Troisième dépression: une leçon d’humidité

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Le troisième round arrive sur les skippers qui n’ont pas encore dégolfer. Elle arrive en passant au Nord de l’archipel des Açores pour balayer le golfe de Gascogne la nuit prochaine et surtout vendredi ! Les solitaires de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe encore dans le septentrion du cap Finisterre vont devoir faire une nouvelle fois le dos rond tandis que ceux au Sud auront à gérer une phase de transition délicate vers les alizés.

Cette quatrième journée de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe a (presque) été une pause pour la plupart des solitaires en mer : seulement 20 à 30 nœuds de vent en moyenne et seulement trois à quatre mètres de creux, sauf sur certaines zones. Cette « accalmie » a permis à nombre d’entre eux de faire un check-up rapide de leur monture et pour certains, de décider d’effectuer une escale technique à l’image de Nicolas Troussel (Class40), de Louis Duc (Class40), de Romain Pilliard (ULTIME) ou d’Alain Delhumeau (Rhum Multi)… D’autres ont subi une avarie rédhibitoire tel Fabrice Payen (Rhum Multi) qui a vu le mât de son trimaran Team Vent Debout, s’écrouler suite à la rupture d’une cadène : le skipper avait pourtant remarquablement négocié le gros temps du golfe de Gascogne !

Replis stratégiques

Et hors des problèmes techniques qui ne peuvent être résolus en mer (et les navigateurs n’arrêtent pas de régler moult petits soucis à bord), plusieurs concurrents ont préféré se réfugier avant la troisième dépression qui arrive déjà sur les Açores. Or cette perturbation s’annonce tout de même puissante avec plus de quarante-cinq nœuds devant le cap Finisterre vendredi midi et plus de trente-cinq nœuds au cœur du golfe de Gascogne, avec un flux de secteur Sud-Ouest. Ce qui laisse entendre que l’état de la mer sera encore terrible, avec des houles croisées et des vagues pyramidales, particulièrement près des côtes ibériques et autour des Açores.

Plus vite à l’ouest

Or c’est vers cette zone que se dirigent plusieurs Multi50 dont les leaders Thibaut Vauchel-Camus et Erwan Le Roux : arriveront-ils à passer avant le front générant une bascule franche du Sud-Ouest à l’Ouest avec des grains violents ? Avec Boris Hermann (IMOCA) qui a choisi de repiquer à l’Ouest mercredi, ils seront les plus exposés. Pour autant, ceux qui n’ont pas pu encore s’extirper du golfe de Gascogne seront aussi cueillis par ce flux très musclé : une quinzaine de Class40 et cinq Rhum seront de nouveau face à une mer très dure. C’est aussi la raison pour laquelle les solitaires réfugiés dans les ports bretons patientent encore tel Jérémie Beyou ou Alexia Barrier (IMOCA) : une ouverture météorologique est prévue en fin de week-end et ils devraient être nombreux à reprendre le fil de la course après cette « troisième couche » !

Les alizés se structurent

Pour tous ceux qui ont franchi la ligne virtuelle qui relie les Açores au cap Saint-Vincent, les conditions de navigation seront totalement différentes : déjà la température ambiante a sensiblement grimpée même si le soleil n’est pas toujours au rendez-vous ; ensuite le vent a pris un régime de croisière plus raisonnable autour de 15 à 20 nœuds ; enfin la mer se lisse au fil des milles gagnés dans le Sud. Pour l’instant, seuls les deux trimarans ULTIME de François Gabart et Francis Joyon glissent vraiment dans des alizés (encore poussifs) tandis que les quatre premiers monocoques IMOCA bordurent les hautes pressions au large de Madère.
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Enfin entre le cap Finisterre et Madère, la configuration est intermédiaire et tous ceux qui naviguent dans cette zone savent qu’il faut cette nuit mettre du charbon pour éviter le plus fort du nouveau coup de vent. À l’image de Loïck Peyron, Yann Marilley, Gilles Buekenhout (Rhum Multi) qui glissent vers le Sud le long des côtes espagnoles ou de Romain Pilliard (ULTIME) qui est reparti de La Corogne ce jeudi après-midi. Thierry Bouchard (Multi50) le sait aussi, lui qui a vu ses chariots de grand-voile le lâcher, l’obligeant à faire route sous voilure réduite vers Lisbonne.