Finish arrival of Sebastien Destremau (FRA), skipper Technofirst Face Ocean,18th of the sailing circumnavigation solo race Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France, on March 10th, 2017 - Photo Olivier Blanchet / DPPI / Vendee Globe Arrivée de Sebastien Destremau (FRA), skipper Technofirst Face Ocean, 18ème du Vendee Globe, aux Sables d'Olonne, France, le 10 Mars 2017 - Photo Olivier Blanchet / DPPI / Vendee Globe

Sébastien Destremau a franchit la ligne d’arrivée cette nuit, samedi 11 mars 2017, à 1h40, après 124 jours de course, à la vitesse moyenne de 8 nœuds. Dernier skipper en course, il ferme cette 8è édition du Vendée Globe annoncée comme l’édition de tous les records et qui aura tenu toutes ses promesses.

Il y avait 29 skippers au départ, en terminant 18è Sébastien Destremau est allé au bout de son rêve, déterminé comme jamais à finir ce Vendée sur son bateau Technofirst Ocean. A 52 ans, le toulonnais court après tous les sommets de la voile et celui du Vendée aura sans doute été le plus haut « humainement ». Après plusieurs participations à la Coupe de l’America, la Volvo Ocean Race, Sébastien Destremau peut rajouter le Vendée Globe à son palmarès.

C’était déjà une victoire pour lui d’être au départ de Vendée tant sa préparation aura été semée d’embûches. Mais il aura réussi contre vents et marées à être là. Son objectif était clair : terminer. Un mantra que beaucoup de skippers ont adopté mais que Sébastien Destremau a méthodiquement préparé.  » Je m’interdirai de regarder les classements les 15 premiers jours. J’avancerai à mon rythme. » Les écarts avec les premiers et le reste de la flotte vont donc devenir énormes et du jamais vu sur un Vendée. Lorsqu’Armel Le Cleac’h passe la ligne d’arrivée, Sébastien Destremau sera enconre dans le Pacifique.

En franchissant la ligne d’arrivée hier, il montre une autre facette du Vendée Globe, celle aussi d’une aventure humaine forte au-delà de la compétition. Sa remontée du chenal commencera à 13h. La fête sera grandiose et l’acceuil des Sablais à la hauteur du parcours du Skippers et de la course.

Son bateau TechnoFirst-faceOcean
Acquis en 2015 dans un port d’Afrique du Sud, l’Imoca60 TechnoFirst-faceOcean construit en 1998 a déjà deux Vendée Globe au compteur, avec Josh Hall (9ème en 2000-2001), puis Steve White (8ème en 2008-2009). Après un convoyage de Cape Town jusqu’à sa base de Toulon, Sébastien Destremau s’est qualifié pour le tour du monde lors de la Calero Solo Transat en avril 2016, entre Lanzarote et Newport. Avec le plus ancien bateau de la flotte, sans quille pendulaire ni dérive, un budget plus que serré, un mât brisé et remplacé quelques semaines avant le grand jour, le Varois ne se décourage pour autant pas de se présenter au pied de l’Everest des mers : « C’est un concentré de simplicité, une bicyclette sans dérailleur ! » prévient le marin avant le départ du 6 novembre. Retour sur sa course.

Le démarreur récalcitrant
Alors qu’il navigue sans autre pression que celle d’arriver au bout de l’aventure, en arrière de toute la flotte malgré une tentative de raccourci le long des côtes africaines, le démarreur le lâche dès la troisième semaine de course. Grâce au système D, Sébastien arrive à réparer et peut enfin utiliser son moteur indispensable pour remplir les ballasts du bateau. Un dispositif, façon tondeuse à gazon, qui prend près d’une heure à chaque mise en route du moteur, mais dont le skipper-aventurier devra se contenter jusqu’à la fin de son périple. Alors qu’il est en course depuis un mois et en approche du Cap de Bonne Espérance, le marin Toulonnais est rejoint par Didac Costa (OnePlanet- OneOcean), parti quatre jours en retard des Sables-d’Olonne, suite à des problèmes d’électronique. « C’est réconfortant d’attaquer cette première zone du Grand Sud avec Didac juste à côté …. On peut veiller l’un sur l’autre et intervenir au besoin car on aura 35 nœuds jusqu’à la fin de la semaine ». Cependant, l’Espagnol, s’échappe à son tour devant l’étrave de TechnoFirst-faceOcean. Au moment d’entrer dans l’océan Indien, c’est Romain Attanasio (Famille Mary – Etamine du Lys) qui, après un stop de deux jours pour réparer ses safrans, rejoint Sébastien pour une navigation en duo jusqu’à Leuwin, le deuxième cap du Vendée Globe. Fin décembre, Pieter Heerema (No Way Back) qui s’est ralenti en faisant route au nord pour éviter une tempête, retrouve le tandem qui ferme la marche au large des côtes australiennes. Depuis le départ, Sébastien envoie chaque jour une vidéo et témoigne alors de son étonnement sur la dureté de l’épreuve : « Force est de constater qu’on est encore et toujours debout….J’ai du mal à le croire mais c’est la vérité. On est des mecs normaux qui font des choses inhumaines… »

