Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne. Regroupement en vue, Isabelle Joschke continue

Ce dimanche matin, le trio Dalin, Beyou et Ruyant mènent toujours la flotte mais Kevin Escoffier et Samantha Davies ne sont pas loin. Les skippers sont sur le pont, aux changements de voiles et aux réglages. Si le passage du front a permis de bombarder à plus de 25 nœuds hier après-midi, depuis plusieurs heures, il faut négocier avec l’instabilité du vent en force et en direction. Une petite bulle a considérablement ralenti les ardeurs des foilers en pointe étalés en rang d’oignons sur 80 milles, d’Apivia le plus au sud à Seaexplorer – Yacht Club de Monaco le plus au nord. L’Allemand Boris Herrmann qui a connu hier une avarie de chariot de têtière de grand-voile continue à bien avancer sous voilure réduite. Les premiers sont attendus au dernier point de passage lundi dans la matinée, ce sera un poil plus tard qu’annoncé hier… Peu importe le timing, le moment sera crucial : le vent est annoncé aux abonnés absents, il y aura probablement un regroupement et un énième changement de leader (34 changements en tête de course depuis le départ !) avant de s’élancer sur la dernière ligne droite pleine balle au portant vers la ligne d’arrivée.

Les quatre mousquetaires de l’arrière sur leurs anciens IMOCA à dérive poursuivent leur descente plein sud avec le même écart sur la tête de flotte : près de 250 milles ce matin entre Clément Giraud (Vers un monde sans sida) et Charlie Dalin (Apivia). Force est de constater que la route parcourue à ce jour par les quatre derniers IMOCA est plus courte que pour les premiers : 1 900 milles pour le plan Farr de 2006 (Clément Giraud) contre 2 400 pour le Verdier de 2019, LinkedOut. Pour le moment, la météo leur permet de couper le fromage, cela ne devrait pas durer !

La skipper de l’IMOCA MACSF a été victime d’une avarie sérieuse. La bôme de son monocoque s’est brisée en deux alors qu’Isabelle Joschke, placée aux avant-postes depuis une semaine, faisait route vers la 2e marque du parcours. Malgré ce coup du sort, la navigatrice franco-allemande n’a pas abandonné. Elle veut rallier l’arrivée pour décrocher sa qualification pour le Vendée Globe.  « Elle est très déçue, c’est compréhensible. Aussi bien tactiquement que techniquement, elle naviguait très bien depuis une semaine. Il ne faut pas oublier ce début de transat et tout ce qu’elle a réalisé. En dépit de la fatigue de ces sept premiers jours de course et de cette avarie, elle garde le moral. Elle est combative. Comme d’habitude j’ai envie de dire », raconte Alain Gautier, son team manager.

La casse de la bôme, une pièce de 8,50 m de long et de 60 kg qui permet de tenir la grand-voile, est une avarie majeure sur un monocoque.
« La bôme s’est rompue au milieu. Il y a surtout la grand-voile qui est prise dessus. Sans grand-voile, c’est forcément pénalisant en termes de performance. L’équilibre du bateau s’en trouve aussi changé. Le bateau est moins stable mais il peut continuer à avancer. Il faut trouver des subterfuges. C’est ce qu’Isabelle tentait de faire en fin de journée. C’est elle qui nous appelle, elle nous donne des infos et bien évidemment on lui apporte des réponses », détaille Alain Gautier.
Quand l’avarie a eu lieu, les conditions météo n’étaient pourtant pas extrêmes : 20 à 22 nœuds de vent et une mer pas trop forte. « Pour l’instant on n’arrive pas à comprendre ce qui a pu se passer. Il n’y a pas eu de signe avant-coureur », révèle le responsable du team MACSF.
Suite à cette casse, d’autres petits dégâts sont survenus sur le bateau. Le pont notamment a été abîmé mais heureusement il n’est pas percé. La décision de rester en course comporte une part de risque car cela pourrait encore endommager le monocoque. Isabelle Joschke et son équipe en ont conscience.
Désormais, la navigatrice fait route vers le deuxième waypoint, la marque Gallimard, avec l’espoir de terminer la course. Pour l’instant, elle progresse uniquement avec sa voile d’avant.
« Elle utilise le J3 et fait tout pour essayer de renvoyer la grand-voile avec les moyens du bord. Les conditions qu’elle rencontre sont très variables, ça a bien molli, ça va reprendre un peu. Mais il n’y a pas de risque de vent fort sur sa route.Dans son malheur, elle peut avoir un peu de réussite j’espère avec des vents plutôt portants. Notamment sur le dernier bord entre la bouée et l’arrivée, avec possiblement des vents de travers, ce qui peut permettre d’avancer correctement sans trop de risques », confie Alain Gautier.
Après cette casse, l’espoir d’Isabelle Joschke et de son équipe est toujours de finir la course pour valider son billet pour le Vendée Globe mais pas à n’importe quel prix.
« Tout ce qu’elle a fait et vécu depuis une semaine, pousser son bateau à fond avec les copains bord à bord, c’est énormément d’expérience engrangée. On est super heureux de son début de transat. On a confiance en elle mais Isabelle doit d’abord faire attention à elle. », conclut Alain Gautier.