Vendée Globe. Bestaven “C’est une nouvelle course qui commence”

Yannick Bestaven s'entrainant à bord de Maitre Coq, pour le Vendee Globe. (Photo Jean-Marie LIOT / Maître Coq)

Yannick Bestaven a déjà basculé en mode transat après une bonne nuit de repos. Il se dit prêt à tenir le rythme face à Apivia à qui il a repris 40 milles en dormant. Thomas Ruyant a tenté lui une option est le long des côtes argentines.

Il n’a pas fallu beaucoup de temps au leader pour se remettre dans son émotion du passage du Cap Horn. Yannick Bestaven reste serein, alors que Charlie Dalin sait qu’il doit tout donner pour tenter de revenir sur Maitre CoQ.

Joints à la vacation de 5h, les deux compères avaient de bonnes voix. Des intonations fraîches et claires qui en disent long sur la manière dont ils ont récupéré de leur passage du Horn musclé. « J’ai dormi comme jamais hier. Et en dormant, j’ai grappillé 40 milles sur Charlie. Ça me réussit de faire la sieste ! Le vent n’a pas bougé d’un iota, le bateau cavalait tout seul. » confiait Yannick Bestaven en tête, avec plus de 235 milles d’avance sur son poursuivant. Le skipper de Maître CoQ IV semble optimiste quant à son passage dans l’anticyclone étalé dans le nord des îles Falklands : « A priori, je devrais passer. Il va me ralentir comme tout le monde, mais premier sorti, premier servi. J’ai mis du charbon hier, il ne faut pas perdre de temps maintenant. »
S’il passe, l’écart risque d’augmenter encore avec Apivia.

Yannick Bestaven

Yannick Bestaven : “Je suis en pleine forme, les conditions météo sont agréables. Hier, c’était une belle journée sous le soleil au reaching avec une belle vitesse. Le vent a molli maintenant, car j’arrive dans l’anticyclone, la mer est calme, il y a une belle lune, un ciel plein d’étoiles, c’est le bonheur. Comme tout anticyclone, c’est dur d’avoir des modèles précis. Mais si on est optimiste, je devrais passer, c’est sûr qu’il va me ralentir, mais il va ralentir tout le monde. Premier sorti, premier servi ! C’est pour ça aussi qu’hier, j’ai mis du charbon pour aller à 100% des polaires du bateau. Il ne faut pas perdre de temps maintenant. Ça s’est réchauffé, la température de l’eau est passée à 12 degrés, et là, il fait 14-15 degrés dans la cabine, c’est carrément mieux ! J’enlève les couches petit à petit parce que je suis frileux…

J’étais cramé au cap Horn, je me suis bien fait secoué. Hier, j’ai oublié de mettre le réveil, je me suis allongé il faisait jour et je me suis réveillé c’était le lever du jour ! J’ai beaucoup dormi, ce qu’on ne fait jamais en course, mais j’ai eu de la chance, le vent n’a pas bougé d’un iota, le bateau était calé à la même vitesse. Toute la nuit, j’ai avancé en dormant, j’ai même repris 40 milles à Charlie ! Ça prouve que j’avais besoin de me reposer. Cet anticyclone tombe bien, ça permet de faire le tour du bateau, de se ressourcer avant d’attaquer la suite qui va être complexe. Il va falloir trouver la bonne route donc autant être en pleine forme. C’est une nouvelle course qui commence sur un terrain qu’on connait un peu mieux à partir d’Itajai, dans des vents plus modérés. On va pouvoir tirer sur les machines, voir le potentiel de chacun, ça va être assez marrant de voir les différences de vitesse. Je suis content car sur bâbord, j’ai montré que je pouvais tenir la cadence. J’avais peur de ça, mais je suis content !”