Seul pour la deuxième partie de la course
Avant d’entamer la traversée du Pacifique, Sébastien décide de s’arrêter au mouillage en Tasmanie le 3 janvier, afin de vérifier l’état de son bateau. Lorsqu’il reprend sa course trois jours plus tard, il accuse un débours de 1000 milles derrière Pieter Heerema et son No Way Back. A dater de ce moment, TechnoFirst-faceOcean naviguera isolé du reste de la flotte, en 18ème et dernière position. Le skipper est néanmoins rassuré sur l’état de son navire qu’il mène prudemment sous J3 avec 2 ris dans la grand-voile. «Je n’ai jamais regretté de réduire la toile, jamais …Bien sûr on va un peu moins vite, mais on ira sans doute beaucoup plus loin » affirme-t-il à la vacation. Le 29 janvier lorsque Destremau franchit le Horn, troisième et dernier cap, les six premiers concurrents de cette édition 2016-2017 du Vendée Globe sont déjà au ponton de Port Olona et le septième Louis Burton (Bureau Vallée) est aux Açores. Pieter Heerema (No Way Back) est au large de l’Argentine 1200 milles devant et Sébastien avoue un mélange de sentiments, en passant le gros caillou qui annonce la remontée de l’Atlantique et le dernier quart de l’aventure «J’ai aimé les mers du sud, je les quitte avec regret car j’y étais bien avec les albatros pour seule compagnie. Je pense à Moitessier et je le comprends, je ressens ce questionnement sur la tentation de rester en mer ».
« Bienvenue au bureau … A demain 20h ! »
Mais Sébastien ne compte visiblement pas parcourir indéfiniment les océans, puisqu’il fabrique une clé – à l’aide d’un cintre – pour en fermer symboliquement la porte derrière lui ! En fait, c’est l’opportunité d’écrire un mini scénario pour ce champion de la vidéo qui aime se filmer quotidiennement, partageant tantôt des commentaires, parfois des tutos bricolage, souvent des coups de cœur mais aussi des coups de gueule. Les scénettes lancées par un « Bienvenue au bureau ! » devenu viral, se terminent souvent par un « A demain 20 heures ».

La remontée de l’Atlantique est loin d’être une partie de plaisir. C’est en revanche la faim qui va beaucoup pertuber le skipper de TechnoFirst-faceOcean durant les deux dernières semaines de son périple. En effet, à court de nourriture il se rationne avec un repas par jour et ce ne sont pas ses infructueuses tentatives de pêche à la traîne, alors qu’il navigue dans l’anticyclone des Açores, qui lui permettent de se remplir l’estomac ! Sébastien profite de son temps libre pour fignoler les paroles d’une chanson dédiée à son Vendée Globe, écrite par quelques potes et accompagnée d’un clip vidéo. Extraits : « Tous les vainqueurs sont ceux qui ont pu terminer…» ou encore : « Il faut un grain pour être marin… » . Le Top 50 n’est pas assuré pour l’oeuvre musicale, mais la remontée du mythique chenal promet d’être épique ce samedi matin, au moins autant que le marin atypique, qui ne manquera sans doute pas de d’imaginer un nouveau tour de clé symbolique dans son sillage, comme pour mieux ouvrir une nouvelle page dans sa vie d’aventurier !