La Solitaire. Départ dimanche repoussé à 18h

Les Figaros lors de la 1ere étape de la Solitaire Urgo Le Figaro 2019 - en mer le 06/06/2019. @ Alexis Courcoux

La deuxième étape, la plus longue de cette 50é edition de la Solitaire Urgo Le Figaro, partira ce dimanche à 18 heures de Kinsale. Elle franchira pour la première fois le 50e parallèle nord en allant à l’Île de Man.

Après une première étape qui nous aura tenue en haleine pendant 4 jours, on espère bien revivre le même suspens.
Forcément, on est attristé par le sort réservé à certains coureurs dont les espoirs de victoire au général se sont déjà envolés après cette première étape couperet tout en mettant le curseur à 6h de retard – au lieu d’1h30 en Figaro 2 – pour espérer encore une victoire au général, puisqu’il est dit qu’avec ce nouveau bateau, tout peut arriver.

On attendra également le coup d’éclat d’un nouveau skipper comme Henri Lemenicier pour montrer toute la beauté de cette course dont certains skippers l’ont chevillés aux bouts. Revoir la première étape et leurs tête à l’arrivée pour comprendre pourquoi.

On attendra de voir encore les trajectoires prises par les vieux briscards – Peyron, Desjoyeaux, Gautier pour tenter de comprendre comment ils font à 50 ans, sans entraînement pour être encore dans le Top10 sur cette première étape. L’indice donné par Loick Peyron pour se motiver à faire de l’entraînement physique :  » Je m’entraîne en me flagellant le dos à la saucisse molle  » ne nous avance pas trop.

On attendra peut-être l’une des 3-4 nuits prochaines pour voir le Chacal, Armel Le Cleac’h sortir de nulle part. Les leaders à 55 minutes se doivent de rester éveillés.

On espérera encore de Tom Laperche – 1er bizuth et déjà 2e d’une étape d’une Solitaire – pour se dire que l’on tient là un futur grand de la course au large dont la performance a été unanimement saluée après cette étape.

On se demandera aussi comment Yoann Richomme va gérer sa deuxième étape. Solide comme un rock, le gaillard a du talent et il ne sera pas facile à aller chercher.

Enfin, il reste pléthore de skippers que l’on a pas encore bien vu mais qui ont le talent pour venir s’imposer sur cette édition. On regrettera l’absence de Gildas Morvan ou Cassandre Blandin sur cette étape mais ce sera pour mieux les retrouver à Roscoff.

Le parcours :
Après un petit côtier d’une quinzaine de milles, le parcours total de 630 nautiques s’annonce comme le plus long de cette cinquantième Solitaire URGO Le Figaro. Paradoxalement, il devrait être moins ouvert que la première étape puisque la flotte sera canalisée pendant les 4/5ème du parcours dans l’étroite mer d’Irlande. Séance de rattrapage pour certains, confirmation pour d’autres, découverte pour la plupart d’une navigation au delà du 50ème degré de latitude Nord, ce marathon autour de la mythique île de Man devrait se jouer en quatre jours, principalement au portant.

« Je veux aller à l’île de Man, je veux aller à l’île de Man ! » A peine descendu sur le ponton jeudi soir à Kinsale, Michel Desjoyeaux (Lumibird) trépignait déjà à l’idée de mettre cap au Nord dimanche. Dans la bouche du quinqua triple vainqueur de la Solitaire, la supplique n’a rien d’un caprice. Car l’île de Man reste un mythe de la Solitaire. Annoncé à trois reprises par le passé, elle n’a jamais été virée par les skippers, les parcours ayant toujours été revus à la baisse. Dans la nuit de mardi à mercredi, le paradis fiscal sis par 54 degrés de la latitude Nord va bien devenir le point le plus septentrional que la Solitaire URGO Le Figaro ait connu en cinquante éditions.

Le deuxième marathon

Après quatre jours et cinq nuits pour certains entre Nantes et Kinsale, la décision de maintenir la plus longue étape du parcours (630 milles), n’a rien d’anodin. « Une fois que l’on décide d’aller à Man, le parcours est figé. Nous n’aurons aucune véritable possibilité de raccourcir mais les conditions nous paraissent propices à une étape relativement rapide avec une arrivée jeudi » expliquait ce matin Francis Le Goff le directeur de course.

