Sardinha Cup. Trois générations de marins vues par Loïc Ponceau

L’étape finale de la Sardinha Cup partira jeudi à 14h. Elle rassemble 33 duos qui sont venus s’affronter pour la première fois en course sur le nouveau Figaro Bénéteau 3. Parmi eux on retrouve les grands noms de la course au large qui ont fait les grandes heures de la Solitaire (Jérémie Beyou, Yann Eliès, Charles Caudrelier, Peyron, etc), ceux qui animent la classe depuis plusieurs années et les jeunes loups qui ont tout à prouver et qui apprennent vite. Trois générations de marins avec des caractéristiques différentes qu’a bien connu Loic Ponceau, entraîneur du Pôle Finistère Course au large de Port-la-Forêt depuis la création de la structure il y a 30 ans, l’un des piliers du centre d’entraînement avec Christian Le Pape.
Extrait de l’article paru dans le numéro 84 de Course au Large – actuellement en kiosque.

Tu auras connu trois générations de marins qui se sont formés à la course au large. Quelles sont les évolutions que tu as observées ?
Cette 1re génération a tout remporté et s’est professionnalisée au fil des ans. C’était un fonctionnement en mode tribu, des copains dans la vie qui ont décidé de s’entraîner ensemble. Jean Le Cam ou Michel Desjoyeaux étaient très forts mais ils n’avaient jamais reçu avant une culture d’entraînement. Pour eux, le briefing se tenait au bistrot, et après la nav’ on retournait au bistro pour refaire le match parce qu’il n’y avait pas d’autre endroit.
Avec la 2e génération, celle des Franck Cammas, Charles Caudrelier, Thierry Chabagny, Nicolas Troussel, Armel Le Cléac’h, Jérémie Beyou ou Vincent Riou, cela a été plus facile. Ils avaient pour la plupart une culture dériveur d’assez haut niveau, l’habitude d’avoir un entraîneur, des horaires, de ne pas faire le briefing au bistrot ! Ils étaient déjà un peu structurés avec une méthode d’entraînement. C’est avec eux avec que j’ai le plus travaillé. Ils avaient la culture du travail et étaient de sacrés bosseurs. Ce sont des gars engagés, comme Armel ou Franck, capables de consacrer 150 % de leur vie à leur réussite sportive. C’est avec eux que nous avons mis au point un système d’entraînement sur l’eau ou à terre extrêmement physique. Je ne compte pas les kilomètres à vélo que j’ai pu faire avec eux. Ils étaient très demandeurs. Franck avait 25 ans, moi j’en avais 40. On avait un décalage de 15-20 ans qui permettait d’être assez proches et de partager les mêmes centres d’intérêt. On était un peu les grands frères. C’était plus facile pour moi et Christian. Il y avait la vie en commun à cette époque. On était très copains et il y avait un certain respect.

Et la 3e génération, c’est un peu vos enfants…
Ils sont même plus jeunes que nos enfants ! Cela a été différent, et plus compliqué parfois parce qu’ils ont 25 ans et toi 60. Tu n’as pas les mêmes centres d’intérêt. Cette dernière génération est déjà très professionnelle et performante, habituée à aller en salle de sport. Elle va aussi gagner, comme Sébastien Simon. Attention les yeux ! Ils ne sont pas là pour faire de la poésie ! Mais c’est encore une autre approche par rapport aux deux précédentes.

C’est une génération plus diplômée, avec un profil ingénieur…
Oui, ils sont généralement plus diplômés, alors que ceux de la première génération avaient uniquement leur bac en poche. Dans les années 1990, des mecs comme Jean Le Cam ou Mich’ Desj’ faisaient du composite l’hiver et naviguaient l’été. Les François Gabart, Charlie Dalin ou Sébastien Simon sont tous ingénieurs. Mais cela ne veut pas dire il y n’a plus de place pour des mecs sensitifs, talentueux. Mais il est clair qu’il faut maintenant être dans le système pour que cela marche. Je pense qu’il faut avoir fait du dériveur à haut niveau, même s’il y a des exceptions comme Yoann Richomme ou Nicolas Lunven, mais ce sont des mecs hyper investis, à 150 %. Si tu veux réussir, c’est un peu le profil des François Gabart, Sébastien Simon ou Charlie Dalin, c’est-à-dire ingénieur, passé par le dériveur. La voile a bien progressé, s’est professionnalisée.

Quelles sont les qualités humaines requises ?
Il faut être engagé, y consacrer beaucoup de temps. Être branché sur la course au large, courageux, avoir envie d’en faire. Il y aussi toutes les autres valeurs de la voile qui comptent, comme la solidarité, l’humilité.

L’article complet à lire dans le numéro de Course au Large n°84

Après deux étapes, et même si cette première course fait figure d’entraînement – en duo – et de derniers réglages – peaufinage des mâts : ) – les jeunes comme les moins jeunes sont là et le niveau est homogène avec des pairs constituées de marins expérimentés et ceux en recherche de performance. Pierre Leboucher et Erwan Tabarly sont leader au classement général provisoire. Ils devancent le duo de choc Yann Eliès et Samantha Davies. On notera la bonne performance du Team CMB Bretagne avec Lois Berrehar et Thomas Rouxel 4e et Tom Laperche et Ronan Treussart 9e après une belle quatrième place sur le warm-up.
Charles Caudrelier avec Fabien Delahaye est 8e, Jérémie Beyou avec Alan Roberts est 4e.
Le premier vrai rendez-vous des Figaro Bénéteau 3 en solitaire sera la Solo Maitre CoQ. Michel Desjoyaux et Armel Le Cleac’h viendront étoffer la flotte. Le circuit s’annonce passionnant à suivre cette année.