Entretien avec deux sorciers : Jean-Yves Bernot et Marcel van Triest 2/3

© Eloi Stichelbaut | Spindrift racing

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CAL : Qu’as-tu pensé de la météo sur cette tentative ?
JYB :
Elle était des plus classiques. Ce sont des enchainements. Les deux équipes seraient passées quatre jours après le passage du Cap Horn, la remontée serait allée aussi vite que celle de Loïck.

CAL : A quel moment te rends-tu compte que le record n’est pas possible ?
JYB :
Avant le cap Horn, on y croit. On est bien et on a de l’avance même si on sait que la remontée de l’Atlantique Sud va être plus dure qu’à bord de Banque Populaire.  Mais on rencontre un problème sur le mât qui nous met bien dans le pétrin parce que l’on rate les enchainements. Pendant 12 heures l’équipe va perdre un temps précieux à le réparer. Ils sont vent arrière et au lieu d’aller à 30 nœuds ils vont à 20nds.

CAL : Et c’était jouable à ce moment-là ?
JYB :
Oui à ce moment-là c’était encore bon. On était dans les temps pour passer une molle qui allait se former. On avait une journée d’avance. Mais le temps perdu à réparer nous a décalés. On se prend la molle alors qu’on aurait pu être devant elle. On manque la correspondance du train et cela nous décale tout. Peu après, on va se retrouver coincé trois jours. A ce moment-là c’est cuit.

CAL : Est-ce que tu t’es fait plaisir sur ce Jules Verne ?
JYB :
Les gars ont bien travaillés à bord. Nos relations avec Yann et Erwan Israel, que je connais bien, étaient très agréables. On s’appelait deux fois par jour pour les grands points météos de la journée, les grosses instructions. Mais on pouvait s’appeler autant de fois qu’il fallait si la situation météo était compliquée, parfois toute les demi-heures. Il faut savoir que sur ces bateaux il faut anticiper les manœuvres. L’unité de temps c’est à peu près 1h30. Il ne faut pas se louper dans ses choix. Il ne faut pas en faire deux de suite. On n’a pas fait beaucoup de conneries. Ils ont bien navigué dessus. Mais il est dur à avoir ce record.

CAL : Tu as eu Marcel depuis ?
JYB :
Je l’ai eu juste avant l’arrivée. J’ai eu Francis ce matin. On travaille ensemble depuis longtemps. On s’entend bien. Quand on est en course on est hargneux mais après on se retrouve pour boire un coup.

CAL : Les prochaines fenêtres de tir sont pour l’automne prochain ?
JYB : On les connait les fenêtres de tir. Il faut regarder tous les anciens records. C’est entre l’automne et l’hiver, au plus tard mi-février parce que sinon après dans le Sud c’est très tard dans la saison. Depuis que les bateaux sont partis, je n’ai quasiment pas vu de fenêtre. Sauf peut-être la semaine prochaine mais cela va être un peu juste pour les équipes (rires). Il faut pouvoir descendre, il faut surtout que tu te fasses l’Ocean Australe dans de bonnes conditions et après c’est pas simple de savoir si c’est bon ou pas.

A suivre la version de Marcel van Triest : « Quand on a rattrapé Spindrift, c’était un grand moment et que les deux bateaux se sont retrouvés bord à bord c’était un grand moment. «