Vendée Globe. Pour Kevin Escoffier, les foilers sont l’avenir de l’IMOCA

Photo envoyée depuis le bateau PRB pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 14 Novembre 2020. (Photo prise par le skipper Kevin Escoffier)

Alors que la tête de flotte se regroupe entre foilers et non foilers, la classe IMOCA communique avec Kevin Escoffier sur le futur de IMOCA pour le Vendée Globe 2024.

A 40 ans, le vainqueur de la Volvo Ocean Race 2017-18 et ancien détenteur du Tro-phée Jules Verne avec Banque Populaire, est aussi ingénieur et un constructeur de bateaux accompli. Il estime que les foils sont toujours la voie à suivre pour une campagne gagnante sur le Championnat IMOCA et le Vendée Globe.

Il s’est confié à la Classe IMOCA : « Je pense qu’il faut rester prudent. Lorsque l’on regarde la course, il faut bien voir qui sont les trois leaders. La raison pour la-quelle nous sommes un peu déçus par les performances des foilers est que nous n’avons pas vu les pointes à 30 nœuds que nous attendions. »

« Mais ce sont toujours les foilers en tête, » poursuit-il. « Quand vous regardez l’Atlantique Nord (à l’aller), ils ont eu moins de vent que les bateaux à dérives. Et même les foilers qui rencontrent des problèmes – comme Thomas Ruyant (LinkedOut) qui n’a qu’un foil à 100% et Charlie Dalin qui a aussi des problèmes de foil (APIVIA) -, ils sont devant. »

Le skipper de PRB admet qu’il y a encore du chemin à parcourir pour rendre les foils – ou la structure du bateau qui les abrite – plus aptes à résister aux collisions, de sorte que les impacts ponctuels n’aient pas de conséquences majeures sur les perfor-mances du bateau. C’est un point sur lequel il a notamment travaillé sur son ancien bateau.

« J’ai toujours pensé à cela, même avec PRB, » explique-t-il. « Quand j’ai changé le palier inférieur du foil, j’ai mis un amortisseur et une pièce en titane afin que le foil ne casse pas la coque si je heurte quelque chose. J’ai beaucoup travaillé sur les multicoques avant les monocoques. Et sur les multicoques, nous avons ce genre de problème depuis un certain temps, aux mêmes vitesses ou à des vi-tesses supérieures. Nous travaillons donc sur les conséquences de la casse d’un foil et sur la protection de la structure du bateau. »

Quand Kevin se penche sur cette édition – une course dans laquelle il se battait en troisième position au moment de son avarie – il réfléchit déjà aux choix de conception qu’il pourrait faire sur un nouveau bateau pour 2024. Il est probable que ce soit dans le cadre d’une nouvelle campagne avec PRB, dont le skipper dit qu’il espère que la société vendéenne et lui présenteront ce qu’il appelle « un budget efficace par rapport aux performances ». « J’ai reçu un soutien incroyable de tous les salariés de PRB et la suite est plébiscitée par bon nombre d’entre eux. PRB est un grand sponsor et une grande entreprise » affirme Kevin. « Je suis très fier de cela et je suis sou-tenu par des gens formidables, comme Jean-Jacques. J’ai beaucoup de chance de travailler avec des personnes comme lui ». La société espère attirer un co-partenaire avec qui partager l’aventure. Un architecte naval doit encore être choisi.

« J’imagine déjà ce que nous devrions faire comme bateau. Je pense aux voiles, aux manœuvres et à la façon d’imaginer l’intérieur. J’ai toujours été passionné par les bateaux ainsi que par la voile et le design – c’est ma vie. Alors oui, je suis de retour à terre mais je ne suis pas en vacances ; je travaille sur mon projet et j’imagine ce que je vais faire avec le bateau et le grand objectif est le prochain Vendée Globe, c’est sûr. »

Nous avons interrogé le skipper sur sa mésaventure dans les mers du Sud – une terri-fiante rupture du bateau qui lui a laissé seulement quelques minutes pour rejoindre son radeau de survie, sans même pouvoir récupérer son « grab-bag » (sac de sécurité). Il a ensuite passé 11 heures dans son radeau en attendant d’être récupéré par Jean Le Cam.

Le Malouin, toujours joyeux et plein d’énergie, raconte s’être attardé un peu sur ce sauvetage, mais qu’il n’a subi aucun effet négatif et que son engagement dans la voile et la course en solitaire reste aussi fort.

