Stéphane Le Diraison pré-inscrit au Vendée Globe 2016

Officiellement pré-inscrit, Stéphane pourra donc transposer en IMOCA tout le savoir-faire en solitaire accumulé depuis de nombreuses années, notamment en Mini 6.50 et en Class40. Rencontre dans les allées du Salon Nautique de Paris.

Stéphane, pourquoi t’es-tu orienté vers un bateau de la génération du Vendée Globe 2008-2009 ?
Stéphane Le Diraison : « Car je suis un compétiteur et que j’avais envie d’un bateau qui me permette de jouer avec d’autres concurrents. La génération 2008 me semblait donc un bon choix. Etant donné l’engouement pour le Vendée Globe, il ne restait plus beaucoup d’IMOCA sur le marché. J’ai failli acheter des bateaux beaucoup plus anciens, dans des conditions financières pas intéressantes. Mais j’ai été patient et cela a payé. J’ai récupéré ce bateau emblématique d’Alex Thomson car c’est à son bord qu’il avait réalisé une séance photo très médiatique, en costume sur la quille. Mais c’est surtout le premier IMOCA à avoir dépassé les 500 milles en 24 heures, lors de la Barcelona World Race 2007-2008. Il s’agit d’un 60 pieds puissant qui a de très beaux restes. Il est notamment à l’aise dans le gros temps au reaching. Le bateau est bien né, on sent qu’il a été construit par une grosse équipe, sans restrictions budgétaires. Alex Thomson et son team ont poussé loin le souci du détail, les finitions sont propres. »

Alex Thomson Hugo BossMais ce bateau n’a pourtant pas terminé les deux Vendée Globe dans lesquelles il était engagé…
S.L.D. : « C’est vrai, mais il a abandonné les deux fois pour des raisons bien identifiées et qui ne sont pas liées à une mauvaise construction. En 2008, Alex Thomson a heurté un bateau de pêche lors de son convoyage vers les Sables-d’Olonne. Il a réparé en urgence avant le départ mais a dû abandonner rapidement la course car sa coque se délaminait. Pour le Vendée Globe 2012-2013, Gutek (le surnom du marin polonais Zbigniew Gutkowski, NDR) a acheté ce bateau à moins de deux mois du départ ! Il n’a donc pas pu le préparer et a logiquement connu des soucis de pilotes et des problèmes d’énergie rédhibitoires. En récupérant ce monocoque, j’ai constaté que les systèmes électroniques sont à revoir mais tout ce qui est structurel est très sain. »

« Le Vendée Globe, j’en ai envie depuis 25 ans »

Il paraît que le convoyage de ton IMOCA depuis la Pologne a été folklorique !
S.L.D. : « Le bateau était amarré à Gdansk, dans les canaux, en bordure des chantiers. Gdansk est une ville surprenante, beaucoup plus sympathique qu’on peut l’imaginer. Mais la zone des chantiers est en friche, c’est une espèce de no man’s land dans lequel on a l’impression d’entendre encore la voix de Lech Walesa et du mouvement Solidarnosc. Récupérer puis préparer le bateau dans ces conditions a déjà été une aventure en soi. Le convoyage qui a suivi l’a été tout autant. La mer Baltique et la mer du Nord sont hostiles en novembre. Lors de ces 1 500 milles vers Lorient, nous avons subi du vent fort, du froid, des mers croisées mais tout s’est bien passé. Le bateau est sain, c’est rassurant pour la suite. »

Depuis quand penses-tu au Vendée Globe ?
S.L.D. : « Le Vendée Globe, j’en ai envie depuis 25 ans. J’ai cette course en moi, j’ai toujours su que j’y serai. J’étais tout jeune quand Alain Gautier préparait l’édition 1992-1993, qu’il a remporté. A l’époque je faisais du Class 8 à Lorient et Alain était mon voisin de ponton, tout comme Jean-Luc Van Den Heede. Leurs aventures me fascinaient. J’ai commencé le solitaire très jeune, à 15 ans, et j’ai multiplié les expériences, d’abord en mode convoyage. Naviguer en solitaire est quelque chose de très naturel, je ne ressens aucune appréhension à l’idée de partir seul en mer, c’est au contraire un grand bonheur. Mes expériences en course, en Mini 6.50 puis en Class40, ont confirmé mon goût pour la navigation en solitaire. Le Vendée Globe est donc un aboutissement, d’autant que les IMOCA sont des machines incroyables, rapides, puissantes, techniques. »

