Ce samedi, à 10h07 (12h07 heure de Paris), Tales II a franchi en vainqueur la ligne d’arrivée de la première étape de la 6e édition des Sables – Horta. Pablo Santurde del Arco et Gonzalo Botin, qui ont bouclé les 1 270 milles de ce premier round en 5 jours et 23 heures de mer, ont parfaitement bien négocié les difficultés du parcours. Un parcours semé d’embûches, avec notamment une dorsale à gérer dans le golfe de Gascogne lors de la première nuit, des conditions musclées au large du cap Finisterre, un long bord de reaching aussi viril qu’humide, et des derniers milles délicats dans l’anticyclone des Açores. Le tandem Espagnol, qui s’est installé aux commandes de la flotte dans la soirée du 5 juillet, est non seulement parvenu à déjouer tous ces pièges, mais aussi à contenir les attaques de la paire Phil Sharp – Corentin Douguet (Imerys) jusqu’à la fin, pour finalement la devancer de 43 minutes et 40 secondes.

Chapeau !
A leurs arrivées, les leaders étaient unanimes : cette première étape qui s’est jouée entre la Vendée et les Açores a été aussi belle que difficile. « Nous avons eu toutes les conditions possibles. Ca a rendu la course intéressante, mais aussi complexe », a résumé Gonzalo Botin à son arrivée au ponton de la marina d’Horta, ce samedi après-midi. De fait, à lui et aux autres, rien ne leur aura été épargné : de la molle dans le golfe de Gascogne, jusqu’à 35 nœuds au large du cap Finisterre, un long bord de reaching avec des surfs endiablés, à la limite de la sortie de piste, et un atterrissage tactique sur l’archipel portugais. « Ça a été une étape très complète », a assuré Pablo Santurde del Arco de son côté. Si lui et son acolyte ont longtemps laissé le leadership au duo Phil Sharp – Corentin Douguet, ils ont à la fois réussi à exploiter au mieux toute la puissance de leur Proto40 au vent de travers et joué fin en termes de placements sur la deuxième moitié du tracé. « Les Espagnols ont super bien navigué mais en plus, ils ont profité de deux ou trois erreurs que nous avons faites, notamment celle que nous avons commise lorsque nous sommes sortis du vent fort de Nord et que nous avons commencé à attaquer la dorsale. A ce moment-là de la course, nous avons laissé le Sud aux Espagnols et ils en ont profité pour nous doubler et faire le break », a concédé le co-skipper d’Imerys qui a ensuite cravaché tant qu’il a pu pour essayer de recoller au score. « Nous sommes bien revenus mais il nous a manqué un peu de temps pour vraiment aller les chercher », a commenté, de son côté, le skipper Britannique qui a pourtant effectué une remontée spectaculaire lors de la dernière nuit sur son concurrent direct, avant de finalement s’incliner pour 43 minutes et 40 secondes. « Lorsque nous l’avons vu apparaître derrière nous au lever du jour, à Graciosa, nous avons un peu serré les fesses, il faut bien l’avouer », a lâché Gonzalo Botin, qui, en s’adjugeant la victoire à l’issue de cette première étape, conjure un peu le sort, qui, en 2011, les avaient contraints, lui et Pablo, à l’abandon dès le premier round. « Cette première place fait du bien dans la tête. Maintenant, 43 minutes, ce n’est pas grand-chose à l’échelle des 1 270 miles qu’il va y avoir à parcourir lors de la deuxième étape. C’est pourquoi nous considérons qu’à ce jour, il y a match-nul entre Imerys et nous », a détaillé le co-skipper de Tales II, bien conscient que le jeu reste très ouvert pour la victoire finale, surtout que si l’écart avec son poursuivant est, effectivement, assez faible, son avance sur les 3e et 4e n’est pas si importante que ça non plus, Stella Nova et Colombre XL affichant respectivement à peine plus de 5 et 6 heures de retard.

