@ Christophe Favreau

La deuxième étape de la Transgascogne a permis aux skippers d’affûter à nouveau leur préparation en vie de la mini-transat. A l’arrivée, pas tellement de surprises ni de gros écarts : Ian Lipinski (865 – Griffon.fr) en Proto Solo, Clément Machetel et Jay Thomson (850 – April Marine) en Proto Double, et Chris Lükermann et Nicolas d’Estais (921 – Orafol) en Série Double, déjà vainqueurs de la première manche, ont enfoncé le clou dans leur catégorie respectives, s’imposant avec un sans-faute à l’aller comme au retour, et donc assez largement au général.

La bagarre finale a toutefois été un peu plus ardue chez les Série Solo. Victorieuse en Espagne, Clarisse Cremer (902 – TBS) a cette fois laissé la première place à Erwan Le Draoulec (895 – Emile Henry) mais elle est toutefois parvenue à conserver une avance de 38 minutes au classement, remportant ainsi sa première course sur le circuit des Mini.

Du près, du près et encore du près… cette deuxième étape de la 16e édition de la Transgascogne a été, comme on s’y attendait, extrêmement sollicitante pour les marins qui ont bataillé sec pour faire avancer leur machine au louvoyage sur une mer chaotique. « Physiquement, ce genre de course, ça laisse forcément des traces », a déclaré Arnaud Etchandy (739 Ipar Hego – Série Double) à son arrivée, manifestement marqué par les longues heures passées à « planter des pieux », selon l’expression consacrée. « Deux jours avec le bateau qui tape et qui tape, ça rend un peu dingue », a concédé Nicolas d’Estais, co-skipper de Chris Lükermann sur Orafol, vainqueur en Série Double. Clairement, cette deuxième manche a été éreintante, mais elle a aussi été tactique, avec une multitude de décalages à jouer et autant de virements de bord à placer aux bons moments. A ce petit jeu, Ian Lipinski a, une nouvelle fois excellé. Auteur d’une audacieuse option Est, il s’est d’emblée installé aux commandes de la flotte pour finalement aller chercher une nouvelle victoire à l’arrivée. Sa 15e d’affilée depuis 2015 et sa deuxième sur l’épreuve après celle déjà décrochée il y a deux ans, en Série.

Et de 15 pour Lipinski !« C’est une victoire de plus et ça fait toujours plaisir. J’ai quand même eu un gros doute dans la nuit de dimanche à lundi », a concédé le skipper de Griffon.fr qui s’est donc fait une petite frayeur avant de terminer, comme lors du match aller, avec plus de trois heures d’avance sur ses poursuivants les plus proches, en l’occurrence Kéni Piperol (788 – Région Guadeloupe) et Simon Koster (888 – Eight Cube Mojo). Pour leur part, ces deux-là ont terminé avec un écart d’à peine 7 minutes après avoir emprunté une trajectoire quasiment à l’opposé du leader (90 milles ont, à un moment, séparé Lipinski et Koster en latéral), mais pas tellement moins payante si l’on prend en compte les vitesses des bateaux. Au général, pas de grands bouleversements donc. Bien que battu, le skipper Suisse a conservé son rang de 2e tandis que le marin Antillais, lui, a conforté sa place sur le podium, profitant néanmoins des petits pépins techniques (casse du palan de quille et perte d’un outrigger) rencontrés par Jonathan Chodkiewiez (335 – Tasty Granny).

Un partout, mais 38 minutes d’écart
Reste que comme lors de la première étape, c’est chez les Série que le suspense a été le plus dense. Pour mémoire, entre les Sables d’Olonne et Avilés, Clarisse Cremer (902 – TBS) avait grillé la politesse à Erwan Le Draoulec (895 – Emile Henry) dans la molle des dix derniers milles avant l’arrivée. En quittant Avilés, la jeune femme affichait alors un joli crédit d’une heure et une minute sur son dauphin. Ella a assuré sa place de leader en partant sur une trajectoire quasiment identique à celle de son adversaire, laissant toutefois échapper la victoire au large des Sables d’Olonne au profit d’Erwan, pour 22 minutes. Pas assez donc, pour chambouler l’ordre établi. De son côté, Germain Kerleveo (913 – Astrolabe Expéditions) a, encore une fois, réalisé une très belle fin de course, ce qui lui a permis de passer Tom Dolan (910 – Still seeking a sponsor) et Pierre Chedeville (887 – Blue Orange Games – Fair Retail) dans les dernières longueurs avant l’arrivée. Bref, on l’a compris, il y a eu du jeu. Et du jeu à tous les étages. Car si les écarts se comptent en minutes entre chaque concurrent pointé entre la 3e et la 8e place, ils se comptent carrément en secondes, entre certains compétiteurs situés en milieu de tableau.

