Yann Guichard, l’analyse du vainqueur

Yann Guichard Spndrift Racing Mod 70
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Entre l’émerveillement New-Yorkais et la saveur de la victoire Bretonne, un peu moins de 5 jours ont défilé à vitesse stratosphérique pour l’équipage de Spindrift racing, 5 jours de lutte pour dompter une dépression virulente, 5 jours de régate à couteaux tirés à l’avant d’une flotte monotype de MOD70 qui a fait étalage de performances et de fiabilité, et 5 jours d’aventure humaine au sein d’un collectif soudé autour de son skipper, et totalement dédié à la bonne marche du trimaran blanc et noir. Au-delà des records et des chiffres hallucinants, c’est ce dernier facteur peut-être que Yann Guichard veut retenir, cet esprit de cohésion, de complémentarité et de camaraderie qui a permis un survol record de l’Atlantique…. Analyse :

La victoire 

« La différence dans cette courte transat s’est faite très tôt, dès la deuxième nuit, quand on est rentré dans la dépression ; notre décision de garder le gennaker plus longtemps que le reste de la flotte a eu deux conséquences décisives : la vitesse, et la trajectoire. Sous gennaker, nous avons marché toute la nuit beaucoup plus vite que nos camarades. Mais surtout, notre angle de descente dans le vent était beaucoup plus accentué. Il nous a ramené au plus près de la route directe sous le vent de la flotte des MOD70. En une nuit, le décalage était fait. Il ne nous restait plus qu’à tenir le rythme, ce que nous avons su faire puisque nous avons toujours été plus vite que nos adversaires, jusqu’à « l’atterrissage » sur les Scilly où naturellement, le manque de vent nous a ralenti. Mais la différence était faite. » 

La vitesse 

« Dans une flotte monotype, la différence de vitesse se fait sur l’accumulation de petites choses, et je dois dire que sur Spindrift racing, elles se sont additionnées avec bonheur grâce à un engagement total de chaque membre de l’équipe. Cela passe par une bonne gestion des hommes aux postes clés. A la barre bien sûr, où nous avons toujours su ménager l’homme en charge des trajectoires, n’hésitant pas à modifier les périodes de quart afin d’avoir en permanence un homme frais et lucide aux commandes. C’est ensuite un travail d’équipe dans la gestion des nombreux changements de voilure, car gérer la vitesse passe par les choix judicieux, en fonction du vent et de l’état de la mer de la combinaison des voiles, entre prise de ris sur la GV, et alternance solent – gennaker. Dans ce secteur du jeu, nous avons été redoutablement efficaces, pour maintenir en permanence des vitesses au-dessus de 30 nœuds sans torturer les hommes ou le bateau. »

L’ambiance 

« On a navigué « sous l’eau » pendant 4 jours, dans un inconfort maximum. Il y avait beaucoup de tension durant les premières 36 heures, car il faut un moment d’adaptation au train d’enfer que nous menions. Puis le plaisir à pris le dessus. Barrer une telle machine dans des conditions de portant aussi toniques est un plaisir dont on ne se lasse pas, malgré les paquets d’eau dans la figure, la chaleur du début et le froid de l’arrivée. La nuit est stressante, car on évalue moins les distances et les mouvements des vagues. On a aussi peur de la casse. Quand le jour se lève, c’est magique, comme une résurrection. » 

La course 

« Cette Krys Ocean Race, première course en multicoque monotype, a tenu toutes ses promesses. Les écarts à l’arrivée sont infimes. La pression était omniprésente à bord de tous les bateaux car on sait l’adversaire proche, capable de profiter en un instant de la moindre baisse de régime. Il n’y a pas eu d’options puisque nous avons cavalé d’un continent à l’autre avec un seul système météo. Cela a été un sprint de vitesse, un jeu de « gagne petit », avec de gros efforts. » 

L’équipe 

« Spindrift racing s’est construit à partir d’une page blanche, sur l’envie de rassembler des compétences et des personnalités différentes, mais complémentaires. On a privilégié l’Humain. Tout le projet est basé sur le respect. On peut dire aujourd’hui que cela a parfaitement fonctionné. C’est la grande satisfaction de cette course… »  

La performance 

« J’étais en 2006 de l’équipage du maxi catamaran Orange de Bruno Peyron. Nous avions rallié New York au cap Lizard en 4 jours et 8 heures. Nous venons de mettre quelques heures de plus, après être parti de l’intérieur de la baie de New York, avec un petit parcours spectacle, et en ayant viré les Scilly. Notre performance est donc exceptionnelle. Les 5 MOD 70 sont à l’arrivées. Musamdan-Oman sail et Race for Water déplorent certes des avaries, mais elles sont imputables à des chocs, non à des problèmes structurels. Spindrift racing s’est montré sain dans son franchissement des vagues et dans son comportement, et nous n’avons rien à déplorer à bord. Nous ne perdons pas de vue que ces trimarans restent, comme tous les multicoques, très « volages », et que nous avons tous connu à un point ou à un autre notre moment de frayeur, quand les trois étraves « plantent » dans la vague et que la plateforme monte à la verticale… »