Ryan Bremeyer, Mare
«Quelle première journée ! Après un départ pas extraordinaire mais raisonnable sous spinnaker, on s’est faufilé dans la flotte et on est même parvenu à prendre la tête avec jusqu’à 3 milles d’avance. Puis le désastre ! On a déchiré le grand spi dans une bourrasque, alors qu’on naviguait dans des vents instables contre le courant.
Nous avons ainsi été handicapés, alors que Rémi (Aubrun) et moi-même avons passé des heures à le réparer pour pouvoir le renvoyer. Les réparations ont été réalisées avec des parties collées, mais il nous faudra faire de la couture pour finir le travail et pouvoir l’utiliser en toute confiance, ce qui nous prendra encore 3 ou 4 heures de travail à deux. Nous avons passé les deux premières marques de passage ; à chaque fois les rives sont noires de monde, avec les Québécois qui nous encouragent ; les Québécois sont à fond dans la course et leur soutien nous fait plaisir. »
Michel Kleinjans, Roaring Forty 2
« Tout va bien à bord, à part qu’on s’est carrément planté ce matin on allant trop près de la côte ! Mon habitude de toujours vouloir voir du pays sans doute… Un lever d’aube digne des plus belles cartes postales, avec des baleines sifflant à côté et des phoques autour, avec le brouillard au ras de l’eau et une mer miroir avec du vent en haut et pas en bas … mais en voulant forcer un chemin plus court par l’intérieur vers Rimouski, on s’est pris dans un trou de vent, et en 2/3 heure, on a perdu 8 milles. Restons philosophe ! Il y a encore 2600 milles pour rattraper le retard. On est reparti. Une belle journée s’avance. On a mangé le pain artisanal canadien avec un bon café et le moral a d’un coup monté de deux crans à bord. Hier après-midi, on a eu une bille de bois autour de la quille. On a dû arrêter le bateau et Axel s’est mis volontairement à l’eau pour l’enlever de la quille. Il est assurément notre homme du jour! »
Pierre-Yves Lautrou, Partouche
« Après une semaine de préparation à Québec, le Saint-Laurent commençait un peu à nous inquiéter. Les Québécois évoquaient surtout son imprévisibilité, souvent, sa violence, parfois, sa beauté, toujours. Ceux qui avaient fait les convoyages à l’aller avaient beaucoup d’histoires de bastons mémorables, de passages chauds, ou de pétoles totales à raconter. Même la météo locale semblait avoir du mal à cerner ce Fleuve si puissant. Tout ce qu’on avait retenu des briefings, c’est que les fichiers grib, ici, ne servent à rien ! Bref, on se demandait à quelle sauce on allait être mangé…
Alors ? Alors cela a été une extraordinaire journée de course à la voile, tout simplement. Du vent, du soleil, de la chaleur, un départ de gala sous spi et une bataille d’empannages qui a duré jusque dans la soirée et le passage de la marque de Malbaie. Je n’ai pas compté les « gybes » sur Partouche, mais je peux vous dire que les bouteilles d’eau ont défilé toute la journée et que le combat fut rude, les équipages n’hésitant pas à envoyer les manœuvres dans des rafales qui sont montées jusque 27 nœuds.
Il a fallu choisir son camp à plusieurs reprises – au nord ou au sud de telle ou telle île ? -, et ces choix ont déjà fait des dégâts dans la flotte. Franchement, parfois, c’était à se tirer les cheveux, mais c’était de la très très belle régate. Un vrai régal !
Et puis il y a le Fleuve. Ses courants tordus, ses couleurs changeantes, ses effets de site incroyables, ses côtes de carte postale, ses noms uniques… Je viens juste de me réveiller d’un petit somme. Dehors, la brume est tombée avec le vent. L’eau est lisse. Des bouffées d’air chaud et froid arrivent alternativement. Et on entend des bêtes dans l’eau… »








