Alexis Thomas est 3e au classement général de la Solitaire après deux étapes, à 25 minutes du leader Tom Dolan. Après cinq participations, le skipper de Wings of the Ocean a les cartes en main pour s’imposer dans cette ultime étape et, pourquoi pas, l’emporter.
Alexis Thomas a signé son premier podium sur la 2e étape, en terminant 3e à seulement 32 minutes et 34 secondes du vainqueur. Auteur d’une très belle étape 2, comme d’une solide étape 1, en assumant ses choix stratégiques, il est en mesure de l’emporter cette année à la veille de 3e étape où il compte 25 minutes de retard. Issus du Centre d’excellence de voile de La Rochelle, il a travaillé la météo avec Victor Le Pape sur les étapes 1 et 3, et avec Romain Richard, son coach à La Rochelle, sur l’étape 2. A son arrivée de l’étape 2 il déclarait : « Cela fait plaisir de concrétiser un podium. Je ne l’ai pas volé, celui-là. Je trouve que j’ai bien navigué dès le début. Après, il y a eu des rebondissements, je n’étais pas dans le bon paquet, mais j’ai su prendre mon mal en patience, rester opportuniste, faire les bons choix, les bonnes options. Je pense que, cette année, j’ai débloqué quelque chose mentalement. On l’a vu l’année dernière : je fais trois très beaux débuts d’étape, trois très belles premières 24 heures, et puis après, je m’écroule totalement. Là, cette fois-ci, j’ai réussi à tenir jusqu’au bout, comme l’étape d’avant finalement. Je suis content, ça commence à rentrer. »
À la veille de la dernière étape, Alexis Thomas se prépare à une bataille finale où il compte tout donner et où tout est jouable.
« Tout est jouable, c’est clair. Il peut se passer beaucoup de choses, dans le bon sens comme dans le mauvais. On attend des conditions météo assez dures sur les dernières 24 heures, avec du vent fort. De grosses glissades sous spi, donc une descente express depuis l’Occidentale de Sein. Il va vraiment y avoir deux phases dans cette course-là. Une première phase dans du vent un peu plus calme, que j’appelle plutôt une phase de repos. Jusqu’à 3 h du matin, mercredi, où là, vraiment, il va falloir être sur le qui-vive, prêt à faire avancer la machine. On ne pourra pas rentrer dans le bateau pour se reposer jusqu’à l’arrivée au Havre, prévue vers 22 h ou 23 h. Je pense que c’est là que tout va se jouer, vraiment sur ce bord-là. Donc, peu importe le classement au passage de l’Occidentale de Sein, les écarts seront probablement assez minimes, de l’ordre de quelques milles. Mais il faut accepter de se reposer et de perdre un petit peu pour être vraiment bien frais ensuite, pour la descente express jusqu’au Havre. »
Est-ce qu’il y aura des options ?
« Je ne pense pas qu’il y aura des options sur cette descente-là. Peut-être quelques petits coups tactiques à faire sur la remontée jusqu’à l’Occidentale de Sein au près, avec la gestion du passage du front. Mais de grosses options, je ne pense pas qu’il y en aura. Après, ce sera de la vitesse, de la vitesse. Je pense que ce sera une étape, en tout cas une fin d’étape, où l’expérience peut faire la différence : la connaissance du bateau, l’appréhension aussi du danger, parce qu’il va y en avoir un peu. On va passer le rail maritime, avec tous les cargos, dans une houle croisée, une grosse mer bien formée et un passage de front, notamment.
Il va donc falloir être vraiment serein, bien maître de son bateau, et ne pas se laisser avoir par les événements, au risque de faire de la casse. Il y a moyen de creuser l’écart, mais aussi de tout perdre. Il faudra trouver le bon dosage entre rester performant, prendre des risques et naviguer en bon marin. »
Creuser l’écart avec des Tom Dolan ou Nicolas Lunven, cela va être difficile, mais 24 minutes, c’est faisable ?
« 24 minutes, c’est jouable. Je ne pense pas qu’il y aura de gros écarts, en tout cas parmi les premiers. Derrière, avec les bizuths, il peut effectivement y avoir des écarts de vitesse sous spi. Mais devant, on va vraiment batailler. Les écarts risquent d’être assez minimes à l’arrivée à l’Occidentale de Sein. Après, forcément, vu qu’on débride et qu’on envoie une voile d’avant, les écarts vont vite se transformer en un peu plus de distance, surtout que le vent arrive par l’avant, donc ça va encore s’étirer. Mais on arrive aussi plus vite à l’arrivée, aux alentours de 13-14 nœuds de moyenne. Donc, même s’il y a un peu de distance, le temps entre chaque bateau ne sera pas énorme. Mais 24 minutes, ce n’est pas grand-chose non plus. Cela se fait. »
Tu as arrêté ta stratégie ?
« Non, je n’ai pas de stratégie, c’est pour les gars qu’on pas confiance les stategies … »
rires — il faut trouver la référence sur les réseaux sociaux
« Plus sérieusement, la stratégie, ce sera vraiment de bien préserver le marin et de bien se reposer jusqu’à l’Occidentale de Sein. Et après, lâcher les chevaux et y aller comme un gros sauvage jusqu’à l’arrivée. C’est la dernière étape. S’il y a de la casse sur le bateau, ce n’est pas grave, on s’en fout : il sera cassé à l’arrivée. Ce qu’il faut, c’est juste ne pas détruire les voiles d’avant, ne pas détruire le spi. Après, le reste, si ça casse, je m’en fiche un peu. »
Et tes concurrents ?
« Ce sont de très bons marins. Ils savent tous faire avancer vite la machine. Pour autant, je pense que je sais aussi la faire avancer. Donc il va y avoir fight, ça va être intéressant. Je pense que le suspense va être au plus haut jusqu’à l’arrivée. Je vais rester focus sur ma course et on verra à l’arrivée ce qui se passera. Dans tous les cas, je serai quand même bien content de cette Solitaire. Et voilà, c’est sûr que si je peux avoir un podium, je ne vais pas m’en priver, mais on verra. Je préfère ne pas trop penser à ce qui peut se passer, je ne veux pas être déçu. Je suis là pour la gagner cette année. »