En rêver est une chose mais concrétiser en est une autre. Quel a été le déclic ?
S.L.D. : « La participation de Tanguy de Lamotte en 2012-2013. Nous avons beaucoup navigué ensemble, en course comme à l’entraînement, en Mini 50 puis en Class40. Nos parcours sont similaires et le voir s’engager dans le Vendée Globe m’a prouvé que mon rêve était réalisable. J’ai l’expérience et la maturité suffisantes pour y prétendre dans de bonnes conditions. Ma 4e place dans la dernière Route du Rhum en Class40 a achevé de me convaincre. Cette performance a aussi suscité un engouement très fort auprès de mes partenaires qui ont donné l’impulsion. J’ai alors lancé de manière concrète mon projet pour le tour du monde en solo. Tous les voyants n’étaient pas au vert mais je ne pouvais pas laisser passer l’opportunité. »

« Il faut être capable de se mouiller, de s’engager, de prendre des risques »

Sur quelles bases financières as-tu monté ce projet ?
S.L.D. : « Mon sponsor en Class40, Bureau Veritas, qui est par ailleurs mon employeur, me renouvelle sa confiance. J’ai également le soutien de la ville de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) qui m’accorde une subvention de 100 000 euros pour le Vendée Globe. J’ai aussi beaucoup de partenariats techniques. A ce jour, j’ai réuni un peu plus de la moitié du budget recherché. J’ai acheté le bateau et je peux fonctionner. Dans l’état je pourrai partir mais dans des conditions qui ne sont pas conformes à celles dans lesquelles j’ai envie d’y être. Je dois aller plus loin. Mais j’ai compris que si j’attendais d’avoir 100 % de la somme requise, je risquais de rester à quai. Il faut être capable de se mouiller, de s’engager, de prendre des risques. La quête de sponsors continue pour pouvoir étoffer mon équipe, avoir de nouvelles voiles. »

Quel est l’intérêt de te soutenir pour la ville de Boulogne-Billancourt, qui n’est pas vraiment située en bord de mer ?
S.L.D. : « Plus qu’une course, le Vendée Globe est avant tout une aventure humaine, un Everest – on qualifie d’ailleurs cette épreuve comme étant « L’Everest des mers ». N’importe quel skipper qui évoque son projet de Vendée Globe captive son auditoire. Une ville comme Boulogne peut capitaliser sur cette part de rêve en associant les écoles, à travers des projets pédagogiques, et les entreprises locales. Un PC Course sera spécialement installé à Boulogne-Billancourt et les habitants de la ville pourront ainsi prendre part à mon aventure. »

« Aller vivre en région parisienne n’était pas une évidence en tant que marin, et pourtant… »

C’est en venant en région parisienne que tu as pu monter tes projets de course au large…
S.L.D. : « C’est très paradoxal car je suis un vrai breton endurci, j’ai grandi à Lorient, je suis attaché à ma terre. Mais j’ai rencontré une boulonnaise lors de la Mini Transat 2007 et nous avons pris la décision d’installer le QG familial à Boulogne-Billancourt qui est devenue ma ville d’adoption. Aller vivre en région parisienne n’était pas une évidence en tant que marin, et pourtant c’est en venant ici que j’ai rencontré les acteurs majeurs dans mes projets de course au large : Bureau Veritas et la ville de Boulogne. Ma prise de risque a été récompensée. »

Quel sera ton programme d’ici au Vendée Globe ?
S.L.D. : « Le bateau est encore à Lorient et nous menons des expertises en vue d’un chantier d’hiver qui débutera prochainement à La Ciotat. Il s’agira avant tout d’une remise à neuf. Nous ferons les choses simplement, je ne veux pas me mettre en difficulté. La mise à l’eau se fera dès le mois de mars. Je participerai à la Transat New York-Vendée qui me permettra de me qualifier pour le Vendée Globe. Dès le mois de janvier, je vais aussi attaquer une préparation physique spécifique pour m’étoffer au niveau musculaire. »

Comme tu l’évoquais en préambule, on peut s’attendre à un beau match dans le match entre les bateaux de la génération du Vendée Globe 2008-2009, dont le tien. Comment appréhenderas-tu cette confrontation ?
S.L.D. : « Avec excitation et prudence. Il ne faudra pas se laisser trop embarquer et attaquer de manière irraisonnée. En même temps, j’ai du mal à me raisonner quand je suis en bateau ! Il faudra trouver le bon compromis. Je me fixe un objectif de temps : 90 jours maximum. Si j’y parviens, je serai plutôt bien classé. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / agence Mer & Média