Ils ont dit :
Pablo Santurde del Arco, skipper de Tales II, vainqueur de la première étape : « C’est vraiment une chance pour nous de participer à cette course. Cette première étape a été belle mais elle n’a pas toujours été facile. Au cap Finisterre, nous avons eu jusqu’à 35 nœuds de vent. Le bord de reaching que nous avons attaqué dans la foulée a été, lui aussi, très sportif, mais surtout très humide. Ça a été difficile mais nous nous sommes accrochés. Nous avons bien navigué et nous avons réussi à faire la différence avec Imerys. A la fin, nous avons toutefois eu un peu peur qu’il revienne. Il nous a d’ailleurs repris quelques milles hier et cette nuit. Nous avons, je dois l’avouer, été un peu surpris de le découvrir sur nos talons au lever du jour. Ça a été un peu une surprise car entre 22 heures et 6 heures (heure française, ndlr), nous ne recevons pas les positions de nos concurrents. On s’est dit « Oh, oh ! » mais, heureusement, le vent ne nous a pas joué de mauvais tours dans les derniers milles, comme cela peut souvent être le cas à l’arrivée ici, à Horta. Nous sommes super contents de remporter cette première manche mais nous restons humbles car 43 minutes, ce n’est pas grand-chose finalement. Rien n’est encore joué même si, dans la tête, ça fait du bien de commencer par une victoire. »
Gonzalo Botin, co-skipper de Tales II, 1er : « Cette première étape n’a pas été facile mais, ça a vraiment été une belle course. Nous avons tout eu toutes les conditions possibles : du près, du portant, du vent fort, de la molle, des vagues… Tout cela a rendu les choses très intéressantes. Nous avons livré une belle bagarre avec Imerys. Lui et nous avons tout le temps été très proches. Nous avons réussi à le distancer il y a deux jours, mais ce matin, on l’a vu pas très loin derrière nous. Dans les derniers milles, nous avons donc un peu serré les fesses, comme vous dites en français. Cela a été aussi le cas, mais pour d’autres raison, au large du cap Finisterre où là, nous nous sommes retrouvés au portant dans une mer démontée. Le bateau enfournait constamment. Le long bord de reaching qui a suivi a été dur, lui aussi. Long et surtout très humide. Nous avons passé une journée complète sous l’eau. Ça a été très éprouvant mais ces mauvais moments sont nécessaires pour apprécier les bons. Au final, nous terminons avec 43 minutes d’avance. C’est bien mais pour nous, c’est un peu comme s’il y avait match nul car c’est assez peu au regard des 1 270 milles qu’il reste à parcourir lors de la deuxième étape. »

