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America’s Cup. L’AC75 La Roche-Posay Racing Team navigue à Lorient

Nicolas Touzé/La Roche-Posay Racing Team -

L’équipe française La Roche-Posay Racing Team est la troisième équipe a renaviguer en AC75 après Team New Zealand et Luna Rossa. Le bateau a été mis aux nouvelles couleurs de son partenaire bleu azur et de blanc. C’est la première fois qu’un AC75 navigue en France. Un message fort également car, pour la première fois dans l’histoire de l’America’s Cup un même Challenger français s’engage dans deux campagnes d’affilée en naviguant en même temps que les meilleures équipes.

Derrière sa silhouette restée familière, plusieurs mois de travail sur l’AC75 ont été nécessaires pour l’adapter aux nouvelles règles de la compétition, à un équipage réduit de huit à cinq marins et à une architecture énergétique entièrement repensée. Long de 75 pieds, soit près de 23 mètres, l’AC75 est l’un des voiliers de compétition les plus rapides et les plus complexes jamais conçus. Grâce à ses foils, il peut soulever entièrement sa coque au-dessus de l’eau et atteindre des vitesses supérieures à 50 nœuds. Mais derrière l’image saisissante d’un monocoque volant se cache un véritable laboratoire technologique, où l’aérodynamique, l’hydrodynamique, l’électronique, l’hydraulique et la science des matériaux doivent fonctionner comme un seul système.

Pour La Roche-Posay Racing Team, cette remise à l’eau marque le passage d’un long travail mené à terre à une nouvelle phase : celle de la confrontation avec le réel.

Antoine Carraz, directeur technique de La Roche-Posay Racing Team :
« Une mise à l’eau est toujours un moment particulier. Pendant des mois, nous travaillons sur des plans, des simulations, des pièces et des systèmes. Le jour où le bateau retrouve l’eau, tous ces éléments doivent fonctionner ensemble. C’est à la fois l’aboutissement d’une première étape et le début du véritable travail de validation. »

Le règlement de la 38e America’s Cup impose aux équipes déjà engagées lors de l’édition précédente de repartir d’une coque existante. Le défi n’était donc pas de construire un nouvel AC75, mais d’adapter celui de 2024 à un cadre technique profondément renouvelé. La coque principale demeure, mais une grande partie de ce qui permet au foiler de naviguer, de voler et d’être contrôlé a dû être repensée. Le plan de pont, les cockpits, la distribution des masses, les systèmes de commande, les circuits électriques et hydrauliques ainsi que l’ergonomie des marins ont été revus pour répondre aux nouvelles règles.

Antoine Carraz :
« Extérieurement, le public reconnaîtra le bateau de 2024. Mais techniquement, il ne s’agit pas d’une simple remise en état. Nous avons dû revoir son architecture intérieure et la manière dont l’équipage interagit avec la machine. Le défi consistait à transformer profondément le bateau tout en conservant sa plateforme d’origine. »

Cette philosophie change la nature même du développement. Lors de la précédente édition, une part importante de la performance se jouait dans la conception d’une nouvelle machine. Pour la 38e America’s Cup, le travail se concentre davantage sur l’intégration des systèmes, la fiabilité, l’efficacité énergétique, le contrôle du vol et, à terme, le développement des appendices.

Le changement le plus visible concerne l’équipage. À Barcelone, huit marins prenaient place à bord de l’AC75. Ils ne seront plus que cinq à Naples, avec l’obligation de compter au moins une femme dans l’équipage.

Cette réduction ne consiste pas simplement à supprimer trois postes. Elle oblige à redistribuer les rôles, à repenser l’emplacement des marins et à rendre chaque fonction plus accessible, plus rapide et plus intuitive.

Le pont et les cockpits ont donc été largement réaménagés. Chaque membre de l’équipage devra accéder instantanément aux informations nécessaires au pilotage, au réglage des voiles et au contrôle du vol.

