il en réalisera encore de nombreux grâce aux étoiles filantes. »

Pierre Rabadan : « Je suis fier et extrêmement heureux d’être associé à cet ambitieux projet sportif et solidaire. Pour faire avancer la recherche, le quotidien des enfants et de leurs familles ! L’énergie autour du bateau qui participera à la célèbre course de la Solitaire du Figaro et qui portera les couleurs de l’association, nous porte et m’inspire beaucoup. En hommage à toutes nos étoiles filantes que l’on verra traverser les océans ! »
Après l’inauguration, des navigations ont été organisées pour les enfants actuellement suivis par l’association les Etoiles Filantes. Ofelia, Joy ou encore Gabin accompagnés de leurs familles ont pu faire un tour sur la Garonne, écoutant précieusement les conseils de Quentin et repartant surtout de cette expérience avec des étoiles plein les yeux.

A propos de l’Association les Etoiles Filantes : www.lesetoilesfilantes.org L’Association loi 1901 ‘‘ Les Étoiles Filantes ‘‘ est née en 2019 suite à la découverte de la maladie d’Arthur à l’âge de 5 ans, un Gliome Infiltrant du Tronc Cérébral (GITC). Chaque année, seulement 50 cas sont diagnostiqués en France et ce cancer pédiatrique touche principalement les enfants entre 5 et 15 ans. A ce jour, il n’existe aucun traitement efficace et l’issue est généralement fatale dans les 9 à 12 mois suivant la découverte de la tumeur.
L’Association rayonne à travers toute la France et se concentre sur trois missions bien définies : Réaliser les rêves des enfants atteints d’une tumeur du tronc cérébral. Apporter une assistance humaine, matérielle, financière aux familles des enfants malades. Aider la recherche sur le gliome infiltrant du tronc cérébral.

A propos de Quentin Vlamynck A seulement 31 ans, Quentin Vlamynck a déjà un palmarès digne des plus grands skippers. En 2022, il a terminé deuxième de la prestigieuse course transatlantique en solitaire, la Route du Rhum, devenant également le plus jeune skipper de la catégorie Ocean Fifty à réaliser cette performance. En novembre 2023, il a remporté dans cette même catégorie, la Transat Jacques Vabres aux côtés de Thibaut Vauchel-Camus.
En 2024, il s’alignera sur le circuit de la classe Figaro avec un bateau monotype à foils de 10.89 m qui impose rigueur et discipline à haut niveau. Il participera notamment au Tour de France à la voile et à la prestigieuse Solitaire du Figaro.

Calendrier des courses : Solo Guy Cotten – Concarneau – 9 au 16 Mars 2024 Spi Ouest France BPGO – La Trinité sur Mer – 28 Mars au 1er Avril 2024 La Gascogne 45/5 – La Rochelle – 16 au 21 Avril 2024 Solo Maitre Coq – Les Sables d’Olonne – 27 Avril au 5 Mai 2024 Trophées BPGO – Concarneau – 15 au 25 Mai 2024 Le Havre All Mer Cup – Le Havre – 31 Mai au 15 Juin 2024 Tour Voile – Départ Dunkerque – 26 Juin au 14 Juillet 2024 Solitaire du Figaro Paprec – 16 Aout au 14 Septembre 2024

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Le championnat du Monde de course au large en Double 2024 se jouera en Sun Fast 30 One Design à Lorient

Lorient Grand Large, le Yacht Club de France et le Royal Ocean Racing Club (RORC) accueilleront le Championnat du Monde de course au large en Double 2024 sur des Sun Fast 30 One Design. Le premier rendez-vous aura lieu à Lorient du 25 au 28 septembre prochains.

Le Championnat du monde de course au large en double 2024 sera un événement mixte organisé conjointement par trois organisations, chacune apportant son expertise pour organiser l’événement. Lorient Grand Large assumera le rôle de chef de file pour le groupe organisateur, tandis que le RORC assurera la gestion de la course et que le Yacht Club de France apportera son réseau de bénévoles et la maîtrise des règles de la monotypie.

La sélection du bateau et des organisateurs de l’événement a été le résultat d’un processus d’appel d’offres de World Sailing approuvé par le Comité océanique et hauturier en tant qu’expert du Comité mondial de la voile. C’est finalement le dossier porté par les 3 clubs avec le class30 qui l’emporte devant un projet italien en Figaro 3. L’accord avec World Sailing couvre trois championnats du monde, l’événement se déplaçant à Cowes, sur l’île de Wight en 2025, puis dans un lieu à définir pour 2026.

David Graham, PDG de World Sailing, a déclaré : ” La course au large est une priorité dans les ambitions de World Sailing de développer notre sport à l’échelle mondiale. La croissance fulgurante de la course au large en double ces dernières années a été très excitante pour le sport dans son ensemble. Le Sun Fast 30 One Design a le potentiel d’être la classe idéale pour atteindre notre objectif de rendre l’événement accessible aux amateurs, aux professionnels et à une nouvelle génération de coureurs au large du monde entier. Il s’agit d’un concept d’événement vraiment excitant qui, avec le temps, rendra cette discipline plus accessible, durable et respectueuse de l’environnement. Je remercie les partenaires de l’événement et le Comité océanique et hauturier, sous la direction de Matt Allen, d’avoir rendu cela possible.“

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