Vendée Globe. Dalin : “Rien n’est encore joué”

Photo envoyée depuis le bateau Apivia pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 11 Janvier 2021. (Photo prise par le skipper Charlie Dalin)

Charlie Dalin (Apivia) a repris la tête du 9e Vendée Globe hier soir mais rien n’est joué alors qu’un regroupement général s’installe.

« Le garde-barrière ? C’est un pote ! Les conditions sont instables depuis hier, et ça va continuer aujourd’hui. Hier soir, à la tombée de la nuit, dans un passage, j’avançais dans une zone où le vent commençait juste à souffler. Le vent faible était quelques milles devant. Ce fut un moment magique du Vendée Globe. De temps en temps, j’en sortais, puis je retrouvais du vent. Ce coup froid semi-permanent est un phénomène météo qui est presque toujours présent dans cette zone. Il débute à Cabo Frio et s’étend vers le Sud-Est. Cette zone de transition a joué le premier rôle ces derniers jours. Yannick y est rentré le premier, il a buté dedans un peu plus tôt, tandis que nous bénéficions d’un vent plus soutenu à l’arrière, qui nous a permis de remonter à vive allure sur lui. Le 2e phénomène qui est entré en jeu (dans la redistribution des rôles), c’est que, étant décalé vers l’ouest, Yannick est dans un angle de vent moyen un peu moins favorable, avec du vent presque de Nord. Hier et avant-hier, je vivais des passages à 24 nœuds de moyenne tandis qu’il avançait à 5 nœuds. Forcément, la marge se réduit à vitesse grand V. Rien n’est encore joué, le vent n’est pas établi dans la zone dans laquelle je navigue. Je vois encore 24 heures de vents instables en force et en direction. Tant qu’on ne sera pas récupéré du vent plus constant, il se passera encore des choses. On pourra faire les comptes dans la nuit prochaine. Au classement de 5 heures, on saura qui a le mieux travaillé. Je suis content d’être autant revenu aux affaires ! Il y a 4 jours, j’avais 450 milles de retard. Si on m’avait dit que je prendrais la tête de course quatre jours plus tard, je ne l’aurais pas cru. C’est un lit d’avance bien mince : Thomas est à 18 milles, Yannick à 25, il y a peu d’écart, mais je suis content d’être de nouveau dans le match. C’est super qu’il y ait eu une opportunité. L’état des bateaux va jouer. Je me doute que tout le monde n’est pas à 100%, personne ne l’est, mais qui a quoi ? Je sais ce que j’ai : je suis handicapé par mon foil bâbord. On verra les performances quand le vent sera établi, ce n’est pas la peine de faire des conclusions dès maintenant. On verra si les jeux de voile sont touchés. Je touche du bois, je n’ai pas de problèmes de voiles. Pourvu que ça dure ! »

Ce qui a joué, c’est aussi le décalage ouest-est entre les deux skippers. Contraint par les deux cellules anticycloniques qui se dressaient alors sur sa route, l’une le long des côtes, l’autre plus à l’Est, Yannick Bestaven n’a pas vraiment eu d’autre choix que de tenter de se faufiler au près dans un couloir de vents de Nord d’une douzaine de nœuds. Et les 13 virements de bord effectués en un peu plus de 36 heures ne lui ont pas permis d’échapper à la sanction.

130 milles plus à l’Est, Charlie Dalin et Thomas Ruyant (LinkedOut), mais aussi le groupe oriental emmené par Damien Seguin (Groupe APICIL) et Louis Burton (Bureau Vallée 2), a gommé tout ou grande partie du retard sur le bateau rouge, bénéficiant de l’extinction de la cellule anticyclonique qui a bloqué le leader et de la naissance d’une dépression dans le Sud. Tractés, ou poussés, chasseurs ont fondu sur leur proie.

Au classement de 5 heures, ce mardi matin, à la latitude de Caraguatatuba, cité balnéaire de l’état de Sao Paulo, Charlie Dalin menait la danse devant Thomas Ruyant (+18,3 milles), Yannick Bestaven (+25,8 nm), Damien Seguin (+40,9 nm), et Louis Burton (+56,7 nm). 50 milles encore derrière, Boris Herrmann (SeaExplorer – Yacht Club de Monaco) revient également fort : il est le plus rapide de ces 24 dernières heures, à 18 nœuds de moyenne.