« J’aime toujours naviguer, » explique-t-il. « Je veux juste retrouver la compéti-tion. Je ne me réveille pas en sursaut la nuit et je ne rêve pas que je casse le ba-teau. Et même quand je naviguais avec Jean (avant qu’il ne soit transféré sur une frégate de la marine française près des îles Crozet), je me sentais bien à bord. J’étais heureux dans 30 nœuds de vent et j’aime être sur l’eau. Il n’y a certaine-ment aucun traumatisme dû à ce que j’ai vécu – ma tête n’est pas construite comme cela. »

Kevin admet, néanmoins, qu’il y a eu des moments où il était difficile pour lui de ne plus être en course, de ne plus se battre avec les autres, de ne pas passer pour la première fois le Cap Horn en solitaire ou de ne pas régater là maintenant avec les leaders dans la remontée de l’Atlantique.

« Plus le temps passe depuis l’accident et moins ces pensées sont fréquentes, » confie-t-il. « Je regarde le classement en pensant que je pourrais peut-être y être, mais il ne sert à rien de trop y penser. Je sais que je ne suis définitivement plus en course et il est inutile d’essayer d’imaginer où je serais, car l’histoire est maintenant différente. »

Faisant ensuite le point sur les développements récents de la course, il confirme que la concurrence est serrée dans la « deuxième division » des bateaux à dérives droites et que cela lui rappelle finalement plus la Volvo Ocean Race que le Vendée Globe. « Nous assistons à une grande course avec une deuxième ligue, composée de ba-teaux bien préparés qui naviguent vite et bien. Habituellement, avec le Vendée Globe, après le sud, vous avez deux bateaux devant et la course est pratique-ment terminée. Cette fois-ci, cela ressemble plus au classement d’une course côtière et c’est incroyable d’avoir des concurrents aussi proches les uns des autres. »

Kevin estime que Yannick Bestaven est celui qui a le mieux tiré parti de la météo et il ne pense pas forcément que le skipper de Maître-CoQ IV sera rattrapé par ces deux poursuivants, APIVIA et LinkedOut. « C’est sûr que ça va revenir par derrière pen-dant un temps mais Yannick sera aussi le premier à sortir des vents faibles… »

Cela dit, il souligne également que tout peut encore arriver d’ici l’arrivée et que le fait que Charlie Dalin soit capable ou non de naviguer sur ces deux foils pourrait être dé-terminant. « Ce n’est certainement pas fini, le leader est aussi celui qui aborde le premier l’anticyclone des Açores dans l’Atlantique Nord et vous pouvez avoir un grand détour à faire, ce qui peut ouvrir aussi des opportunités aux autres, » ajoute-t-il. « Nous savons aussi que dans l’Atlantique Nord, on peut gagner beau-coup de milles rapidement, mais on peut aussi en perdre beaucoup plus rapide-ment, surtout avec les bateaux les plus rapides. »

Kevin s’est dit surpris que Charlie Dalin ait choisi de passer à l’intérieur de l’Ile des États, après le Cap Horn, alors qu’une route plus à l’est, en suivant Yannick Bestaven, aurait pu être plus rapide. Il a de nouveau rendu hommage au leader : « Yannick a bien navigué. Il n’a pas eu d’autre choix (avec son routage) et il a aussi été assez rapide. »

Invité à noter d’autres performances remarquables, Kevin met en avant Jean Le Cam qui, à 61 ans, continue de faire une course phénoménale sur un très « vieux » bateau. « C’est tout simplement incroyable ce qu’il fait, » lance le skipper de PRB. Il cite aus-si Benjamin Dutreux « qui fait une grande course » à bord de OMIA-Water Family et Damien Seguin, sur Groupe APICIL, qui, selon lui, a maintenant de très bonnes chances de monter sur le podium avec un non-foiler.

Kevin fait aussi remarquer que ce n’est pas seulement la façon dont ces trois hommes naviguent – mais le travail de préparation qui est tout aussi important, affirme-t-il. « Ce qui est génial, c’est que ces gars ont travaillé très dur – Benjamin Dutreux a trou-vé de l’argent très tard et Damien Seguin a beaucoup œuvré aussi l’année der-nière pour avoir un bateau rapide sur ce Vendée Globe, chapeau ! »

« Jean a aussi travaillé dur sur son bateau pour gagner du poids et changer le lest et tout le reste », ajoute-t-il. « Je suis impressionné par leur façon de mener leur bateau mais nous savons qu’en IMOCA, il ne s’agit pas seulement de navi-guer, il s’agit du projet et de la façon de faire un bon projet – ces gars ont réalisé un excellent parcours, non seulement en mer mais aussi à terre ».

Ed Gorman / IMOCA