Antoine Carraz :
« Passer de huit à cinq marins modifie tout : l’ergonomie, les communications, la répartition des tâches et les systèmes de commande. Avec moins de personnes à bord, chaque action doit être plus simple, plus directe et parfaitement coordonnée. Nous avons travaillé pour que le bateau reste extrêmement performant sans devenir plus compliqué à utiliser pour l’équipage. »

Un sixième cockpit est par ailleurs prévu pour accueillir un invité à l’entraînement et en course, sans que celui-ci puisse intervenir dans la conduite du bateau. Cette nouveauté est unique dans le sport puisqu’un invité pourra vivre les sensations de la course au cœur de l’équipe en temps réel.

Des jambes remplacées par des batteries

Lors de la 37e America’s Cup, quatre marins pédalaient à bord. Ces « cyclors » produisaient l’énergie hydraulique nécessaire notamment au réglage des voiles. Ils disparaissent pour la prochaine édition. L’énergie sera désormais fournie principalement par des batteries, imposant une refonte complète de l’architecture électrique et hydraulique. Antoine Carraz :
« La disparition des cyclors est une évolution majeure. Auparavant, une partie de la performance dépendait directement de la capacité des marins à produire de la puissance. Désormais, nous devons gérer une quantité d’énergie embarquée. Il faut la stocker, la distribuer et l’utiliser au bon moment, avec le meilleur rendement possible. »

Comme sur un véhicule électrique de compétition, chaque dépense d’énergie doit être maîtrisée. Les ingénieurs travaillent ainsi sur la consommation des batteries, sur le refroidissement et sur la fiabilité de l’ensemble.

Antoine Carraz :
« Nous ne cherchons pas seulement à avoir beaucoup de puissance disponible. Nous cherchons surtout à ne pas la gaspiller. Quelques secondes de fonctionnement, une manœuvre ou un réglage répété des dizaines de fois peuvent avoir un effet important sur le bilan énergétique d’une course. »

L’AC75 reçoit des milliers d’informations en temps réel : vitesse, hauteur au-dessus de l’eau, efforts dans les appendices, position des voiles, pression hydraulique ou consommation électrique.

Ces données permettent aux marins de comprendre ce que fait le bateau et d’agir avec une extrême précision. Elles ne peuvent cependant pas être utilisées pour créer un pilote automatique. La règle impose que les décisions restent humaines.

Le travail de l’équipe technique porte donc en grande partie sur les interfaces entre le marin et le bateau : écrans, boutons, volants, commandes et séquences de manœuvre. Antoine Carraz :
« L’enjeu n’est pas de remplacer le marin par un ordinateur. Il est de donner au marin la bonne information au bon moment et de faire en sorte que son ordre soit exécuté immédiatement. À ces vitesses, une commande difficile à trouver ou une information mal présentée peut coûter beaucoup de distance. »

Le bateau doit ainsi accomplir un paradoxe : devenir techniquement plus sophistiqué tout en restant simple à utiliser à plus de 80 ou 90 km/h, dans le bruit, les vibrations et sous une forte pression sportive. La coque étant largement conservée, la compétition technique se déplace vers des zones parfois moins visibles pour le public : les foils, le safran, les voiles, les systèmes de contrôle ou encore l’aérodynamique du pont et des cockpits.

Les foils joueront notamment un rôle central. Ce sont eux qui permettent à l’AC75 de s’élever au-dessus de l’eau. Leur forme, leur rigidité et leur capacité à maintenir le bateau à une hauteur stable influencent directement la vitesse. La configuration révélée lors de cette première navigation ne préfigure pas nécessairement celle qui sera utilisée à Naples. Le développement se poursuivra pendant toute la campagne.