Phil Sharp, skipper d’Imerys, 2e : « Cette première étape a été très fatigante. Le rythme a été très rapide et je pense que je n’ai jamais poussé un Class40 à ce point dans une course. Ces bateaux sont des machines et c’est incroyable la vitesse à laquelle ils vont. Bien que ça ait été difficile, ça a vraiment été très enrichissant. Quand tu arrives d’une course comme celle-ci, dans un endroit comme celui-là, tu réalises que c’est une chance incroyable de vivre ça. La bagarre que nous nous sommes livrés avec Tales II a été fantastique. C’était génial de l’avoir si près de nous car c’est une très bonne référence. Nous avons mené le bateau à ses limites. Idem pour nous. Nous avons pris un bon départ mais Pablo et Gonzalo nous ont doublé sur l’Atlantique avec une belle vitesse. La fin du parcours a été amusante car nous étions à leur poursuite mais il nous a manqué un peu de temps pour vraiment revenir. Reste que l’épreuve se joue en deux manches et sur celle qui vient de s’achever, les écarts sont faibles. Le jeu reste ouvert pour aller chercher la victoire finale. Pour cela, il faudra battre Tales II sur la dernière étape. »
Corentin Douguet, co-skipper d’Iremys, 2e : « C’était une navigation engagée. On a fait une ou deux petites bêtises et les Espagnols ont su en profiter. Moi, ça faisait longtemps que je n’avais pas fait du bateau avec personne autour. Ça m’a rappelé plein de bons souvenirs mais c’est une autre expérience. En Figaro, l’an passé, lorsque je suis arrivé ici, nous étions 10-12 bateaux à vue. Là, très vite, au niveau du cap Ortegal, la flotte s’est éclatée. Après, on n’a plus vu personne, jusqu’au lever du jour, à Graciosa. Là, on a été content de retrouver Pablo et Gonzalo (Tales II) mais on aurait préféré terminer devant eux. En tous les cas, les Class40 sont de très beaux bateaux. Très rapides aussi. Il y a eu des bords vraiment physiques. C’était chouette. En plus, j’ai réussi à montrer à Phil qu’on pouvait pousser fort sur un bateau et manger correctement en même temps. Il a été plutôt convaincu, donc ça, c’est plutôt une bonne nouvelle ! (Rires) Nous avons fait une belle erreur de placement quand nous sommes sortis du vent fort de Nord et que nous avons commencé à attaquer la dorsale. On a laissé le Sud aux Espagnols. Phil parle bien français et moi pas trop mal anglais, mais dans le speed et avec la fatigue, on a quand même réussi à ne pas se comprendre. Du coup, ils nous sont passés devant et ils ont fait le break. Après, on a eu deux jours et demi pour leur courir après et essayer de combler le trou, mais ils ont été très rapides. Je ne sais d’ailleurs pas encore pourquoi cette nuit nous sommes autant revenus sur eux. Cela étant dit, ça m’arrange de n’avoir que 43 minutes d’écart avec eux à l’arrivée. Vu ce qu’il reste à parcourir, la première place reste complètement jouable. J’espère qu’Adrien (Hardy, qui le remplacera sur la deuxième manche, ndlr) sera meilleur que moi ! »

Alexander Krause, skipper de Stella Nova, 3e : « Ça a été un vrai challenge, lors de la première nuit, de trouver le vent et de partir dans le bon wagon mais nous avons réussi. Nous avons joué aux avant-postes du début à la fin et nous sommes contents de ça. Il y a deux jours et hier, nous étions vraiment très proches de Colombre XL mais à la fin, nous avons réussi à le distancer un peu et à, finalement, nous emparer de la troisième place. C’est super. Nous allons tâcher de faire aussi bien sur la deuxième manche. Celle qui se termine a quand même été assez difficile. Nous avons eu tous les types de conditions, et pendant deux jours, nous avons vraiment eu l’impression d’être dans une machine à laver. Nous avons plutôt bien géré la situation et fait la différence sur nos concurrents les plus proches à ce moment-là. Ça n’a pas été facile mais notre bateau se comporte vraiment bien dans le vent soutenu et c’est un point important pour la suite. »

Antoine Carpentier, co-skipper de Stella Nova, 3e : « On est plutôt content de cette première étape surtout qu’Alexander et moi, nous n’avions jamais navigué ensemble avant ça. En ce qui me concerne, en plus, je ne n’étais même jamais monté sur ce bateau-là. On a raté un peu le coche au début, dans le golfe de Gascogne. Après, on a couru derrière les premiers mais on a réussi à contenir nos poursuivants. Colombre XL est un bateau qui marche vraiment très fort lorsqu’il y a moins de dix nœuds de vent. Hier, dans l’anticyclone des Açores, on a ainsi vu les Italiens revenir sur nous mais ensuite, ils ont viré un peu trop tôt, ce qui leur a fait perdre quelques milles alors qu’ils étaient vraiment juste derrière. Après, le vent est rentré de nouveau, de face, ce qui nous a permis de les distancer de nouveau sur la fin. Ils ont toutefois fait une super étape. On s’est régalé, c’était sympa de faire un peu de portant dans de l’air. On est plutôt content d’avoir eu un mix de différentes conditions. C’était vraiment sympa mais à présent, je passe le relai à Burkhard Keese, le propriétaire de Stella Nova, pour la deuxième manche ».