Le podium de cette New York – Vendée (Les Sables d’Olonne) est arrivé hier en l’espace de quatre petites heures. Après le sacre de Jérémie Beyou (Maître CoQ) en début d’après-midi, Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) et Alex Thomson (Hugo Boss) sont à leur tour venus s’amarrer au ponton du Vendée Globe. Paul Meilhat (SMA), 4e et premier non-foiler de la course, les a rejoints ce matin. Les quatre prochains concurrents sont attendus demain aux Sables d’Olonne. En attendant, les solitaires à terre tirent leurs premiers bilans…

Ces quatre marins ont d’excellentes raisons d’être satisfaits de leur course, mais pour des motifs souvent différents.
Jérémie Beyou (Maître CoQ) savoure bien légitimement une victoire qui récompense bien évidemment son talent, mais aussi son pari technique osé d’avoir équipé son IMOCA60 de 2010 de foils dernier cri.

Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) appréciait en connaisseur du circuit IMOCA Ocean Masters le plaisir de boucler une course, qui plus est en 2e position, avec la satisfaction de s’être tenu au rythme de coureur de fond qu’il s’était fixé au départ (soit à près de 15 nœuds de moyenne malgré tout pour ce top 4).
Alex Thomson (Hugo Boss), 3e alors qu’il a mené la première partie de course grâce à une impressionnante maîtrise de son fougueux foiler, était radieux car, ce qu’il retient lui de cette transat, c’est la confirmation du gros potentiel de son bateau.

Un engin qui, il l’avoue, lui fait peur, mais qui est suffisamment rapide pour lui permettre de mieux négocier les systèmes météo des mers du sud…

Paul Meilhat (SMA), sur le circuit IMOCA Ocean Masters depuis un an, est bien légitimement toujours dans la découverte de son bateau et du rythme de ces épreuves océaniques : « Je commence à être plus à l’aise. Ce qui est révélateur, c’est que je commence à prendre du plaisir. J’ai l’impression d’être arrivé dans une phase vraiment positive, avec l’envie d’aller travailler encore pour progresser d’ici le départ du Vendée Globe. »

Un podium 100% foiler
Cette New York – Vendée (Les Sables d’Olonne), warm up du Vendée Globe, c’est aussi la troisième victoire d’un foiler en trois courses et le tout premier podium 100% foiler de la classe IMOCA60.
Les avaries du premier jour, qui ont créé deux pelotons de favoris, décalés d’au moins 24 heures, ont privé de leur droit à la parole deux non-foilers en mesure, sur le papier, de défendre les performances de leur « catégorie », le Quéguiner – Leucémie Espoir de Yann Eliès et le PRB de Vincent Riou.
Cependant, Paul Meilhat a su mener son SMA en 4e position, sur une course volontairement prudente (avec une vitesse moyenne même légèrement supérieure à celle d’Hugo Boss). On connaît enfin le potentiel performance du duo formé par Vincent Riou et son PRB.
Et, dans la course dans la course qui s’est jouée entre Yann Eliès et Morgan Lagravière (Safran), les différences de vitesses n’ont pas été flagrantes.

Foiler avec modération
En effet, il semble qu’un des grands enseignements de cette transat ouest-est, soit que les solitaires, dans des conditions météo qu’ils retrouveront l’hiver prochain dans les mers du sud, n’utiliseront leurs foils qu’avec modération. Cet appendice sustentateur est un « plus », une option, un exhausteur de vitesse dont il ne faut pas abuser sous peine de nuire à leur santé nerveuse, et qu’il se révèle nécessaire – et terriblement efficace – qu’à certaines allures.
Reste à trouver la bonne posologie…

Dernières heures en mer
A 130 milles du but, dans une petite brise estivale, Vincent Riou (PRB) est le prochain concurrent attendu aux Sables d’Olonne. Comme Paul Meilhat, le Finistérien a opté pour un final côtier, à la recherche sans doute de brises thermiques cet après-midi, avant l’arrivée d’un petit flux de nord la nuit prochaine.
Dans son sillage, Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur), Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) et Fabrice Amedeo (Newrest – Matmut) tentent une approche plus directe, mais peut-être moins ventée.
Demain soir, le nombre d’IMOCA60 amarrés au ponton du Vendée Globe aura doublé…

« Il faut s’adapter en permanence »
Loin d’être une transat de santé, cette New York – Vendée (Les Sables d’Olonne), est un véritable match dans le match pour Morgan Lagravière (Safran) toujours à la bagarre avec Yann Eliès (Quéguiner – Leucémie Espoir) et Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac). Le Vendéen en profite pour apprendre, toujours et encore : « C’est super stimulant de naviguer avec deux supers compétiteurs autour de moi, ça fait une vraie course dans la course. Il y a encore beaucoup de milles à négocier et une météo pas très simple. J’apprends à chaque instant, je progresse et il y a encore énormément à apprendre ! En Figaro Bénéteau, comme c’est un monotype, on fait relativement vite le tour de tous les réglages possibles ; là c’est vraiment une autre dimension. Il faut s’adapter en permanence. »

