LA TRINITE-SUR-MER, FRANCE, AUGUST 30st 2012: Spindrift racing (MOD70) skippered by Yann Guichard from France, training for the Jules Verne Trophy 2017 attempt. © Chris Schmid/Spindrift racing)

Spindrift a basculé en Code orange pour sa deuxième tentative pour battre le record du trophée Jules Verne. « Il y a une petite opportunité de départ samedi dans un trou de souris. On surveille donc cette possibilité et celle de la semaine prochaine. Dans tous les cas, cela bouge dans le bon sens ! » a déclaré Yann Guichard ce mardi.
Yann a bien voulu nous accorder un entretien.

Tu pars avec ton plan de bataille pour ce record, prêt à revenir au port si tu vois que tu n’as pas assez d’avance à l’Equateur…
Le record va être dur à battre. On sait exactement quel temps on doit atteindre sur le premier tronçon Ouessant-Cap de Bonne Espérance. En partant on a une visibilité météo à 7-8 jours. On sait donc au moment où on décide de partir à peu près où on sera. L’important pour nous ce n’est pas l’Equateur, c’est le Cap de Bonne Espérance. C’est ce qu’on a vu avec le record que tente François Gabart où il a pu couper « le fromage » là où Thomas était descendu plus au sud le long des côtes brésiliennes. Quand on sera à l’Equateur, on saura exactement le temps qu’on est capable de faire au Cap de Bonne Espérance. Pour moi, c’est la limite où on peut décider alors de faire demi-tour ou pas. Après 3-4 jours de mer, on va se retrouver au Cap Vert, puis 7-8 jrs de visibilité devant nous, cela fait 10-11 jours qui nous amène au Cap. On n’a donc pas besoin d’attendre l’Equateur pour savoir si on continue ou pas.

Offshore training with Maxi Spindrift 2 in preparation of the Jules Verne Trophy. (Photo © Chris Schmid/Spindrift racing)

En regardant Joyon (Idec Sport), ils sont passés dans un trou de souris et ils ont pris le risque d’y aller…
C’est vrai mais ils sont arrivés au Cap pas dans un super temps mais ils ont vu, quand ils étaient au large du Brésil, se former un train de dépressions qu’ils pouvaient prendre pour dérouler tout l’Indien. Francis savait qu’il avait 45 jours à battre mais pas 40 jours comme nous aujourd’hui ! Si on se retrouve dans les mêmes temps qu’Idec au Cap de Bonne Espérance alors que dans l’Indien ils sont allés très vite, il faudrait que nous ayons la même chance que lui plus un meilleur Atlantique nord où là, il a enfoncé encore plus le clou. Il est allé aussi vite à l’aller qu’au retour sur cette portion du parcours.

Il te faudrait plus d’1 jour d’avance au Cap de Bonne Espérance…
L’idéal c’est de passer le Cap de Bonne Espérance en 11-11,5 jours. Après on peut le passer en 12,5 jours mais avec un Indien qui serait aussi bien que celui d’Idec. Ce record va être dur à aller chercher. C’est pour cela que cela ne servirait à rien de continuer si on arrive au Cap de Bonne Espérance en 13 jours avec un Indien qui ne s’annoncerait pas fantastique. On ne pourrait pas battre ce record. Il vaut mieux faire demi-tour et se remettre en Stand-By. On a des points de passage assez précis et le Cap de Bonne Espérance est vraiment important. On le voit avec François.

Tu es prêt à descendre beaucoup plus sud…
Cela dépend de beaucoup de paramètres. Descendre sud, cela a un intérêt si la météo est bonne mais ce n’est pas toujours le cas. On peut très bien passer au nord des Kerguelen parce qu’en-dessous il n’y a pas de vent ou les conditions ne sont pas adaptées. Maintenant, c’est clair que si on peut raccourcir le parcours, c’est une option à envisager avec les glaces et les conditions météos qu’on aura devant nous. La dernière fois, on n’est pas descendu parce qu’on était en course à deux bateaux et on n’avait pas eu les conditions météos. Francis les a eues l’année dernière et il a pu aller tout droit. Là, cette année, on va pouvoir naviguer complètement en mode record, sans surveiller un adversaire en mode course.

Tu repars avec Jean-Yves Bernot mais il assez occupé en ce moment notamment avec François…
Cela va tellement vite que quand on partira, François sera déjà dans l’Atlantique. Je lui souhaite en tout cas. Nous, on ne fait pas de solitaire comme François. Lui, il a un besoin quasi permanent de soutien et de contact avec la terre. On est 12 à bord, Erwan Israel est aussi navigateur, hors quart et moi aussi. On est aussi capable de ne pas avoir de contact avec Jean-Yves pendant quelques temps. On n’a les mêmes logiciels de navigation à bord qui calcule presque les mêmes routes. En équipage c’est différent.

Sur la configuration du bateau, tu as apporté des modifications. Est-ce que cela va te permettre de mieux franchir les dorsales dans lesquelles tu butais et de mieux gérer les transitions…
Mieux, non. Il y a des gens qui disent qu’il faut mieux gérer les transitions pour battre le record. Je ne suis pas de cet avis. Francis a fait ce temps de 40 jours parce que le peu de transition qu’il a eu, elles ont été bonnes. Maintenant, buter contre une dorsale, même si cela dépend de sa forme, il n’y a aucun bateau aujourd’hui capable de la franchir. La problématique est d’avoir de bonnes conditions météos et d’avoir peu de temps dans des conditions difficiles. Notre bateau est plus à même d’avancer dans les conditions légères. On a un plus grand mât. Ce qui va progresser aujourd’hui et je l’avais dit il y a 2 ans, ce sont les records en solitaire plus que les records en équipage. On le voit avec François. On voit les moyennes qu’il tient. C’est assez proche de notre bateau. Les nouveaux bateaux qui arrivent avec une technologie plus aboutie ont un potentiel de vitesse supérieur au nôtre.

Au niveau de l’équipage, il y a du changement avec 5 nouveaux venus.
J’ai maintenu le même nombre d’équipier à bord. C’est un bon équilibre pour notre bateau. Certains sont partis sur d’autres projets. J’ai conservé le noyau dur de l’équipe, des fidèles autour de moi. Les nouveaux vont apporter leur expérience.

Francis est reparti le 16 décembre, tu as hâte de partir…
Partir tôt cela permet de refaire un deuxième départ éventuellement. La fenêtre de François aurait été bien mais on n’était pas en Stand-by à ce moment-là. Nous étions en Chine. Nous attendons la bonne fenêtre. On se retrouve entre nous en attendant en faisant quelques navigations. Tout le monde est prêt.  Le bateau est à la Trinité sur mer. Selon les conditions météos, on partira directement sur la ligne de départ ou on fera un stop à Brest. C’est plus facile d’être à notre base. C’est plus simple. Ce trophée Jules Verne, c’est une belle aventure, c’est un voyage avec une équipe formidable et un bateau exceptionnel. Cela va être très très difficile de battre ce record.