Yann Guichard “Le Trophée Jules-Verne reste une aventure extraordinaire”

ÉQUIPAGE DE SPINDRIFT 2 : Yann Guichard (skipper), Erwan Israël (navigateur), Jacques Guichard (chef de quart / barreur-régleur), Christophe Espagnon (chef de quart / barreur-régleur) Xavier Revil (chef de quart / barreur-régleur) François Morvan (barreur-régleur) Thierry Chabagny (barreur-régleur) Sam Goodchild ((barreur / numéro un) Erwan Le Roux (barreur-régleur) Duncan Späth (barreur-régleur) Benjamin Schwartz (barreur / numéro un) Jackson Bouttell (barreur / numéro un) --- Jean-Yves Bernot (routeur)

Spindrift 2 est arrivé ce mercredi 6 février à Fremantle . L’équipage s’affaire à trouver une place sur un cargo pour rapatrier le bateau à son port d’attache en Bretagne. Son skipper, Yann Guichard, a bien voulu nous accorder un peu de son temps pour nous raconter ce qu’il s’est passé sur sa tentative de battre le record du Trophée Jules Verne. Une tentative qui était bien partie mais qui s’est arrêtée au sud de l’Australie sur une casse mécanique. Frustrant.

Que s’est-il passé ?
Yann Guichard : Nous avons cassé après avoir passé les Kerguelen. On était au portant VMG sous genaker, 25-30 nds de vent et on marchait à 30-35 nds de vitesse, bâbord amures. Thierry Chabagny qui barrait me signale que la barre est dure et qu’il est difficile de lofer et d’abattre. C’est assez bizarre, cela arrive quand on arrive au bas de la vague et que l’étrave est un peu dans l’eau et il faut relofer à ce moment-là. Mais là c’était des deux côtés de temps en temps et pas tout le temps. On a mis du temps à comprendre ce qu’il se passait et c’était de nuit. On a checké tout le système de barre, le parallélisme, la tension des drosses, un objet dans les safrans… mais le problème est allé en s’empirant de demi-heure en demi-heure. On a arrêté le bateau et là on s’est rendu compte que la mèche de safran était cassée entre les deux paliers à l’intérieur du flotteur. Le safran ne tenait plus à grand-chose et partait en latéral : il faisait sa vie au gré des vagues et des accélérations.

Comment cela peut se casser ?
C’est mon interrogation et cela augmente notre déception. Normalement, cela peut casser quand on touche quelque chose. Mais ce n’était pas le cas. Il va falloir comprendre d’où est venu le problème. Est-ce un problème de construction ? de calcul ? Je n’ai pas d’explications. La voile est un sport mécanique et les pièces sont construites avec des coefficients de sécurité. Cela ne doit pas casser sauf s’il y a mauvaises manipulations ou un choc.

Il n’y en pas eu ?
Non. Sur un bateau comme cela surtout à ces vitesses, on le sent tout de suite et cela se voit sur le safran. On a regardé, il était intact. C’est vraiment en charge que cela a cassé, pourquoi ? comment ? et on n’a pas d’explication pour le moment. C’est d’autant plus frustrant.

Cette tentative se présentait bien…
Oui, on était dans le rythme depuis le début. Le bateau va bien plus vite qu’avant avec un mat plus petit, ses plans porteurs, sa cabane qui permet d’avoir un rythme encore plus soutenu. La première partie jusqu’à l’Equateur était super, après ce n’était pas des bonnes conditions. Elles étaient correctes mais pas bonnes. On sentait qu’on était dans le coup. Devant cela, n’avait pas l’air top mal. C’est d’autant plus rageant et dommage.

Apres l’Equateur, votre trajectoire n’a pas été optimale, il n’y a pas eu de problèmes techniques à bord ?
Non, c’est l’anticyclone de Sainte-Hélène qui s’est mis en travers de la piste comme il peut l’être parfois. Il a fallu faire du plein sud jusqu’au 40e sud avant de pouvoir tourner à gauche. On n’a pas eu un bon atlantique Sud. Avec un bon, on aurait pu mettre 1,5 journée de moins. On a perdu une bonne partie de notre avance dans cette partie-là. C’est le jeu. En partant, on savait que l’atlantique sud n’était pas fantastique. Mais c’était la seule fenêtre qu’on a eu cet hiver et elle était super bonne jusqu’à l’Équateur. On ne pouvait pas ne pas la prendre.