Antoine Carraz :
« La première mise à l’eau ne représente pas une configuration finale. Elle nous donne une base de travail. Nous allons mesurer, comparer, comprendre et faire évoluer le bateau progressivement. Dans l’America’s Cup, la performance vient rarement d’une seule grande idée. Elle naît de centaines de détails qui finissent par fonctionner ensemble. »

Avant la remise à l’eau, une grande partie du travail a été menée grâce aux outils numériques : modélisation en trois dimensions, calculs de structure, simulation des écoulements d’air et d’eau, analyse des systèmes et essais sur banc. Mais aucun modèle ne reproduit parfaitement la complexité d’un AC75 en navigation. Les premiers bords permettent donc de confronter les hypothèses des ingénieurs à la réalité. Les priorités seront d’abord la sécurité et la fiabilité. L’équipe vérifiera le comportement des systèmes, les consommations, les températures, les communications entre les équipements et la capacité des marins à utiliser leurs nouveaux postes.

Antoine Carraz :
« Lors des premières sorties, nous ne cherchons pas immédiatement la vitesse maximale. Nous avançons étape par étape. Nous devons vérifier que tous les systèmes répondent comme prévu, puis augmenter progressivement la charge et l’intensité. La performance ne peut venir que lorsque le bateau est fiable et compris par ceux qui le font naviguer. »

Chaque sortie produira une quantité considérable de données, analysées à terre par les ingénieurs et comparées aux sensations de l’équipage. Cette boucle permanente entre navigation, analyse et modification formera le cœur du programme technique dans les mois à venir.

Un symbole du savoir-faire français avec des retombées économiques et scientifiques majeures

Conçu à Vannes en 2023, préparé et opéré désormais depuis Lorient, l’AC75 rassemble des compétences issues de la voile de haut niveau, mais aussi de l’industrie, du numérique, de l’électronique et de la recherche.

Sa remise à l’eau marque une nouvelle étape dans la campagne française vers la 38e America’s Cup. Elle traduit aussi l’ambition de La Roche-Posay Racing Team : construire autour de ce bateau une équipe capable de maîtriser l’une des machines sportives les plus exigeantes au monde. Un tel projet est également créateur d’emplois qualifiés, de retombées économiques et scientifiques majeures dans la région et au niveau national qui vont bien au-delà de la voile de compétition.

Antoine Carraz :
« L’AC75 La Roche-Posay Racing Team est le résultat d’un travail collectif. Derrière les cinq marins que l’on verra à bord, il y a des ingénieurs, des techniciens, des constructeurs, des électroniciens, des hydrauliciens et de nombreux partenaires. La mise à l’eau donne une forme visible à tout ce travail. À partir d’aujourd’hui, notre objectif est de transformer cette maîtrise technique en performance sur l’eau. »

Troisième AC75 remis à l’eau parmi les équipes engagées dans la 38e America’s Cup,une nouvelle étape de la campagne française s’ouvre : celle du retour à la navigation d’un bateau familier dans ses lignes, mais profondément renouvelé dans son fonctionnement, désormais tourné vers Naples 2027.

Stephan Kandler, CEO de K-Challenge :« Après nos excellents débuts lors de la première régate officielle à Cagliari en mai dernier, voir notre AC75 naviguer pour la première fois en France est un moment fort pour toute l’équipe. Cette mise à l’eau concrétise des mois de travail menés à Lorient par nos marins, nos ingénieurs, nos techniciens et l’ensemble de nos partenaires. Être la troisième équipe engagée à remettre son AC75 à l’eau témoigne de la dynamique dans laquelle nous sommes entrés et du chemin parcouru depuis Barcelone sans jamais nous arrêter. Sous ses nouvelles couleurs, le bateau incarne pleinement le projet que nous construisons avec La Roche-Posay : une campagne française de long terme fondée sur la science, l’innovation et la recherche de performance. Ces premiers bords marquent une étape importante et lancent une nouvelle séquence de travail sur l’eau, avec un objectif clair : faire progresser chaque jour l’équipe en vue de Naples 2027. »

Programme 2026 de La Roche-Posay Racing Team
Du 29 juin au 17 juillet : Entrainements à Lorient
Du 1er au 14 août : Entrainements à Lorient
Mi-Août à fin septembre : Transfert à Naples
24-27 septembre : Preliminary Regatta de Naples en AC40
Octobre : début des navigations à Naples, ville hôte de la 38e America’s Cup