Vendée Globe. Vers une course à trois…

Thomas Ruyant, LinkedOut, s'entraine pour le Vendee Globe au large de Groix, France, le 5 Juin 2020. (Photo Pierre Bouras / TR Racing)

Alex Thomson reste encore ce matin un solide leader avec un matelas de 100 nm d’avance sur Thomas Ruyant et Charlie Dalin qui reviennent. Derrière la flotte s’étire et s’est scindée en deux avec plusieurs bateaux dont l’Occitane qui se sont fait piégés.

En approche du Pot au noir qui s’annonce assez clément devant eux, Alex Thomson (Hugo Boss), Thomas Ruyant (LinkedOut) et Charlie Dalin (Apivia) ont accéléré franchement toute la journée d’hier. Thomas Ruyant n’était pas loin de battre le record d’Alex Thomson en nombre de milles parcourus en 24h avec 508 nm. Ces trois IMOCA de nouvelle génération, favoris au départ sont bien là où on les attendait. C’est aussi un match d’architecte avec le plan dessiné par VPLP pour Alex Thomson face aux deux plans Guillaume Verdier. Des approches légèrement différentes où chaque skipper a apporté sa touche personnelle. Aérien et rapide pour Alex Thomson, très favorable aux allures portantes pour Thomas Ruyant et le plus polyvalent pour Charlie Dalin. Le vainqueur du Vendée Globe sera l’un de ces trois-là après l’avarie de Charal. La course ne fait que commencer et Alex Thomson a déjà marqué un point.

Parmi les autres nouveaux IMOCA, Corum L’Epargne a abandonné officiellement suite au démâtage hier de Nicolas Troussel. Le Plan Juan K a montré de belles choses en début de course mais son manque de fiabilisation l’a clairement empêché d’exprimer tout son potentiel. Arkea-Paprec dessiné également par Juan K est à la peine. Sébastien Simon a eu des problèmes d’aérien mais il ne montre pas de vitesses incroyables. On peut être un peu déçu par sa performance. Il pointe à la 12e place alors qu’il pourrait prétendre à la 4e place pour un bateau de nouvelle génération.

Derrière les 3 foilers – si on ne compte pas Jean Le Cam dont le bateau Hubert est une “vrai petite bombe” selon lui, Sam Davies et Kevin Escoffier sont là où on les attendait. Il faudra compter sur eux ainsi que sur Louis Burton sur Bureau Vallée 2 qui fait une très belle course et montre de belles vitesses.

Enfin Armel Tripon sur L’Occitane en Provence pointe à plus de 1160 nm d’Alex Thomson après une semaine de course. L’addition est sévère. Armel Tripon a rencontré des problèmes de hook et s’est fait piégé dans une bulle sans vent. C’est dommage pour la course où il aurait pu montrer autre chose en étant aux avant-postes.

Alex Thomson – HUGO BOSS à 21 759 milles de l’arrivée

Thomas Ruyant – LinkedOut à 104 milles du leader

Jean le Cam – 114 milles du leader

Charlie Dalin – Apivia à 149 milles du leader

Kevin Escoffier – PRB à 201 milles du leader

Un Vendée Globe n’est jamais linéaire. L’âge des bateaux, l’expérience des capitaines et la météo qui dicte sa loi sur le grand échiquier océanique donne plusieurs courses dans LA course. Ainsi va la vie sur cette 9e édition de la vaste boucle en solitaire. Il fallait cette année ne pas rater le départ du TGV dès le 2e front.

L’épreuve avant l’épreuve du Pot au noir

« On s’est fait un premier Pot au Noir. Il a fallu rester sur le pont, profiter du moindre souffle d’air pour avancer. Ces bateaux sont énergivores mais ça y’est, il semble que je touche enfin le début des alizés » explique ce matin le Nantais Armel Tripon, 27e au pointage de 5h, à bord de son scow noir et jaune, la voix claire et posée. Un adepte des séances de méditation quotidienne qui gère parfaitement son retard et sa frustration : « La route est longue, je compte bien raccrocher le bon wagon ! » poursuit-il. Trois jours d’errance dans cette zone de calmes, il y a pourtant de quoi avoir les nerfs en pelote. Chaque classement met un doigt bien poisseux sur votre situation. Les riches deviennent plus riches, et à l’arrière, on ronge son frein. « Je me suis un peu énervé hier toute la journée, je me suis débattu avec des réglages et changements de voiles pour tenter d’avancer. Restons zen ! » confie Manu Cousin sur son Groupe SÉTIN à la vacation matinale. Un arrêt buffet gargantuesque que le Japonais Kojiro Shiraishi met à profit pour réparer sa grand-voile. Le skipper de DMG Mori Global One n’a parcouru que 30 milles ces dernières 24 heures…

Pied au plancher pour les 18 premiers

Du free ride dans les alizés pour les foilers et bateaux à dérive de tête au large du Cap-Vert avec des vitesses réjouissantes ! « Ce sont des super conditions de glisse, le vent est parfois instable, il faut être dessus, mais on se régale » raconte Kevin Escoffier sur son PRB qui confiait également accueillir dans son cockpit nombre de poissons de volants de bonne taille et constater de nombreuses sargasses flottantes entre deux eaux. Emmenée par Alex Thomson sur son HUGO BOSS désormais à plus de 100 milles de Jean Le Cam, 2eme au pointage et de Thomas Ruyant, 3eme, qui revient comme une balle, la bande des “surfeurs fous” s’approche rapidement du Pot au Noir dont le garde barrière semble s’être évaporé dans la nature. Comprenez que le vent devrait mollir progressivement mais ne jamais s’essouffler. Un vrai coup de pot ! Le passage de l’équateur devrait avoir lieu demain soir, mercredi, avant de naviguer dans l’hémisphère Sud.