Vendée Globe. Le voyage d’Armel Tripon

Armel Tripon s’entraine à bord de l’Imoca L'Occitane en Provence au large de Groix, pour le Vendée Globe, le 23 Mai 2020. (Photo Pierre Bouras / L'Occitane en Provence).

Armel Tripon, 13e de ce Vendée Globe remonte l’Atlantique Sud dans des conditions de plus en plus clémentes. Il va pouvoir faire du bricolage à bord et notamment réparer sa GV qui s’est déchirée.

« Ça a molli, j’ai relevé mes foils il y a 20 minutes. Du fait d’aller moins vite et d’être moins remué dans tous les sens, le corps se relâche, il y a moins de bruit aussi. Mais hier encore, c’était agité. On sent qu’on change d’atmosphère, il fait meilleur, on a un ciel étoilé, ça faisait longtemps, c’est plaisant ! Dans le cockpit quand il y a du soleil, c’est agréable. La température de l’air remonte vite quand même, de nuit c’est même correct dehors. J’ai encore 200 milles pour récupérer les eaux chaudes, je pense.”

Du boulot !

“J’ai pas mal de dossiers qui se sont accumulés. Il y a un peu de job à faire ! Il n’y a rien de grave : deux chandeliers qui ont valsé, je dois bosser sur le moteur, faire du matelotage, deux-trois trucs qui occupent bien la journée ! Je dois faire un check complet du bateau que je n’ai pas eu le temps de faire parce que ça bougeait trop !

Je suis assis sur ma bannette, face à la table à cartes qui pivote sur 180°, donc c’est confortable. Je me sens bien, Je n’ai aucune douleur physique ou autre. Mes mains ne sont pas du tout abîmées, j’ai ma crème au beurre de karité, c’est mon rituel quotidien. Je me graisse la peau des mains, mais elles sont pleines de Sikaflex car j’ai dû réparer la voile. La grand-voile était déchirée au-dessus du troisième ris, j’ai donc mis du tissu 3DI.  J’ai collé des morceaux puis essayé de presser tout ça, de mettre de l’Insigna par-dessus, puis attendre 3 heures que ça prenne. J’ai fait cela juste après le cap Horn, j’avais le bon créneau pour le faire. Ça n’a pas l’air de bouger.”

Cap au Nord

La stratégie à venir n’est pas très claire. Les systèmes météo bougent trop, les petites dépressions évoluent vite. Hier, ça passait à l’Est et en fait il y a une fenêtre au Nord qui vient de s’ouvrir. Clarisse (Crémer) a pris la même option que moi et cela va nous emmener jusqu’au Brésil. Une fois là-haut, ce n’est pas précis, il y a  pas mal de dépressions orageuses, mais on a encore le temps de voir.

Le lien avec la terre

Chaque semaine, je communique avec mes trois enfants. Il faut que je raconte des blagues à mon petit dernier. Les plus grands me racontent leur vie de collégiens et de lycéens. Cela permet de garder le lien car la vie à terre est un peu entre parenthèses. Ma femme gère cela d’une main de maître ! Chapeau à elle !

J’ai eu un sentiment dingue en passant le mythique cap Horn, je n’en reviens toujours pas. La transition est brutale, la mer s’assagit. Tout de suite c’est plus léger, il y a moins de tension. On sait que la météo va vers le mieux. C’est un sacré voyage !