Vendée Globe. Le point de vue de Pierre Casiraghi sur Boris Herrmann

Photo envoyée depuis le bateau Seaexplorer - YC de Monaco pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 3 Janvier 2021. (Photo prise par le skipper Boris Herrmann)

Pierre Casiraghi est celui qui connait le mieux Boris Herrmann. Il partage son point de vue sur la course de Boris et cette fin qui s’annonce haletante alors que Boris pourrait être le premier étranger à gagner ce Vendée Globe.

Le skipper allemand Boris Herrmann, à bord de Seaexplorer-Yacht Club de Monaco a déroulé sa course un peu en retrait de la tête de course mais jamais loin. Il a du régler une série de problèmes techniques, mais il a su maintenir son foiler VPLP-Verdier de 2015 en excellent état.

A 33 ans, Pierre Casiraghi est vice-président du Yacht Club de Monaco, ainsi que le fondateur du Team Malizia avec Boris et des Monaco Globe Series, une épreuve IMOCA disputée pour la première fois en 2018. Pierre a beaucoup navigué avec Boris, aussi bien en régates côtières qu’au large, et il affirme que son ami a trouvé le bon équilibre sur ce tour du monde. “Chaque marin veut préserver son bateau et être en même temps le plus compétitif possible”, confie-t-il à la Classe IMOCA. “Mais tous n’y parviennent pas. Beaucoup disaient que Boris était un peu lent au début et qu’il était trop prudent et tout ça, mais à la fin de la course, cela a payé, du moins jusqu’à présent“.

Pierre affirme aussi que lorsque qu’ils naviguent ensemble, Boris est très prudent, pensant toujours en priorité au matériel. Le Monégasque confirme que c’est exactement cette manière de faire – penser au bateau avant la vitesse pure et simple – qui s’est exprimée durant ces 74 derniers jours.

Cela vient sans aucun doute de la façon de naviguer de Boris“, complète-t-il. “Ce n’est pas comme s’il avait changé sa méthode pour s’adapter au Vendée Globe. Boris navigue comme cela en général, il préservera toujours le bateau, tandis que moi je suis celui qui aimerait toujours appuyer un peu plus fort, donc je sais exactement ce qu’il se passe à bord “. Cela dit, Pierre, qui échange tous les jours avec son ami et coéquipier, dit qu’il n’a aucun doute sur le fait que Boris augmente la cadence sur les derniers coups à jouer avant le sprint final au portant jusqu’à l’arrivée aux Sables d’Olonne (annoncée en milieu de semaine prochaine). Depuis une phase frustrante dans le Pot-au-Noir, Boris a, en effet, accéléré et semble bien parti pour monter sur le podium…

Il y aura un moment où il va pousser très fort, je pense“, poursuit Pierre. “Boris ne va pas, pour autant, mener le bateau à 100% – car vous ne voulez surtout pas casser la machine à 50 milles de l’arrivée – mais il va pousser autant qu’il le jugera possible et raisonnable“.

Will Harris surveille aussi les choses de près

Will Harris a exactement le même sentiment. Le régatier de 26 ans a disputé la Transat Jacques Vabre 2019 avec Boris et courra cet été The Ocean Race Europe ou encore la prochaine édition de The Ocean Race que l’équipe entend rejoindre en 2022. Selon le Britannique, Boris est plus que jamais en mode course. “Je pense que son état d’esprit a changé“, affirme-t-il. “Depuis que l’avance de Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) a fondu, je pense que Boris ressent probablement un peu plus de pression, sachant qu’il a une chance de gagner ou de monter sur le podium et tout cela en gardant bien en tête qu’il va devoir mener le bateau un peu plus fort pour rester là où il est“.

Will affirme que le skipper de Seaexplorer-Yacht Club de Monaco est monté en intensité et que le tableau de bord du site web de Team Malizia, qui affiche une série d’indicateurs de performances du bateau, confirme les changements de voiles, les modifications du gréement et les réglages de foils. “Cela montre vraiment qu’il intensifie son jeu”, déclare celui qui a également participé deux fois à la Solitaire du Figaro.

