Groupama 3
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Cent milles d’avance après le passage du cap Horn, 190 milles de retard en face de l’Uruguay quand Franck Cammas et ses hommes commençaient leur louvoyage dans les hautes pressions et enfin 360 milles mardi à 8h00 (heure française)… Pourtant, depuis que Groupama 3 a retrouvé des vents de secteur Est puissants, le compteur s’est inversé au point que le retard s’amoindrit lentement, mais sûrement : 30 milles gagnés en sept heures.

« La nuit a été brutale, avec une mer forte, même si le vent était moins violent que prévu. Trente nœuds de secteur Est à Nord-Est avec de bonnes vagues de quatre mètres… Nous sommes tous angoissés à l’idée de casser du matériel, on est donc très prudent. On a deux ris dans la grand-voile et je crois que sur le pont, ils viennent d’affaler le foc de brise ! A l’intérieur, on a du mal à se tenir. C’est plus éprouvant pour les hommes que pour le bateau qui en a vu d’autres ! » indiquait Fred Le Peutrec à la vacation radio de ce midi.

Une nuit blanche

Ces conditions ont entamé le repos de l’équipage qui n’a pas vraiment pu dormir ces dernières heures, au point que Bruno Jeanjean a passé une nuit blanche… De plus, la chaleur devient un peu suffocante à l’intérieur avec 28° et dehors, c’est la douche tiède. Mais la situation météorologique est en cours de changement, le vent repassant au secteur Nord avant la nuit. Il va donc de nouveau falloir tirer des bords.

« Nous sommes dans un grain et c’est bien orageux ! On va retrouver des vents de Nord bientôt, en arrivant dans une dépression brésilienne : il ne devrait pas y avoir trop de mer car le flux vient juste de s’installer, mais on va se méfier des grains… Nous allons plutôt louvoyer dans ce régime de Nord pour ne pas trop s’écarter de la route directe et sortir le plus vite possible de ce vent contraire. Il n’y a pas trop de brise dans notre Ouest et il est très instable : on va éviter de s’empêtrer dans ces souffles erratiques mais il faudra monter jusqu’au 25° Sud pour trouver des vents plus réguliers. »

La stratégie va donc consister à se maintenir dans un couloir d’une centaine de milles de large pour arriver jusqu’à la latitude Rio de Janeiro où les alizés d’Est vont reprendre leurs droits. A trop se rapprocher des côtes brésiliennes, Groupama 3 tomberait dans un marais barométrique sans beaucoup de brise, tandis que l’option au large remettrait Franck Cammas et ses neuf équipiers dans un flux de Nord-Est peu favorable. La pause tropicale devra donc attendre encore une bonne journée ! Mais ensuite, le trimaran géant pourra de nouveau allonger la foulée et très probablement refaire une partie de son retard sur Orange 2 qui n’avait pas été très véloce lors de sa remontée le long des côtes brésiliennes.

« Physiquement, nous sommes quand même bien entamés : l’environnement nous sollicite en permanence et en ce moment, je n’arrive pas à parler tellement on se fait brasser… On est moins bavard, très concentré sur soi et sur les bruits du bateau qu’on connaît bien maintenant. On ne se détendra que lorsque nous aurons atteint les alizés de Sud-Est ! On est à l’équivalent de la latitude des Canaries, mais si les températures sont déjà plus clémentes, ce sont plutôt des couleurs de Ouessant avec un ciel gris et il pleut ! On va encore patienter un peu avant de se laver mais ça commence à sentir fort… ».

Tableau de marche de Groupama 3 : Nombre de milles parcourus par rapport à la route optimale du Trophée Jules Verne – Jour 37 (09 mars 15h) : 506 milles (retard sur le temps d’Orange 2 = 331 milles)