Charlie espère une solution pour le passage de l’anticyclone

La stratégie bat son plein en tête de flotte sur une mer calme et des vents mollissants. Des conditions bénéfiques pour les corps fatigués, mais oh combien complexes à appréhender ! Charlie Dalin requinqué travaille dur sur son positionnement mais avoue ne pas avoir LA solution. « On se retrouve dans une zone où la stratégie et le placement sont importants, sauf que les prévisions changent énormément. La situation est très complexe et les fichiers ne sont pas ultra performants.” expliquait le skipper d’Apivia. Thomas Ruyant, lui, en bon Dunkerquois, fait le pari du Nord. Un contournement de l’anticyclone par l’ouest donc, qui devrait le faire naviguer au près dans un peu plus de vent. Dans 48h, on comptera les points !

“C’est une belle nuit de navigation avec la mer qui s’est assagie. On a un ciel étoilé avec la lune, c’est une très belle nuit ! J’étais encore sur la fin du dévent des Malouines, mais là je viens de retrouver du vent, je fais des pointes à 24 nœuds. La petite période avec un peu moins de vent m’a permis de bien récupérer, de faire de belles siestes. C’est cool, je suis en forme ! L’anticyclone, c’est compliqué. J’ai retourné le problème dans tous les sens et je pense qu’il va me passer dessus à un moment donné. Ce n’est pas évident. Je fais des simulations de route pour trouver une solution. J’espère avoir en avoir une, on verra dans 24-48h. C’est un anticyclone qui se déplace, ce n’est pas comme un anticyclone de l’hémisphère nord. Il bouge et la stratégie n’est pas évidente. Je vais faire au mieux, en tous cas je suis motivé, remonté, prêt à me battre sur cette remontée de l’Atlantique. Il reste 6 500 milles, je vais tout donner jusqu’à l’arrivée.”

Un anticyclone mouvant “L’intérêt de la trajectoire de Thomas, c’est qu’il ne devrait pas être gêné par l’anticyclone, en revanche il aura beaucoup de près. Le truc, c’est que les trajectoires sont dictées par nos positions à l’instant T. Une option peut marcher pour l’un et ne peut pas exister pour l’autre. Les systèmes sont mouvants. Les options s’ouvrent et se referment différemment pour les uns et les autres. On se retrouve dans une zone où la stratégie et le placement sont importants, sauf que les prévisions changent énormément. La situation est très complexe et les fichiers ne sont pas ultra performants.”

Il fait 8 degrés dehors, 10 dans le bateau, ce sont les dernières nuits où il fait frais. Ça va commencer à se réchauffer rapidement. Hier, j’ai eu jusqu’à 14 degrés dans le bateau. Les tenues vont s’alléger au fur et à mesure. C’est agréable après avoir vécu 40 jours au sud des 40e.

Le grand Sud : un monde d’eau à l’infini

“Le grand Sud, c’est un endroit particulier. C’est hostile, il y a toujours de la mer, du vent, plus de vent que ce qu’on pense. Le vent est lourd, puissant parce qu’il est froid. C’était une super expérience : le décalage horaire permanent, les dépressions qui s’enchaînent, c’est un mixte de sentiments d’être au milieu de nulle part, loin de toute civilisation. J’ai parlé à un bateau de pêche au début de l’indien, c’est le seul que j’ai croisé de tout le Sud.

Pendant 30 jours, je n’ai vu aucun signe de vie humaine. On oublie la vie d’avant, comme on oublie la vie avant la pandémie. Moi, j’ai oublié la vie avant les mers du Sud. Les autres bateaux n’existaient plus, les terres n’existaient plus. Tu es dans un monde d’eau à l’infini. C’est unique au monde de se retrouver dans un endroit où les personnes les plus proches sont les astronautes. Le contraste est fort avec ces derniers jours où j’ai eu le gardien de phare du Horn, j’ai vu un avion de la British Navy qui m’a survolé, et là, le trafic maritime réapparaît. Cela fait penser au film Waterworld.

J’ai l’impression de revenir d’un monde d’eau où les terres sont des fantasmes. Je reviens d’une autre planète. J’ai vécu des choses que j’aurais vécu nulle part ailleurs, forcément ça aura une influence sur moi.”