Thomas Ruyant : « La course sera longue ! »

Thomas Ruyant - Figaro 3 Advens @ Pierre Bourras

En attendant la mise à l’eau de son Imoca pour le Vendée Globe 2020, Thomas Ruyant prendra le départ dimanche à Nantes de sa quatrième Solitaire Urgo Le Figaro à bord d’Advens – Fondation de la Mer.

Te voilà au départ de ta quatrième Solitaire Urgo Le Figaro, une compétition qui ne t’a pas pourtant réellement réussi par le passé, pourquoi ?
Justement parce qu’elle ne m’a encore réussi ! La Solitaire Urgo Le Figaro, est un peu les Jeux Olympiques de la voile. C’est de la compétition au contact et cette année, elle réunit un plateau de dingue avec un nouveau voilier. J’ai besoin de continuer à progresser en Solitaire. Il était important, pendant la construction de mon monocoque de 60 pieds Imoca, de continuer à naviguer. C’est mon métier. De plus, c’est un projet qui est assez facile à monter, à mettre en place. Cela collait bien en parallèle de notre projet Vendée Globe.

D’où te vient cette envie de toucher à toutes les disciplines de la voile et tous les supports ? 
C’est la voile française qui est composée comme ça avec beaucoup de discipline. J’ai débuté avec la Mini-Transat et la suite est venue grâce à des opportunités qui m’ont permises de toucher à tous les supports comme le Class40, le Mini 6.50, l’Imoca avec le dernier Vendée Globe, le Figaro Bénéteau 2 et maintenant le 3. Je pense que c’est une réelle force d’avoir réussi à naviguer sur de multiples voiliers et ça m’a plutôt réussi. J’essaie de cultiver mon éclectisme. Je suis fier de mon parcours et je suis persuadé que cela va me servir dans mes nouveaux défis à bord d’un 60 pieds « dernière génération ». Cela va aider à la performance. Je n’ai pas le gabarit pour les Jeux Olympiques même si maintenant il y aura de la course au large en 2024, alors pourquoi pas !

Le plateau 2019 de la Solitaire Urgo Le Figaro est hallucinant avec le retour de nombreux vainqueurs de la Solitaire Urgo Le Figaro comme Michel Desjoyeaux, Armel Le Cleac’h ou encore Alain Gautier, de grands spécialistes de la course côtière au contact… La victoire paraît inaccessible, n’est-ce pas ?
On ne peut pas prédire ce qui va se passer sur cette Solitaire Urgo Le Figaro mais c’est vrai que la victoire va être difficile. Il y a au moins 20 projets capables de remporter la compétition. C’est du jamais vu. Je n’ai pas 15 participations à la Solitaire du Figaro derrière moi. C’est compliqué de fixer des objectifs. Le mien est de ne pas perdre la main sur l’eau en vue du 60 pieds, en vue de la Transat Jacques Vabre et du Vendée Globe. Ëtre déjà dans le top 20 serait une perf. En même temps, je suis un compétiteur et je ne vais rien lâcher.

N’est ce pas trop difficile mentalement et physiquement pour un seul homme de construire un nouveau monocoque de 60 pieds et de trouver le temps de naviguer et de se concentrer sur une épreuve aussi astreignante que la Solitaire ?
Je suis content quand je me lève le matin. J’ai une chance incroyable d’exercer un métier qui est lié à ma passion. C’est vrai qu’il y a beaucoup de boulot voire du stress depuis un long moment avec le montage d’un projet aussi grand que la construction d’un voilier « dernier cri » pour le Vendée Globe mais je m’appuie sur mon équipe en qui j’ai totalement confiance. Je ne suis pas seul. Mes journées sont passionnantes. C’est assez génial et la saison qui s’annonce va être très forte avec la Solitaire puis l’arrivée de notre grand bateau à Lorient, la Transat Jacques Vabre, ma qualification pour le Vendée Globe…