Après le côtier de 15 milles qui mène déjà vers le Nord (voir encadré), le premier tronçon vers l’île de Man s’étend sur 240 milles. Si le vent portant médium devrait accompagner la flotte jusqu’au DST de Tuskar Rock, le vent va graduellement refuser dès la journée de lundi pour une bonne moitié du parcours au près. En effet, la petite dépression dans le Nord de l’Irlande se désagrège et laisse place à une dorsale campée sur le proche Atlantique avec un gradient marqué sur sa bordure Est. Le vent de Nord-Ouest sera bien canalisé, les nuits fraîches au près mais aussi très courtes et bien éclairées par la lune montante.

Si le terrain de jeu qui ne dépasse par 50 milles de largeur en mer d’Irlande s’annonce moins ouvert que lors de la première étape, la montée vers Man est assez piégeuse avec pas mal de courant même si les coefficients de marées sont faibles. Et côté tactique, de nombreux grands bancs de sables limitent les possibilités d’aller se protéger à la côte…

Les premiers à virer la pointe Nord de l’île de Man accentueront sans doute leur avance en bénéficiant du portant qui ne va faire que se renforcer sur toute la descente avec 25 nœuds sur les fichiers de mercredi soir. Plusieurs DST (Skerries au large de Holy Island, Smalls à la latitude de Cardif) et deux zones interdites contribueront à canaliser la flotte qui devrait sérieusement accélérer pour une descente express des 275 milles entre Man et Wolf Rock où les aptitudes au portant du Figaro Bénéteau 3 promettent de belles images.

La fin du parcours avec un dernier tronçon de 103 milles entre Wolf rock et Roscoff, est beaucoup plus incertaine, la faute à une petite dépression qui se ballade mercredi et jeudi dans l’Est de la Manche. « Selon sa position en latitude, elle peut accélérer le flux de Nord ou au contraire dicter une fin de parcours au près en Manche. Les modèles sont en tous cas très discordants à ce jour » explique Yann Château de la direction de course.

Jeudi en baie de Morlaix ?

Une incertitude qui n’est sans doute pas pour déplaire aux concurrents qui ont le plus souffert sur la première étape, et ils sont nombreux. A l’envie légitime de gagner une étape, peut venir s’ajouter l’espoir de revenir dans le match pour le général. Entre la première et douzième place, les positions se tiennent en une heure. 17ème, Conrad Colman qu’à deux heures du leader Yoann Richomme et va savoir si la triplette Lagravière, Hardy, Eliès, à moins de 4 heures ne garde pas un secret espoir de remontada ? Au delà de la 22ème place, en revanche, le piège semble s’être refermé bien vite sur des marins talentueux comme Xavier Macaire (6h18 min de retard), Pierre Quiroga (8h11), Jérémie Beyou (8h29) ou encore Anthony Marchand, deuxième l’an passé, à près de 9 heures du leader…

Ceux-là auront à cœur de démontrer l’injustice de cette première étape en brillant en mer d’Irlande et de retour dans leur pays. Mais ils disposeront aussi au départ de Kinsale d’une nuit de récupération de moins que les leaders ce qui pourrait compter pour garder les idées claires à l’approche des côtes françaises jeudi prochain.

Parcours côtier : 15 milles, 15 nœuds, 45 skippers

Les bateaux quitteront les pontons de Castle Park Marina demain à partir de 15 heures françaises. Le signal d’attention sera hissé à 17h47 sur le bateau comité avec une ligne juste à la sortie de la rivière et un coup de canon à 18 heures (française toujours). Après un bord de dégagement de 3 milles vers la pointe de Black Head, les concurrents laisseront la bouée à tribord pour revenir sous spi vers la cardinale Bulman et partiront pour un bord de 8 milles vers la marque Daunt Rock dans l’Est de Kinsale, où sera jugée le prix Radio France. Du très beau spectacle en perspective avec du vent et de la lumière pour les 45 skippers en course, Cassandre Blandin (Klaxoon – C) et Gildas Morvan (Niji) ne prenant pas le départ de cette étape.