Vendée Globe. Un parcours semé d’embûches pour Charlie

la Royal Air Force basée à Mount Pleasant Airfield, îles Malouines, sont allés à la rencontre du bateau pour un exercice de capacité, le 4 Janvier 2021. (Photo par Cpl Phil Dye/BFSAI Photographer)

C’est une nouvelle course qui commence sur un parcours connu pour Charlie Dalin. Favori au départ mais dorénavant privé d’un foil, Charlie Dalin va devoir tout donner face à des concurrents qui ne lâcheront rien.

C’est un vrai parcours hérissé de difficultés qui attend APIVIA et Charlie sur ce long bord tribord amures (vent venant de la droite). Un bord qui pourrait les emmener jusqu’au Sud des Açores… Sautes de vent, grains passagers, alizé poussif, trafic maritime, une nouvelle course commence au large des côtes de l’état Brésilien d’Espirito Santo. APIVIA a glissé 2e au classement de 5 heures et pointe à… 2 petits milles (3,7 km) du leader, Yannick Bestaven (Maître CoQ), à celui de 9 heures. Les écarts restent minimes et cinq bateaux se tiennent en moins de 50 milles (92,6 km).

Le vent de Nord-Est est bien là… Poussif, faiblard, timide, mais il est là… APIVIA progresse cap au 4°, à plus ou moins faible vitesse et tente d’accrocher le moindre zéphyr, le moindre grain pour se propulser vers le Nord. La vaste zone perturbée par le front froid calée à la latitude de Cabo Frio est maintenant derrière, mais l’alizé est sans A majuscule. Pas de flux régulier, pas d’alizé puissant, mais un melting-pot de situations où APIVIA et Charlie doivent répondre du tac au tac, d’un réglage à l’autre. Une situation somme toute assez courante à cet endroit du globe comme le rappelait Charlie, mais qui joue sur les nerfs, sur l’attention et la fatigue accumulée depuis de longues semaines sur les organismes. Car, nous ne nous trompons pas en disant qu’une nouvelle course vient de démarrer à 4 500 milles (8 334 km) des Sables d’Olonne. Un nouveau départ où le classement va faire le yo-yo, après 66 jours de course autour du globe, pour une dernière Transatlantique aux allures de saut de puce mais… aujourd’hui déterminante. Et qui dit Transatlantique, dit « nouvelles » problématiques ou plus précisément, le retour d’anciennes difficultés. L’avantage, c’est que Charlie connaît ce parcours pour l’avoir gagné à l’aller lors de la dernière Jacques Vabre et au retour, pour avoir convoyé APIVIA en solitaire vers la France. Un parcours aller/retour qui permet indéniablement d’avoir certains repères, certains schémas météorologiques en tête, certaines difficultés à éviter…

Une nouvelle navigation Atlantique commence, et « la liste des courses » est longue… Tout d’abord, APIVIA va devoir progresser tribord amures soit sans son foil gauche, privilégier la vitesse tout en tentant d’optimiser son cap vers le Nord / Nord-Est et éviter d’avoir à faire de petits contre-bords de recalage pour pouvoir passer tranquillement la corne du Brésil. Important également de garder le plus d’Est possible dans sa route pour aborder le Pot-au-Noir sereinement et en sortir en bonne position. Autre impératif : ne pas trop s’approcher des côtes où le trafic maritime va reprendre ses droits. Rappelez-vous que Charlie déclarait lundi : « Je n’ai eu aucune alerte « AIS » depuis mon entrée dans l’Océan Indien où le système m’avait prévenu qu’un bateau de pêche rentrait vers Le Cap. Ça remonte à longtemps du coup et depuis, plus rien, plus de signal, aucun navire en visu ! Mais je sais que j’arrive dans une zone plus dense en termes de trafic maritime, donc il va falloir redoubler de vigilance. » Enfin, APIVIA… Charlie va devoir ausculter, surveiller, cajoler, assister son foiler handicapé dans ses moindres efforts pour pouvoir lui demander l’ultime coup de rein, l’ultime glissade vers l’arrivée. Oui, une nouvelle course commence…

Le mot à retenir
Christian Dumard (Great Circle – Squid et prestataire météo pour la Direction de Course du Vendée Globe) : « Le vent est encore faible et très irrégulier en force, comme en direction. La navigation le long de la côte brésilienne peut également être compliquée avec des lignes de grains, des effets thermiques, des molles en deuxième partie de nuit et le matin. Il faut enfin jouer avec les veines de courant le long de la limite du plateau continental ».

Vers un seul et même bord de 3 000 milles (5 560 km) ?
Est-ce que ces conditions vont durer ? Est-ce que cet alizé va jouer les abonnés faignants longtemps ? Jusqu’où ce vent de secteur Est dominant poussera APIVIA et Charlie ? Une vraie question car, s’il est sûr que l’alizé de l’hémisphère Nord prendra le relais de celui du Sud après le Pot au Noir, est-ce qu’un front dépressionnaire pourrait alors venir attraper APIVIA pour le propulser vers l’arrivée ? « Pour revenir à la situation actuelle, ils sont dans l’alizé mais il est très faible et instable et donc, très irrégulier explique Christian Dumard (Great Circle – Squid et prestataire météo pour la Direction de Course du Vendée Globe). Ils doivent avoir juste 10/12 nœuds de vent et il y a des petits grains qui passent et qui amènent ponctuellement un peu plus de pression dans les voiles. Le problème est qu’il est très difficile de les anticiper et de les voir. Aussi, je pense qu’ils sont partis pour quelques jours de temps perturbé avec cet alizé mal établi. Ils vont avoir un long bord tribord amure à faire, au moins et probablement jusqu’au Sud de l’archipel des Açores. Il y a même des scénarios qui les amèneraient en tribord jusqu’à l’arrivée aux Sables d’Olonne… Mais nous n’en sommes pas là, car les routages à plus de 10 jours ne sont pas encore très fiables ». Quoi qu’il en soit, attendons-nous à avoir une course au contact pendant encore de longues journées et… où rien n’est encore joué !