L’effet élastique du pot au noir a joué à plein ces dernières 48 heures pour les Class40. Après le phénomène de compression de la flotte constaté alors que les leaders butaient dans l’instabilité de la Zone de Convergence Intertropicale, et voyaient leurs poursuivants revenir à une poignée de milles, c’est depuis hier le dispositif inverse qui s’est mis en place, les premiers s’échappant dans les alizés de sud est. Avec son talent habituel, Halvard Mabire sur Campagne de France nous livre sa vision de ce passage difficile.
”CAMPAGNE DE FRANCE s’est enfin évadé du Pot au Noir. Prisonniers que nous étions. Enchaînés au Poteau Noir, faits comme des cats dans une pouque, englués comme des tacots dans la vase. D’ailleurs, je ne sais pas vraiment pourquoi ça s’appelle le Pot au Noir. Si c’est par référence à la couleur, cela devrait plutôt s’appeler le Pot aux Gris. Toutes sortes de gris, du gris moyen au gris très foncé, presque noir il est vrai. En tous cas il n’y a rien d’autre que du gris. Moi je dirais plutôt que ça devrait s’appeler le Pot de Pue, vue la merdasse que c’est pour traverser çà à la Voile. Pas de vent en général, ou parfois trop sous les grains. Directions erratiques et variables mais jamais la bonne. Le ciel est toujours couvert, les gros cumulomonstres, bien foncés, happent le vent tout autour d’eux et le restituent quand bon leur semble, sous forme de rafales imprévisibles et d’une puissance à décorner les boeufs. Et puis sous les grains il y a la pluie. Pas de la pluie normale comme t’cheu nous. Les gouttes elles sont plus grosses et plus serrées. En un rien de temps, on remplit tous les baquets qu’on veut. Des casseroles qu’il tombe. Seul avantage, ça rince bien le matos.
Parfois, on se trouve complètement englué sous un nuage, et pour s’en sortir, il faut prendre des directions qui ne nous arrangent pas vraiment. Nous avons même été obligés de faire route au Nord Ouest, ce qui ne nous rapproche pas du but, pour éviter un énorme orage dans lequel les éclairs pétaient de partout. Parce qu’il y a ça en plus. La foudre et les éclairs. C’est peut-être beau à regarder, mais de loin. En bon Gaulois, on sent très bien que si on se trouve la-dessous, c’est un coup à ce que le Ciel nous tombe sur la tête. La foudre en Mer, c’est pas rassurant. Etant donné que notre mât est le point le plus haut à des milles à la ronde, c’est le paratonnerre tout désigné. A part que c’est pas vraiment fait pour ça. Au mieux on se retrouve avec toute l’électronique crâmée. Au pire, étant donné que nous avons des mâts en carbone, très conducteur, on peut s’imaginer la foudre passant dedans, brûlant la résine au passage, et on se retrouve avec un tas de fibres sur le pont à la place du gréement. Je ne sais pas si c’est déjà arrivé, mais en tous cas je n’aimerais pas être à côté le jour où ça se produira. Même si c’est une expérience intéressante, la Science compte déjà suffisamment de victimes pour m’ôter l’envie d’en faire partie.
Autre chose qu’il faut dire, c’est que pas de vent ne veut pas dire nécessairement pas de mer. C’est pour cela que les calmes sont parfois aussi pénibles. On appelle ça des calmes, mais c’est encore un terme qui n’est pas approprié du tout. Etant donné que le bateau n’est plus appuyé par les voiles, il devient le jouet des flots et des vagues et est secoué comme un prunier. C’est intenable et surtout le matériel souffre énormément à être branlé et malmené comme cela. Les voiles battent dans des grands claquements et ceux-ci ébrouent tout le bateau. Le gréement est tellement secoué, qu’on lève instinctivement la tête pour voir s’il est encore là, et à tout moment on s’attend à ce qu’une pièce du gréement finisse par se démantibuler et nous atterrisse sur la tronche. Ce n’est pas dans ce genre de calmes que l’on peut espérer dormir. Entre la concentration pour trouver la moindre risée, les mouvements saccadés et désordonnés du bateau, l’angoisse d’être les seuls plantés pendant que les petits copains ont retrouvé du vent et taillent la route, tout cela ne favorisent pas la quiétude. Franchement c’est pénible.”