Peux-tu nous analyser le parcours de cette 50ème édition et nous rappelez le règlement unique de cette compétition ?
De façon globale, nous allons vivre quatre grandes étapes. Il n’y aura pas de petites portions. Tout sera alors possible. C’est une 50ème édition qui va être très longue et il va falloir réussir à bien se reposer à terre. Les Figaro Bénéteau 3 sont très exigeants physiquement. Ils ne pardonnent pas les erreurs de barre et il ne sera pas facile d’aller à la bannette. Cela me convient. Je suis content d’aller jusque l’île de Man et j’ai hâte de naviguer dans le canal Saint-Georges. Cela sera une vraie découverte pour moi. Pour le reste, nous allons retrouver nos terrains de prédilection avec les îles bretonnes, le littoral anglais et irlandais, une véritable partie de plaisir (rires).
En ce qui concerne le règlement, la Solitaire Urgo Le Figaro est conçu un peu comme un tour de France cycliste avec un cumul de nos temps sur les quatre étapes. Tu peux gagner trois étapes et ne pas gagner la Solitaire à cause d’une mauvaise étape. Ce règlement favorise la régularité et incite à rester conservateur contrairement à une transat ou tu peux prendre des options tranchées. D’un autre côté si on ne fait pas un bon résultat dès les premières étapes, il sera possible d’optionner, de tirer dans les coins et cela peut ouvrir le jeu.

Tu embarques sur la Solitaire, Advens et la Fondation de la Mer. Quelle est ton histoire avec le leader de la cybersécurité en France et avec la Fondation de la Mer dont tu es ambassadeur ?
Je suis fier d’être ambassadeur de la Fondation de la Mer. La mer est mon terrain de jeu et notre avenir. Les programmes éducatifs mis en place par la Fondation me tiennent à cœur car ils sont à destination des jeunes. Il me semblait naturel de servir cette cause dans notre société qui est toujours plus polluante alors faisons tous #ungestepourlamer. J’ai rencontré Advens grâce au Soufflle du Nord et avant mon Vendée Globe. J’ai fait notamment des interventions en interne à cette époque. Le courant est très bien passé avec les dirigeants et les salariés. Après mon abandon sur le Vendée Globe, ils m’ont beaucoup aidé. Nous nous sommes assez naturellement retrouvés dans l’idée de continuer ensemble et d’écrire une histoire commune sur la Solitaire Urgo Le Figaro en ne perdant pas de vue l’objectif d’être à nouveau sur le prochain Vendée Globe. Nous avons des valeurs communes.

Pendant que tu seras sur l’eau à couteaux tirés tout le mois de juin, les techniciens du chantier Persico Marine à Bergame apporteront leurs dernières touches dans la construction de ton monocoque de 60 pieds Imoca « dernière génération » dessiné par Guillaume Verdier. Peux-tu nous en parler ?
Le bateau a été démoulé le 24 mai chez Persico. Je l’ai vu il y a 10 jours. Le chantier a fait un excellent travail. Nous ne sommes pas loin de la fin de la construction. A Lorient, nous avons reçu la bôme, le mât, le voile de quille… Le mattelotage est terminé. Bref, tout est en place afin de réceptionner le voilier début juillet en Bretagne pour une mise à l’eau début août. Nous avons quasi toutes les pièces du puzzle.

Enfin, as-tu trouvé des partenaires afin d’être plus serein dans les mois qui viennent notamment pour ta participation à la prochaine Transat Jacques Vabre puis The Transat, New-York Vendée et le Vendée Globe en 2020 ?
Il y a des discussions en cours avec des partenaires. Nous continuons à nous mobiliser afin de trouver un ou des partenaires. Rien n’est fait mais je suis résolument confiant tant nous proposons un projet solide et abouti.

Que peut-on te souhaiter en juin, juillet et août, trois mois qui compteront dans ta carrière ?
Que tout se passe au mieux sur la Solitaire Urgo Le Figaro, que je prenne du plaisir en étant performant, que la phase finale dans la construction et l’assemblage de notre 60 pieds se déroule bien, que l’on trouve un ou des partenaires pour aller au bout de nos rêves. Ce sont des mois extrêmement importants dans ma carrière, complexes, passionnants.