Ils ont dit :Ian Lipinski, skipper de Griffon.fr (865), 1er aux Sables d’Olonne et 1er au général en Proto Solo : « Je suis un peu curieux de voir ma trajectoire par rapport à celle de mes concurrents. Au départ, j’avais dit que je resterai avec les autres, mais ils étaient loin du routage, du coup, à un moment, je me suis dit « ok, vas-y fais ton truc ». J’ai quand même eu un gros doute cette nuit. Le vent, au lieu de prendre de la droite et de venir à l’Est comme c’était prévu, a commencé par prendre beaucoup de gauche. Je me suis alors retrouvé sous le vent de la route et là, j’ai vraiment cru que c’était mort. Je me suis dit « tant pis, je recroise derrière et je sauve au moins la première place au général ». Au final, j’arrive premier, c’est cool. C’est une victoire de plus et ça fait toujours plaisir. Le parcours de cette Transgascogne, avec deux étapes, est chouette. Même si c’est assez court, on a quand même la sensation de prendre un petit rythme de large. Ça a été une super préparation – la dernière – avant la Mini Transat ».
Erwan Le Draoulec, skipper d’Emile Henry (895), 1er aux Sables d’Olonne et 2e au général en Série Solo : « Cette deuxième étape est meilleure pour mon moral que la première, car même si j’avais aussi bien marché, j’avais un peu manqué de chance sur la fin. Là, ça s’est mieux passé. Au général, ce n’est pas la victoire, mais c’est comme ça. Il y avait du temps à Avilés alors je savais que ce serait compliqué de revenir. J’ai passé une première nuit en mer pas hyper agréable, toujours un peu malade, comme avant le départ, mais au petit matin, j’ai vu que j’étais pas mal. J’ai regardé mes routages, ma météo et puis je me suis dit que je tentais ce coup-là (dans l’Est). Quand j’ai vu que Clarisse (Cremer) me suivait, j’ai compris que pour le classement, ça n’allait pas pouvoir bouger. Mais bon, c’était très sympa. »
Clarisse Crémer, skipper de TBS (902), 2e aux Sables d’Olonne et 1ere au général en Série Solo : « Pour cette étape, je me suis un peu mis la pression et j’ai un peu fait n’importe quoi. J’ai mis du temps à rentrer dans la course surtout que très vite, j’ai eu des soucis de pilote. Après, je me suis vraiment concentrée sur la météo et je suis passée par là où je suis passée parce que c’est le seul truc qui me paraissait logique. C’était chouette, mais pas aussi sympa que lors de la première étape. J’en ai un peu bavé, j’avoue, même si c’est quand même une victoire à l’arrivée. J’ai du mal à réaliser parce que j’ai vraiment été dans le dur ces trois jours. Heureusement que j’avais une heure d’avance après la première manche… C’est chouette. J’arriverai sans doute à mieux me rendre compte de ce que je viens de faire dans quelques jours. »
Germain Kerleveo, skipper d’Astrolabe Expéditions (913), 3e aux Sables d’Olonne, 3e au général des Série Solo : « Sur les 245 milles du parcours entre Avilés et les Sables, je pense qu’on en a fait au moins 200 avec le vent dans le nez, à tirer des bords. Le près, ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable. Heureusement, ça s’est bien terminé, avec un bord sous gennak à 9-10 nœuds, qui nous a un peu fait oublier le reste. A l’arrivée, je passe devant le Concarnois et ça c’est super. J’arrive encore une fois 3e. Ça met en confiance pour la suite, même si la Mini Transat est un exercice très différent. J’ai encore plein de trucs à améliorer au niveau vitesse et tout ça. Il va aussi falloir que je m’occupe de mon pilote automatique, même si là, ça l’a bien fait ».
Clément Machetel, skipper d’April Marine (850), 1er aux Sables d’Olonne et 1er au général en Proto Double : « On a pris un super départ ce qui nous a permis de prendre un peu d’avance sur Ian (Lipinski), mais ça n’a pas duré longtemps. Le problème, c’est que le bateau est très léger et que quand il y a 15 nœuds de vent, on est obligé de prendre un ris. Moi, j’ai trouvé dure l’étape. On s’est fait bien tremper et ça a beaucoup tapé. Au final, on a eu deux jours de galère pour quatre heures super cool. Cela étant dit, globalement, ça a été une super expérience. Par ailleurs, une chose est sûre : l’année prochaine il va falloir compter avec Jay (Thompson). C’est un sacré marin. Il m’a appris plein de choses. »
Nicolas d’Estais, co-skipper d’Orafol (921), 1er Série Double aux Sables d’Olonne et 1er au général en Série Double : « Cette deuxième étape a été dure : tout au près, sauf les quatre dernières heures ! En fait, la bouée de dégagement, c’était Nouch Sud ! (Rires) ça tapait, tapait, tapait… Le bruit, à l’intérieur, était fou. Chris (Lükermann) a même dû prendre du paracétamol pour faire passer un mal de tête, tellement c’était horrible. On a beaucoup barré mais ça l’a fait. On a fait le choix de partir au Nord mais on a levé un peu le pied pour ne pas laisser le 899 partir trop à l’opposé par rapport à nous et le contrôler un minimum. On n’a pas encore la carto mais ça va être intéressant de voir qui a fait quoi… En tous les cas, on est content d’arriver, ça c’est sûr ! »