Un franc succès à Monaco et en Allemagne

Pierre Casiraghi confie que la course de Boris Herrmann a inspiré largement les jeunes monégasques et allemands, tout en partageant des messages importants sur l’environnement et la santé des océans. En effet, l’impact a été spectaculaire pour un marin qui se révèle être un excellent ambassadeur à la fois pour le sport et pour les organisations avec lesquelles sa campagne est associée dans le domaine de l’environnement.

Selon le vice-président du Yacht Club de Monaco, Boris Herrmann est comme un Monégasque d’adoption. “Tous les enfants et les écoles de Monaco connaissent Boris et le bateau grâce aux différents événements que nous avons organisés ici” détaille-t-il. “Et tous les adultes le connaissent aussi parce que c’est un petit endroit et que tout le monde est très, très fier de lui. Monaco est un très petit pays et pouvoir briller dans un sport sur ce terrain de jeu planétaire, c’est fabuleux. Cela montre que nous pouvons être petits, mais que nous pouvons être là, participer et même accomplir beaucoup plus. “

Pierre Casiraghi et Will Harris pensent aussi tous les deux qu’après s’être remis de cette course, Boris pourrait bien vouloir y retourner dans quatre ans, surtout après avoir appris les ficelles du métier cette fois-ci, et s’il ne gagne pas la semaine prochaine (ce qui est encore tout à fait possible).

“Ce qui est clair, c’est à quel point Boris a appris de cette course, d’abord sur lui-même en tant que marin et en tant que personne, et ensuite sur la course en elle-même et ses motivations”, reprend Will. “Je sais que, pour lui, le Vendée Globe a toujours été un objectif depuis qu’il a 18 ans et qu’il a déménagé en France pour y naviguer et prendre un jour le départ de cette course. Je ne peux pas imaginer qu’il ne veuille pas essayer de revenir dans quatre ans pour essayer de gagner, s’il ne le fait pas cette fois-ci”.

Will pourrait aussi vous lister toutes les choses qui ont pu mal tourner à bord depuis le départ du 8 novembre dernier. Parmi les problèmes, une drisse de gennaker bloquée, qui a obligé Boris à grimper dans son mât pour la débloquer manuellement ; la perte des deux hydro-générateurs qui ont dû être quasiment reconstruits, et des problèmes continuels avec la grand-voile qui, selon l’équipe, est probablement trop légère pour le travail qu’on lui demande.

Le problème technique qui aurait menacé le plus fortement la suite de la course est la casse du moteur qui actionne les vérins de quille qui a rendu l’âme après une entrée d’eau dans le compartiment où il est logé. Cependant, après mûre réflexion, l’équipe avait décidé avant le départ que Boris devait embarquer un moteur de rechange – pesant 18 kilos – et après deux heures de bricolage, réalisées quatre jours avant le Cap Horn, Boris a réussi à changer le moteur.

Et l’heure la plus sombre pour le skipper allemand ? Will affirme sans aucun doute que c’est en reprenant sa course, après s’être détourné pour aider aux recherches du skipper de PRB, Kevin Escoffier. Cet épisode a, non seulement cassé son rythme, mais a été surtout très stressant et épuisant. Ensuite, Boris a dû affronter tout le Grand Sud après déjà 20 jours de mer particulièrement intenses.

“Il n’y a aucun doute que s’être dérouté pour porter secours a eu un certain impact”, confie enfin Will. “Il est difficile de retrouver quelqu’un au milieu de l’océan et d’avoir cette responsabilité sur les épaules… Il a fallu un certain temps à Boris pour s’en remettre”.

Will Harris a pour objectif de courir lui-même le Vendée Globe en 2024. Mais en attendant, il commence à se concentrer sur le double défi de The Ocean Race Europe cette année, puis de The Ocean Race 2022-23, où avec l’équipe, ils devraient mener une campagne au sein d’une flotte IMOCA – que Will qualifie de grandissante sur l’épreuve – qui sera présente pour la première fois au départ du mythique tour du monde en équipage avec escales.

Source : Ed Gorman / IMOCA (traduit de l’Anglais)