C’est tous les jours comme un matin de Noël !
A 14 – 15 nœuds cet après-midi, Conrad Colman (100% Natural Energy) et Pieter Heerema (No Way Back) sont de loin les plus rapides de la flotte en ce jeudi. Ils viennent de toucher un flux de secteur sud d’une vingtaine de nœuds qui devrait se renforcer à près de 30 nœuds dans les heures à venir : de quoi allonger la foulée pour être à l’heure à la remise des prix dimanche.
« C’était vraiment utile de faire cette transat, même sous la pression d’un timing très serré, ça valait vraiment le coup ! Etre en mer, pour moi, c’est tous les jours comme un matin de Noël ! »

ETA
Vincent Riou (PRB) : vendredi entre 4 et 10h
Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur), Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) : vendredi entre 12 et 17h
Fabrice Amedeo (Newrest – Matmut) : vendredi entre 17 et 22h
Morgan Lagravière (Safran) : entre samedi 22h et dimanche 2h
Yann Eliès (Quéguiner – Leucémie Espoir) et Jean-Pierre Dick (StMichel – Virbac) : dimanche entre 12 et 14h
Conrad Colman (100% Natural Energy) et Pieter Heerema (No Way Back) : dimanche en fin d’après-midi

Ils ont dit :

Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) à son arrivée hier : « C’est super positif ! »
« Terminer 2e, aux Sables d’Olonne, avec un bateau en bon état, ce n’était pas gagné au départ vu le plateau qu’il y avait sur cette course ! La fin de parcours, le match à trois, était génial ! A mon avis, le rythme d’Alex Thomson, 25 nœuds de moyenne sur un bateau à foils, ce n’est pas à faire. Alex avait besoin de tester le potentiel de son bateau par rapport aux autres. Il peut être rassuré, il a fait un super boulot ! Moi, j’ai choisi d’adopter un rythme proche de celui que nous aurons à prendre sur le Vendée Globe. L’objectif est de durer et de finir. Il y a des solutions pour améliorer un peu le confort des bateaux, je crois aussi que l’homme s’habitue à tout. Au début, je trouvais ça dur, et plus ça va, plus j’en fais mon affaire. Et puis ça ne durera pas trois mois comme ça. Techniquement, le gros est validé, les foils aussi, l’objectif est maintenant de le préparer pour le tour du monde, pour qu’il tienne trois mois ».

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Ce bateau me faire peur »
« Les foils sont fantastiques ! ça change vraiment tout ! Sur mer plate, on gagne 5 nœuds c’est énorme. Si la mer formée, le gain sera de 2 à 3 nœuds par rapport aux anciens foils. Ce sont de sensations incroyables : c’est le futur, ça ne fait aucun doute.
Au près, je pense que mon ancien bateau était un peu plus rapide. Mais au reaching et au portant ce bateau est beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus rapide.
A bord je suis obligé de marcher à quatre pattes comme un bébé, ce n’est pas confortable du tout. Une seconde d’inattention et le bateau tombe dans une vague, il s’arrête brutalement et vous vous retrouvez projeté vers l’avant. C’est réellement très inconfortable, aller « aux toilettes » est pratiquement impossible, dormir est extrêmement difficile. Tout est dur. Il va falloir du temps pour s’habituer à ce bateau. Sur l’ancien bateau, j’étais tout le temps à l’aise. Celui-ci, je vous assure qu’il me fait peur ! »

Paul Meilhat (SMA) : « Je commence à prendre du plaisir »
« C’est plein d’expérience accumulée : le bateau est en super état, moi aussi. On a fait deux transats en à peine plus d’un mois, ce n’est que du bonheur !
J’ai l’impression d’avoir bien fait les choses. On est tous différents en course au large, il n’y a pas de recette. Chacun a sa façon d’aborder les choses.
Il y a des moments durs, mais ça ne sert à rien de faire ça si on ne prend pas du plaisir. C’est déjà tellement dur de monter et mener de tels projets…
Je suis heureux sur l’eau. Bien sûr, on rêve parfois d’un lit chaud et sec, de manger un peu mieux, de ne pas dormir dans une boite de nuit… On s’énerve parce qu’on est fatigué, qu’on n’arrive pas à dormir : c’est stressant, mais ça passe. On met quelques jours à retrouver sa sérénité. Et c’est ça qui change par rapport au Figaro où on est tout le temps à fond. Là, il faut arriver à retomber en pression. Il faut que chacun trouve son rythme, c’est très important de savoir se remotiver… et prendre du plaisir ! »

Classement de la Transat New York-Vendée (Les Sables d’Olonne) du 9 juin à 17h30
1/Jérémie Beyou (Maître CoQ)
Arrivé le 8 juin à 14h 37min 52s en 9j 16h 57min 52s (Vitesse moyenne 14,85nds)
2/Sébastien Josse (Edmond de Rothschild)
Arrivé le 8 juin à 17h 6min 49s en 9j 19h 26min 49s à 2h 28min 57s du premier (Vitesse moyenne 14,7nds)
3/Alex Thomson (Hugo Boss)
Arrivé le 8 juin à 18h 43min 33s en 9j 21h 03min 31s à 4h 5min 41s du premier (Vitesse moyenne 14,57nds)
4/Paul Meilhat (SMA)
Arrivé le 9 juin à 9h 59min 27s en 10j 12h 19min 27s à 19h 21min 35s du premier (Vitesse moyenne 14,59 nds)
5/ Vincent Riou (PRB) à 112.4 nm de l’arrivée
6/ Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) à 130.3 nm
7/ Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) à 163.6 nm
8/ Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) à 203.5 nm
9/ Morgan Lagravière (Safran) à 694.3 nm
10/ Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir)