Vendée Globe. La longue remontée, nouveau défilé au cap Horn

Photo envoyée depuis le bateau DMG Mori Global One pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 14 Janvier 2021. (Photo prise par le skipper Kojiro Shiraishi) Cap Horn

A 15 jours de l’arrivée aux Sables, 5 ou 6 bateaux peuvent encore gagner ce Vendée Globe. C’est exceptionnel.

Si Charlie Dalin sur Apivia mène à nouveau la flotte, Louis Burton sur Bureau Vallée 2 l’ancien Banque Populaire vainqueur du dernier Vendée Globe le suit à 15 milles après une course incroyable. Son bateau mené à 100% avec confiance, Louis Burton peut jouer clairement la gagne. Derrière lui, Thomas Ruyant souffre autant que son bateau de ne pas pouvoir aller plus vite. Il a concédé 44 milles cette nuit.

Recife, située 470 milles au Nord sera le prochain point de passage de la flotte lancée dans un long bord obligatoire, portée par des alizés dont le souffle geignard peine encore à faire vibrer les cuivres, et contrariée par les grains qui postillonnent sur la parabole des skippers et perturbent par période les performances des prétendants au podium.

Du Brésil, qui étire désormais sa géographie sur leur route, les skippers du Vendée Globe ne verront pas grand-chose. Et au fond, ce n’est pas ce qu’on leur souhaite : le bonheur ne sera pas forcément près de la côte. Il ne sera pas non plus dans ces lignes de grains qui, dès demain, vont morceler leur vitesse et leur sommeil. Éparpillés pour l’instant, ces grains viennent déjà s’immiscer dans la trajectoire des navigateurs.

Des alizés faiblards

Même s’ils y sont habitués et qu’ils ont eux-mêmes installé mille alarmes à bord de leur IMOCA pour être alertés de la moindre variation de force ou de direction du vent, c’est toujours un crève-cœur de devoir faire sonner le téléphone iridium d’un bateau après avoir fait chou blanc sur une messagerie classique : cela signifie qu’on va l’arracher du sommeil du juste. Ça n’a pas loupé ce matin : Yannick Bestaven dormait vraiment bien quand on est venu lui demander de nous parler. Après le marchand de sable, le skipper de Maître CoQ IV a évoqué les grains. « Les alizés sont faiblards, et ils sont parsemés de grains qui accélèrent ou cassent notre vitesse. Cela donne pas mal de réglages à faire pour avancer et tenir une moyenne. Il faut être dessus, choquer l’écoute de grand-voile quand ça monte à 18 nœuds, gérer les variations de 10 à 18 nœuds en force, et de 50 degrés en direction. Tu as intérêt à ne pas être loin du pont pour gérer tout ça. Du coup, je dors par petites tranches, j’essaie de récupérer pour être au taquet pour quand il faudra mettre la poignée dans le coin ».

Avant ces grains, il y a eu le grain de sable, ce front froid permanent qui, en le bloquant, a privé Yannick Bestaven du bénéfice de tous ces efforts pour s’envoler, et qui lui reste un peu en travers du gosier : « Moralement, c’est dur, j’ai l’impression de ne pas avoir été verni : j’ai été arrêté en premier, et forcément le plus longtemps. Puis je n’ai pas pu gagner suffisamment dans l’Est pour les contrôler, et ça a été bien plus facile pour eux de se décaler. Je me suis retrouvé sous leur vent, ça fait chier. J’ai les Sables-d’Olonne au bout de l’étrave, on verra ce qu’il y aura au bout ! ».

Dans la nuit, entre les classements de 21 heures et celui de 5 heures, Charlie Dalin (Apivia) a parcouru 97,3 milles à la vitesse de 13,9 nœuds, cap au 4° – plein Nord. 2e, Louis Burton (Bureau Vallée 2) maintient un écart à moins de 20 milles, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) pointant à 37,6 milles. Thomas Ruyant (LinkedOut) complète ce petit peloton et émarge en 4e position, à 44,5 milles. Si trois des quatre bateaux avancent dans la même veine, seul Yannick Bestaven est décalé en longitude, 50 milles dans l’Ouest. Pour en terminer avec les chiffres, le nonette est clos par Jean le Cam (Yes We Cam!) qui pointe 183,5 milles derrière. Pas plus.

Du calme pour Clarisse

Plus loin, mais pas tant que ça (761,6 milles), Clarisse Crémer évolue dans un mer redevenue ordonnée, et dans des vagues de moins de 1,50 mètre et, après une longue remontée au près dans des agitations casse-bateaux, la navigatrice de Banque Populaire X n’est pas fâchée de retrouver un poil de confort. « Ça fait du bien d’avoir l’impression de naviguer sur un lac après le grand Sud. Ça a tapé jusqu’à hier, ça fait du bien de filer tout droit. Mais la journée va se gâter, et pour un bout de temps : avec Armel (Tripon), on va se taper de la molle « de chez molle » au moins deux jours – les fichiers ne savent jamais trop précisément. Il faut changer d’état d’esprit, et il faut aussi que je me prépare à monter au mât pour poser un patch de 3DI sur la chute de mon J2. Je me sentirai mieux quand je l’aurai fait ».

A 2 129 milles du leader, Jérémie Beyou embrasse la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA) pour profiter de l’arrière d’une dépression australe. Profiter est un bien grand mot : les vents de trois-quarts arrière de 21 nœuds n’ont pas de rapport avec la vitesse moyenne de Charal. On peut en conclure que l’état de la mer doit être bien moche. Cela ne l’a pas empêché de prendre le meilleur sur Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle) et sur Alan Roura (La Fabrique), et de prendre donc la 14e place du classement. Une nouvelle dont le skipper doit se réjouir, compte tenu du scénario de son Vendée Globe…

Hier soir, Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One) a été le 20e à franchir le cap Horn, une performance qu’il a saluée en bon polyglotte, une goutte de saké à la main. Il est entré ce matin dans la petite dépression que cherchent à exploiter Stéphane le Diraison (Time for Oceans) et Didac Costa (One Planet One Ocean) au large de l’île des États.

Le prochain au cap Horn sera très vraisemblablement Manu Cousin (Groupe Sétin), très heureux de cette perspective : « Je cumule du sommeil pour être en forme pour la petite fiesta de ce soir ! Mon seul regret est que j’ai cherché le routage qui me permettrait d’aller voir le caillou au plus près, mais cela me faisait perdre une vingtaine d’heures. Je ne vais donc pas voir le cap, et c’est bien dommage. Mais ça fait une bonne raison d’y revenir ! ».

On finit le point du matin avec une petite pensée pour Alexia Barrier (TSE – 4myPlanet), toujours aux prises avec la dépression très étendue qui circule dans son Sud avec des vents d’Ouest de plus de trente nœuds. Encore 24 heures à tenir avant un petit répit et du vent de Sud, pour avancer sur des allures enfin plus portantes !