Transat Jacques Vabre. Vers une route plein sud ?

SAINT-MALO - SEPTEMBER 23: French skippers Thibault Vauchel-Camus and Fred Duthil are sailing on the Multi 50 Solidaires en Peloton - Arsep, training prior to the Transat Jacques Vabre, on September 23, 2019, off Saint-Malo, France. (Photo by Easyride)

Après un départ assez cléments pour les 59 concurrents de cette Transat Jacques Vabre, la flotte rentre progressivement dans le dur avec les restes de la dépression tropicale Pablo qui vient à sa rencontre. Sa trajectoire nord et l’angle assez inhabituel de son front chaud vont changer brutalement les conditions dans l’après-midi pour les leaders. En attendant la seconde perturbation qui va commander toute la première semaine de course, la porte de l’ouest pourrait bien s’être refermée même si des décalages en longitude restent possibles.

Ce matin, on constate que l’essentiel des binomes suit une route assez classique en privilégiant le rapprochement vers le but vers l’est des Açores. Yoann Richomme à la vacation ce lundi matin expliquait que la route de l’ouest envisagée au départ, contournant tout le grand système dépressionnaire qui s’installe en ce moment sur l’Atlantique, était « sans doute assez risquée et casse bateau ». Elle rallonge aussi le chemin vers le Brésil de quelques 400 milles, près de 10% du parcours ce qui est sacrément risqué. Surtout, la position en latitude des systèmes a un peu évolué depuis le départ. A commencer par la petite perturbation Pedro qui pousse vers le nord et dont le front associé va commander la stratégie dans les prochaines heures. Le grand contournement parait dans ces conditions encore plus risqué et les skippers préfèrent engranger les milles vers Salvador de Bahia.

A l’approche du front, le vent va mollir ce qui devrait rendre la progression assez pénible dans le résidu de houle. La zone de vent faible s’étend au delà de l’axe Ouessant-cap Finisterre ce qui va obliger les skippers à maintenir une route abattue bâbord amures toute la journée. Le piège du golfe de Gascogne semble avoir été très bien identifié par le tandem Vauchel Camus-Duthil en Multi50. Les leaders franchiront le front à la mi-journée à la latitude de la Vendée, ce sera dans l’après-midi et la soirée pour les IMOCA

En arrière du front, le vent va tourner au Sud assez brutalement. L’heure sans doute de gagner dans l’ouest pour quelques heures, en prévision d’une rotation future du vent au sud-ouest. Car la brise va rester calée sur cet angle au moins 72 heures et c’est bien au louvoyage qu’il va faloir gagner mille après mille vers le soleil…

En débarquant dans le jeu dépressionnaire plus tard que les leaders, les Class40 pourraient-ils finalement être les plus aptes à tenter dans l’ouest avec un schéma mieux calé ? Pas sur du tout mais le sens de la trajectoire de Crédit Mutuel et Eärendil qui ont lâché la meute en fin de nuit au large de Jersey pour se recaler en milieu de Manche, interroge. Ian Lipinski et Adrien Hardy (Crédit Mutuel) ont réempanné ce matin pour passer juste à l’ouest du DST d’Ouessant où ils refouleront moins de courant qu’à la pointe de Bretagne. Mais Catherine Pourre et Pietro Luciani (Eärendil) ont continué vers l’ouest. La Cornouaille britannique va les obliger eux aussi à changer d’amure mais réempanneront-ils une fois la côte parée ? Assumer psychologiquement un bord solitaire au 290° quand toute la flotte a tourné les talons vers le sud réclame un sacré culot.

Voila en tous cas un début de course passionnant. Et même si le scenario très tranché annoncé au Havre ne se déroule pas vraiment comme prévu, chaque décalage ouest peut s’avérer intéressant lorsque toute la flotte sera coincée dans l’Est de la grande dépression stationnaire à partir de demain, obligée à louvoyer pour parer les côtes Portugaises.