François Gabart cavale jusqu’au Horn +993mn

Aerial images of Francois Gabart onboard Ultim MACIF, training before the Round the Word Solo Handed Record, off Belle Ile, on October 16th, 2017 - Photo Jean-Marie LIOT / ALEA / MACIF

800 milles et quelques longueurs. Cela faisait un petit moment que la bourse du record ne s’était pas clairement affichée à la hausse. Et cela se voit sur l’avance de Macif sur le record. François Gabart a maintenant quasiment 3 jours d’avance avec une route idéale vers le Cap Horn.

Descendue à l’équivalent d’une vingtaine d’heures de navigation ces derniers jours, la marge a repris du volume à mesure que la mer s’aplatissait sous les bottes des Sept Lieues du trimaran MACIF. François Gabart ne navigue pas encore sur un tapis de billard, mais il devrait profiter d’une journée favorable en ce vendredi 1er décembre. Une belle dorsale prend forme entre deux dépressions, l’une venant des glaces antarctiques, l’autre descendant du sud. La conjonction s’annonce favorable, qui permettrait au solitaire de faire route directe en évitant les zones de glaces tout en menant bon train vers le cap Horn, que le trimaran MACIF pourrait doubler dimanche soir.

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Ces dernières journées ont été particulièrement harassantes pour le skipper. Et, même s’il l’on doit toujours se méfier des symboles, le point Nemo a forcément tourné dans le bocal, hier soir. Le point Nemo, c’est le point le plus éloigné de toute civilisation. Au nord, l’île Ducie est à 2684 kilomètres. Les îles Chatham (3997 km) à l’ouest, l’île Maher (2695 km) au sud et le Chili à l’est (3375 km) furent les terres habitées les plus proches, le temps de la soirée. Même les astronautes de la station spatiale internationale sont plus proches (400 km). Pour définir le positionnement du curseur sur le cadran de l’anxiété, hier, montagnes russes et suspicion d’intrusion de glaçons dans la trajectoire du trimaran ont poussé la vigilance de François à son extrême. Même s’il a fallu caler trois petits jybes cette nuit, pour éviter la zone d’eaux froides – et les sueurs de même température – , ces dernières 24 heures ont quand même permis au marin de souffler. L’horloge de vie annonçait 5h30 de sommeil au cours de cette dernière journée. Mais assurément, le corps demandera beaucoup d’attentions. Nutrition soignée, réhydratation appliquée et étirements permettront de compenser les affres de ces journée plus éprouvantes peut-être que les autres. Mais pour cela aussi, le skipper du trimaran MACIF s’est préparé.

« Tu as trois objectifs… »

« Tu viens naviguer ? » Aymeric Rabadeux se faisait une joie simple de cette invitation de François Gabart, à la fin de cet été. A peine l’ostéopathe des voileux avait-il mis le pied sur le trampoline que les consignes tombaient : « Tu as trois objectifs aujourd’hui : prendre du plaisir, voir s’il n’y a pas des objets ou des angles dans le cockpit qui pourraient se révéler dangereux ou pas ergonomiques, et me proposer quelles postures et quels étirements je pourrais faire dans cet espace si réduit ». « Du coup, raconte Aymeric, je prends la pression. Il est beaucoup trop intelligent pour accepter un simple ‘ouh, c’est trop cool, ton bateau’. Alors j’ai filmé, et proposé des pistes ».

Prévention du risque et anticipation. Deux des mères nourricières de la carrière de François auxquelles il ne refuse rien. Ce jour de test, où Aymeric était camarade et ostéo embarqué, la mer était plate et le vent généreux. Intéressant pour taquiner les vitesses hautes, pas assez pour déterminer tout à fait la violence des chocs que peut avoir à affronter un solitaire lancé pleine balle à travers la planète. Aymeric Rabadeux a tout de même senti « les à-coups, les impacts des accélérations et des décélérations, les mouvements transversaux que doit digérer le corps. Quand ça bouge comme ça, tout le corps se verrouille pour encaisser, des pieds au sommet du crâne. Cela provoque de grosses courbatures, ça ressemble aux gros chocs en ski ».

« Tout est lié par une pellicule d’eau… »

Le régime que François Gabart a subi en version XXL durant tout sa circonvolution autour de l’Antarctique laissera forcément des traces. Difficile de garder la tête dans l’axe, impossible de ne pas se faire balloter dans les meurtrissures de la surface de l’eau. A l’intérieur du corps, les organes subissent eux aussi les mouvements. « A l’intérieur du corps, ça bouge, explique l’ostéo qui vit à mi-temps en Bretagne et dans les Alpes. Tout est lié par quelque chose qui pourrait être décrit comme une pellicule d’eau. Les crispations émotionnelles ou physiques provoquent des mouvements sur les organes. Au fil du temps, ces mauvaises positions peuvent engendrer des pathologies. Mais on a peu de moyens d’objectiver ça, je rêverais de participer à des recherches sur ce sujet ».

L’ostéopathe, qui œuvre depuis 17 ans dans la voile et qui connaît les Figaristes sur le bout des doigts, a tout de même cru noter une légère – mais donc sensible – modification des corps chez les pilotes de multicoques et d’IMOCA60. « J’ai l’impression que, chez eux, les structures osseuse et musculaire sont plus dures, comme si le corps se façonnait une carapace ». Difficile pour Aymeric de ne pas être dithyrambique à l’égard du skipper du trimaran MACIF, qu’il a vu grandir, classe après classe. Vie saine de sportif de haut niveau, intelligence affûtée, sens de l’anticipation et capacité à s’entourer des bonnes personnes, ça, c’est de l’ordre du convenu.

Les petits coups d’œil en plus de l’ostéo ? « Déjà, il ne laisse rien au hasard : il a même bossé la méditation pour se reposer en un minimum de temps et vivre en pleine conscience. Mais ce qui m’a marqué le plus, c’est qu’il a totalement intégré les points forts de son gabarit qui n’est pas celui d’un grinder de la Coupe de l’America… Et, plutôt que tourner les winches en force comme beaucoup, il a choisi l’intensité qui lui convient, en acceptant de mouliner plus longtemps pour travailler en aérobie. Il tourne plus, oui, mais il ne se fait pas de courbatures ». Si, en plus, François est malin…

Source Macif