Vous avez attendu plus de 3 mois avant de partir…
Cela a été très difficile d’attendre cet hiver. Ce n’était pas facile pour l’équipe. C’est compliqué d’attendre comme cela. Mais on n’a pas eu le choix. Il n’y a pas eu un départ possible. Du jamais vu en 15 ans et aller à l’équateur en 6,5 jours je ne voyais pas comment battre le record. Il faut pouvoir y aller au pire en 6 jours, mais on n’a vu aucune opportunité à part cette fenêtre le 16 janvier qui a été la seule et on l’a prise. On savait que l’on ferait un super temps à l’équateur mais que l’Atlantique sud serait laborieux. Comme on était tard dans la saison. Nous sommes partis.

Vous n’avez pas eu la chance de François Gabart…
Si on avait eu le même atlantique sud, on aurait très bien au Cap de Bonne-Espérance. C’est ce qui fait la beauté de ce record, il faut tenter sa chance, être là au bon moment, être audacieux. Ce que François a fait et Francis aussi. La fenêtre qu’ils ont prise n’était pas extraordinaire mais ils sont partis et tentés. Nous, le Pacifique semblait pas mal et s’annonçait bien au Cap Horn. On n’était pas trop mal. On a vu qu’on a le potentiel de battre ce record même si c’est difficile.

Tu es descendu plus sud qu’Idec…
On est allé très sud, quasiment 55° Sud, parce que les conditions nous le permettaient tout en restant dans le rythme du record. C’était assez engagé. Je ne te cache pas que dans l’indien en tant que skipper, tu as de la pression avec les icebergs. On est passé en dessous de plusieurs d’entre eux. On ne les a pas vu en vrai mais nous avions leurs positions avec les images satellites. On a passé 2-3 jours avec de l’eau à 2-3 degré. On est soulagé quand on ressort de là.

Que retiens-tu de cette tentative ?
Spindrift 2 a un vrai potentiel de battre ce record. On a une belle équipe. Il faut que la météo soit avec nous. Ce record, c’est une course d’endurance, un sport mécanique. Il faut avant tout pouvoir tenir. On n’abandonne pas sur une faute technique mais sur une casse mécanique.

La prochaine sera la bonne …
Si tu me demandes aujourd’hui si je repars l’hiver prochain, je ne peux pas te répondre encore.
C’est trop tôt. Il faut que l’on comprenne, que l’on répare et après on décidera du programme en conséquence. Le bateau ne sera pas remis à l’eau avant septembre prochain. Il va falloir tout checker. On va vérifier le deuxième safran également pour voir si ce n’est pas non plus un problème d’échantillonnage. Cela va prendre plusieurs mois et du temps pour reconstruire la ou les pièces et avant il faut ramener le bateau.

Il t’obsède ce record ?
Non, il ne m’obsède pas. Il représente pour moi, le plus beau record à battre. De partir comme cela autour du monde, c’est un voyage. Une aventure humaine extraordinaire avec des paysages incroyables, les albatros, c’est magnifique. Si je devais ne pas le battre, cela ne m’empêcherait pas dormir mais c’est un record attirant. On a une belle histoire à écrire.

Entretien complet à suivre dans le prochain Course Au Large à paraître le 8 mars.


ÉQUIPAGE DE SPINDRIFT 2 :
Yann Guichard (skipper), Erwan Israël (navigateur), Jacques Guichard (chef de quart / barreur-régleur),
Christophe Espagnon (chef de quart / barreur-régleur)
Xavier Revil (chef de quart / barreur-régleur)
François Morvan (barreur-régleur)
Thierry Chabagny (barreur-régleur)
Sam Goodchild ((barreur / numéro un)
Erwan Le Roux (barreur-régleur)
Duncan Späth (barreur-régleur)
Benjamin Schwartz (barreur / numéro un)
Jackson Bouttell (barreur / numéro un)

Jean-Yves Bernot (routeur)