Thierry Chabagny une troisième étape décisive ?

Les Figaros lors de la 2eme etape de la Solitaire URGO Le Figaro 2018 entre Saint Brieuc et Ria de Muros - Saint Brieuc le 03/09/2018. @A. Courcoux

Thierry Chabagny est pour le moment 4e au général à 3 minutes et 32 secondes du troisième, 8 minutes du deuxième et 34 minutes du leader, Sébastien Simon. Mais il y a aussi du beau monde tout près derrière lui (notamment Charlie Dalin à deux minutes), et surtout une configuration d’étape qui semble s’orienter vers du petit temps bien compliqué à gérer et augure d’une belle incertitude. Il va y avoir du jeu !

Thierry, pour une fois on n’annonce pas de conditions musclées sur cette troisième manche entre la Ria de Muros-Noia et Saint-Gilles… Ce serait même plutôt l’inverse, non ?
« Oui, globalement on s’achemine vers une étape courue dans du vent faible. On ne va pas trop se faire secouer sur celle-ci, ça va nous changer ! Je pense qu’au départ nous aurons du vent thermique local qui sera suffisant pour assurer le petit parcours dans cette magnifique baie qui ressemble un peu aux Antilles. Le thermique ici vient du sud/sud-ouest, donc on devrait sortir sous spi et naviguer au portant jusqu’à la hauteur de La Corogne. Le problème, c’est qu’ensuite il y a une zone de transition longue de 50 milles sur notre route et que là, on risque d’avoir une première nuit bien compliquée : le vent risque d’être très faible avant d’accrocher le peu de vent de nord-est qui devrait exister dans le sud de la dorsale anticyclonique… »

Car ensuite, une dorsale s’étend dans tout le golfe de Gascogne et donc ce sera du tout petit temps ?
« Oui, nous resterons dans son sud, elle semble impossible à traverser mais nous devrions pouvoir faire du près au louvoyage en dessous de cette dorsale pour progresser. Ce sera forcément lent, au point que pour le moment le parcours a été très légèrement réduit (une marque à l’île d’Yeu, Les Chiens Perrins, au lieu de celle prévue dans l’estuaire de la Loire, la Sud Guérande, ndr) et que les routages ont bien du mal à se caler et à nous donner une arrivée très lointaine. Pour l’instant ils ne nous voient arriver pas avant jeudi ! Tout ça peut encore bouger, mais pour le moment l’étape s’annonce à la fois très lente et très ouverte… »
Parce qu’au près dans du vent faible et instable tout est possible…
« En théorie, oui, ça sent l’étape un peu aléatoire et la porte ouverte aux options osées… je n’aimerais pas être leader au classement général ! Il y aura probablement des moments avec 10 nœuds de vent et d’autres où ce sera la pétole molle. Les skippers qui sont loin au classement vont être tentés de jouer des coups dans les coins, comme on dit. Et je ne m’interdis pas non plus d’oser des choses, même si évidemment je ne ferai pas n’importe quoi. »
Ton très bon classement au général (4e) est susceptible de changer ta manière de naviguer sur cette avant-dernière manche ?
« Non. J’ai évidemment le classement dans un coin de ma tête, mais je ne vais surtout pas me torturer l’esprit avec ça ! On voit bien que c’est une étape qui s’annonce très ouverte, qu’il y aura probablement du jeu et les modèles météo ont du mal à se caler. D’ailleurs, la prévision évoluera peut-être encore d’ici demain midi… Je suis en forme, le bateau est à 100%, j’ai envie de bien naviguer et on verra bien. Il faudra être bon pour suivre les petites oscillations, les variations du vent, être en phase, si possible après avoir pris un bon départ. Je vais plus m’atteler à faire la meilleure étape possible qu’à surveiller un classement général très aléatoire. »

Pour l’anecdote, cette remontée depuis l’Espagne avec une arrivée à St Gilles rappelle étrangement l’édition 2006. A l’époque vous aviez littéralement tué la course avec Nicolas Troussel, via une option très marquée et très payante dans le golfe de Gascogne…
« Ah c’est sûr que c’est un bon souvenir ! (Thierry avait alors terminé 2e de l’étape et au classement général final de la Solitaire, juste derrière Nicolas Troussel et avec une avance énorme de plusieurs heures sur les autres bateaux). On verra s’il y a des choses à tenter, mais chaque étape est différente. Je ne m’interdis rien. Le plus important à mon avis est de bien s’imprégner des cartes isobariques, des grandes lignes du schéma météo, et d’être capable de mettre à jour ce schéma juste avant le départ et même en mer car tout peut encore évoluer. C’est ce que j’essaie de faire : comprendre et analyser avant d’actualiser ma stratégie au bon moment. »