Groupama est arrivé à Punta del Este à 05h35 ce jeudi, 12 heures environ après avoir cassé son mât et suspendu sa course. L’équipage est écoeuré et l’équipier média Yann Riou revient sur cet épisode malheureux. Avec l’espoir de reprendre la course sous gréement de fortune pour monter sur le podium à Itajaí.
« Une petite vingtaine de nœuds, un petit clapot, rien de plus. Des conditions faciles. Un équipage fatigué, mais plein de confiance, notamment après le joli coup qui nous a permis de reprendre la tête avec un petit matelas d’avance la nuit dernière. Le Brésil à portée d’étrave après près de trois semaines d’efforts intenses. Et tout s’écroule. J’étais dans la cuisine en train de déjeuner. Un grand crac, le bateau qui se met à plat subitement. Aucun doute possible. Sur le pont, Franck, Thomas, Brad, et Martin Strömberg ont assisté, impuissants à la rupture du tube juste sous le premier étage de barre de flèche. Sans pour autant en comprendre l’origine. Comment comprendre, d’ailleurs, quand on voit ce à travers quoi il est passé sans problème, ce mât ?
Bref, nous voilà donc tous sur le pont. Une petite minute pour réaliser. Evaluer l’ampleur des dégâts. Puis quelqu’un lance : « Il nous reste cinq heures avant la nuit ! »
Il n’y a rien de trop. Alors on s’y met. Préserver le bateau de l’espar qui tape contre la coque. Enlever la grand-voile. Ramasser le génois, qui traine dans l’eau. Récupérer l’espar. Manœuvres laborieuses et qui peuvent s’avérer dangereuses, tant la fibre de carbone cassée est tranchante. En parallèle, Franck met en place une stratégie pour la suite.
On va tenter de mettre en place un gréement de fortune pour pouvoir terminer l’étape, si possible en troisième position, et récupérer les points. A la fois un défi ambitieux, et un moindre mal. Juste un mot sur le moral de l’équipage, avant de m’écrouler de sommeil dans ma bannette. Déception, évidemment, mais aussi beaucoup d’incrédulité. On a du mal à réaliser ce qu’il vient de nous tomber sur la gueule, avec ce mât. Envolé, l’espoir légitime d’une nouvelle victoire d’étape. Envolée également, la perspective de recoller rapidement au premier du classement général de la course. Et je ne parle même des quelques jours de repos qui nous attendaient, après près de trois semaines d’étape harassantes.
Alors chacun se concentre sur ce qu’il à faire. J’entends parfois pester à droite à gauche. Certains tentent de s’évader à travers de vaines tentatives d’humour, qui débouchent au mieux sur quelques rires jaunes. Les visages sont défaits. En revanche, la motivation est là pour finir cette étape. Finir cette étape, prendre les points qu’il y a à prendre, et revenir encore plus fort sur la prochaine. La volonté est là. Sans aucun doute. »









