Anne Quéméré vient de passer le 50° de longitude Ouest à bord de son Oceankite . Elle a donc effectué un bon tiers de la route, mais elle progresse trop lentement à son goût. En effet, Anne a connu encore de nombreuses heures sans le vent nécessaire pour lancer son aile, c’est-à-dire les indispensables 6 à 8 nœuds. Par faible brise, l’aile de 25 m2 qu’elle avait pourtant hésité à embarquer lui est très utile. Par rapport aux statistiques météo, c’est une année sans vent ! Qui plus est, il lui a fallu s’extraire de la zone la plus délicate. En longeant la côte Est des Etats – Unis, Anne s’est trouvée dans un brouillard épais dû à la rencontre des eaux chaudes du Gulf Stream et des courants froids du Labrador. Un secteur où la mer est très hachée rendant la navigation éprouvante.
Dans ces conditions, et on le comprend, le moral de la navigatrice varie au gré du speedomètre du Connétable. Dès que le vent permet de stabiliser son aile, Anne pilote 12 à 15 heures d’affilée mettant à profit cette météo favorable pour gagner dans l’Est. Maintenant elle aborde une zone où le vent devrait se montrer plus généreux et plus régulier. On le souhaite car cette traversée, sans assistance, est prévue pour une durée limitée, les vivres aussi… Côté technique, l’Oceankite qui, rappelons-le, est un prototype, se comporte bien jusqu’ici. Un écheveau embrouillé à démêler dans la « calmasse », mais une usure normale des lignes de traction, pas de déchirure d’aile et une ergonomie qui s’avère satisfaisante. Hormis un problème d’embruns lié à la position du flotteur au ras de l’eau et qui oblige la navigatrice à enfiler son ciré constamment, l’embarcation tient ses promesses. Et Anne regarde vers l’Est : « petit à petit le Connétable fait son chemin… passé les bancs de Terre-Neuve, je vais remonter de quelques degrés et faire route vers la Bretagne »








