Vendée Globe. Bestaven : “On dirait qu’on fait tout pour que l’on n’arrive pas vite aux Sables d’Olonne ! “

Yannick Bestaven a le sourire. On le comprend. Toujours leader du Vendée Globe. Il creuse l’écart sur ses concurrents directs même s’il s’attend à être rattraper.

“C’est top d’avoir pu passer l’anticyclone, j’ai pu engranger des milles et faire de la vitesse ensuite, c’est plutôt agréable. Je suis satisfait de ça, mais quand je regarde ce qui va se passer devant… L’élastique va se raccourcir et derrière, ils vont revenir. J’espère qu’il y aura suffisamment de vent pour ne pas m’arrêter. Je n’ai plus que quelques dizaines de milles d’avance. Il ne faudra pas stresser, il faudra garder la tête froide parce que je vais reperdre beaucoup.

Je ne sais pas qui a fait la météo sur ce Vendée Globe, mais il faut changer de météorologue, je vous le dis ! On dirait qu’on fait tout pour que l’on n’arrive pas vite aux Sables d’Olonne ! La situation est très compliquée, il y a pas mal d’arrêts, il a des minimums dépressionnaires qui vont aspirer tout le vent… Faire une stratégie est compliqué, au gré des cartes ce n’est pas la même chose. Je crois que personne ne sait vraiment comment ça va se passer, mais il va falloir être dessus. Je vais vite mais je me repose aussi beaucoup pour avoir les yeux grands ouverts pendant les 24/48h difficiles qui arrivent et être en mesure d’exploiter les vannes de vent. Il faudra faire une route approchante à petite vitesse dans le nord pour récupérer de nouveaux vents. Ce sera un peu “ambiance Figaro”, et je sais que j’ai des experts derrière moi. Ce ne sera pas de tout repos ! On va essayer d’avancer vers le but.

Actuellement j’ai une quinzaine de nœuds de vent, la mer tape un petit peu mais ça va et c’est redevenu gris. Cette nuit j’ai eu jusqu’à 25 nœuds au reaching. C’est moins stressant que les mers du Sud.

Manger des algues ? Non merci !

Je ne suis pas soucieux pour la nourriture, j’avais pris bien plus qu’il n’en faut. Tu sais quand tu pars, tu ne sais jamais quand tu arrives sur un Vendée Globe ! Mon ami Yves Parlier, après son dématage et son rematage, avait mis beaucoup plus de jours que prévu. Je ne suis pas très fan des algues et des poissons volants alors j’avais pris large !

Premier bilan

J’ai plein de bons et de moins bons moments en tête, c’est une tranche de vie le Vendée Globe ! Il y a eu le bord de Sainte-Hélène que l’on fait bord à bord avec Boris Herrmann qui me filme avec son drone, on pouvait prendre l’apéro ensemble, on était côte à côte ! Il y a eu l’épisode Kevin qui m’a fait flipper et qui a été très compliqué à gérer mentalement. Et puis les mers du Sud, ces images splendides avec des albatros, des aurores australes, des dépressions aussi. Je n’avais jamais pris des dépressions aussi fortes avec des mers aussi grosses. Ce sont des moments que je n’oublierai jamais, d’autant que c’était des premières fois, ça ne s’oublie pas les premières fois. Quoi qu’il se passe maintenant, j’ai réussi mon Vendée Globe, au niveau du voyage à proprement parlé et des images qui vont me rester.

Il fait 22 degrés dans le bateau, ça donne l’impression de fin de printemps et d’été qui arrive, on traverse beaucoup de saisons.

Pour l’instant je n’ai vu qu’un seul AIS, je n’ai rien vu d’autre. J’ai croisé une baleine, pas cette nuit mais la nuit d’avant. Elle est venue souffler juste à côté de moi. J’étais à l’avant en train de changer de voile, d’affaler le spi et là j’ai entendu un souffle, un gros jet d’eau à deux mètres de moi à l’étrave. J’ai tellement eu peur je suis allé me cacher derrière le mât. J’étais mort de rire. Il y avait un peu de lune, la baleine m’a accompagné pendant 20 minutes, c’était magique.