Du mouvement, il pourrait y en avoir encore, à l’avant de la flotte. « Rien n’est joué, confirme le nouveau leader. Le vent n’est pas établi dans la zone où je navigue, et il se passera encore des choses tant que les vents ne seront pas établis. Ce soir, vers minuit, les choses seront plus claires, et on saura, au classement de 5 heures demain, qui a le mieux travaillé ».

Le 2e wagon dans le dur

Le moins bien servi du moment, c’est sans doute Maxime Sorel. Le skipper de V and B – Mayenne, qui revenait fort depuis le passage du cap Horn, n’a pas pu échapper à une bulle anticyclonique, et il n’est pas parvenu à se rapprocher du tableau arrière de Jean le Cam, 9e. L’écart entre les deux est de 180 milles environ, le roi Jean comptant « seulement » 200 milles de retard sur la tête de la course.

Secoué, balloté, catapulté. Progressant au près, dans l’arrière d’une dépression venue du nord et face à un courant qui casse la vague, Armel Tripon (L’Occitane en Provence) et Clarisse Crémer (Banque Populaire X) plantent des choux depuis des heures, et pour quelques heures encore. À moins de 11 nœuds de moyenne, le Nantais dit vivre « Le plus mauvais moment de mon Vendée Globe. C’est l’enfer sur mer ! ça tape fort, ça m’arrache les tripes et ce n’est vraiment pas drôle. Il y a 28-29 nœuds, avec des claques à 35 – 37, même –, et le bateau monte, et tape, et tout tremble ». Les conditions vont évoluer dans une douzaine d’heures, quand la dépression aura glissé dans leur sud. Ce sera alors l’heure de la transition qui mène… au front froid semi-permanent qui a redistribué les cartes, en tête de course. Il faudra aux deux skippers choisir avec justesse le point de virement pour négocier au mieux la jonction du flux de Sud-Est et le vent qui vient de Nord-Ouest qui vient en prélude de la zone de calmes.

Plus bas, en 13e position, Romain Attanasio commence déjà à vivre un moment pas très marrant : pris dans la dépression dont sort tout juste le tandem Tripon-Crémer, le skipper de Pure – Best Western va se faire secouer toute la journée par des vents à plus de 30 nœuds, de nord d’abord dans la dépression principale, de sud-ouest ensuite dans la dépression secondaire. Le compagnon de Sam Davies va devoir serrer les dents jusqu’à demain matin.

Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle), Alan Roura (La Fabrique) et Jérémie Beyou (Charal) naviguent toujours de conserve dans le sud de l’île des États. Les trois ont trouvé le temps long, coincé par une molle après le cap Horn, franchi hier. « On s’est appelé, avec Jérémie, raconte le jeune Suisse, double cap-hornier à seulement 27 ans. On s’est rendu compte qu’on n’a vécu que sur deux modes : soit le mode 5 nœuds de vent, soit le mode 30 nœuds. A la sortie du Horn, tu es content d’avoir un temps pour respirer mais, finalement, c’est bon, on préfère avoir trente nœuds ! »

Pip Hare, 18e au cap Horn

Le « caillou », Pip Hare (Medallia) l’a passé cette nuit, aux alentours de 3 heures du matin, et elle l’a vu de près ! Aussitôt, la prodigieuse Britannique a mis un coup de sud puis un coup de nord dans sa route. A 2,5 milles des côtes encore ce matin, Pip ne devait pas voir grand-chose. Outre le fait qu’il y fait nuit, la visibilité est d’à peine plus d’un demi-mille. Lugubre et puissant à la fois. Le prochain à passer le troisième cap sera Stéphane le Diraison (Time for Oceans), en 18e position ou Didac Costa (One Planet One Ocean), 19e. Les deux sont à environ 300 milles, mais ce pourrait ne pas être pour aujourd’hui : une bulle anticyclonique vient contrarier leur progression dans l’après-midi avant de laisser place à du vent arrière d’une quinzaine de nœuds. Décidément, rien n’est vraiment gratuit, dans cette 9e édition.