Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix. Départ de la 3e étape

Les 65 ministes sont partis ce dimanche, au large de Roscoff propulsés par un flux d’ouest nord-ouest soufflant entre 10 et 12 nœuds. Un vent qui ne doit faire que se renforcer sur la route de la pointe Bretagne, pour atteindre une vingtaine de nœuds. De quoi garantir un début de course assez tonique aux solitaires qui vont devoir, en prime, tirer des bords au près sur une mer courte et hachée. D’emblée, les organismes et les machines vont donc être mis à rude épreuve mais il ne va pas falloir trainer à trouver le bon rythme car les 15-20 premières heures, jusqu’au débordement complet du DST (dispositif de séparation de trafic) d’Ouessant, vont être cruciales. Et pour cause, la suite s’annonce un peu moins tactique, même si les tous derniers milles de ce dernier volet de 500 milles à destination des Sables d’Olonne via l’estuaire de la Gironde et l’île d’Yeu, conservent, pour l’heure, une part d’incertitude. Dans ce contexte, Tanguy Bouroullec (969 – Cerfrance) en Proto et Léo Debiesse (966 – Kelyfos) en Série parviendront-ils à conserver leurs premières places au général ? Les paris sont ouverts. Le dénouement final, lui, est attendu à partir de mercredi matin.

Après une semaine de pause au port du Bloscon, les 65 marins toujours en course dans la Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix ont donc repris du service, ce dimanche. Partis à 10h41, avec un léger retard sur l’horaire prévu, le temps que le vent s’établisse, les solitaires ont donc entamé ce troisième et dernier acte de l’épreuve dans des conditions quasi idéales. Des conditions dans lesquelles Victor d’Ersu (985 – Babouchka), qui s’était fait souffler la première place dans la deuxième manche après l’avoir pourtant dominée, a pris l’avantage dès le départ. Le Malouin, manifestement bien décidé à prendre sa revanche, a ainsi été le premier à déborder la bouée de dégagement, s’offrant même le luxe de griller la priorité au premier Proto, Tanguy Bouroullec (969 – Cerfrance). Tout reste à faire cependant. Et les prochaines heures s’annoncent tactiques. Inconfortables aussi. De fait, elles vont se jouer au près dans un vent qui va continuer de prendre des tours graduellement pour atteindre 20 nœuds (jusqu’à 25 dans les rafales), sur une mer dure, avec un courant de face dans un premier temps, puis un petit passage de front et donc une bascule du vent à négocier en deuxième partie de nuit. « Ce début de course va mettre les estomacs à rude épreuve mais l’avantage, c’est qu’il va y avoir des petits coups à jouer avec les courants et les petits effets de côte », s’est réjoui Loïc Blin (871 – Mini Moi cherche sponsors). Actuellement 13e au classement des bateaux de Série, cet habitué de la régate au contact espère réussir à se hisser dans le Top 10 au général à l’issue de ce dernier round. Une ultime étape qui promet également d’être stratégique entre les deux way-points imposés par la direction de course pour le contournement du DST d’Ouessant, avec de vrais choix à faire… et très probablement des écarts importants à se créer entre la tête de flotte et les retardataires.

Un début de course décisif
« Si on n’est pas dans le bon wagon à ce moment-là, on risque de louper le tapis roulant et de rester derrière jusqu’à la fin avec des écarts qui ne vont faire qu’augmenter. Quinze, vingt, trente milles… il est possible que ce soit terrible », a estimé Thomas Watine (905 – Endurance) qui sait que la queue de peloton risque là, non seulement d’essuyer des vents plus musclés que les premiers, la faute à l’arrivée d’une dépression qui doit toucher l’Irlande mardi, mais aussi d’avoir ensuite peu d’opportunités pour revenir au score. Et pour cause, la longue descente jusqu’à la bouée BXA située à l’entrée de l’estuaire de la Gironde doit normalement se faire au reaching, sur un seul et même bord assez rapide, dans un vent variable soufflant entre 10 et 18 nœuds. « On va avoir droit à de belles glissades mais il va falloir soigner ses trajectoires. Suivant les angles et les voiles que l’on va choisir, on va quand même pouvoir faire quelques petites différences », a assuré Loïc Blin, bien conscient cependant qu’il n’y aura, dès lors, plus de passages à niveaux ni de coups tordus comme on a pu en voir lors des deux premières étape, sauf, peut-être, sur les vingt derniers milles entre l’île d’Yeu et Les Sables d’Olonne. Le scénario est donc assez clair, ce qui n’est évidemment pas pour déplaire aux actuels leaders aux classements, Tanguy Bouroullec et Léo Debiesse.

Un schéma météo plutôt clair
« Le schéma météo est effectivement sans grosses surprises a priori. On va avoir moins de transitions que lors des deux premiers actes. Ce sera donc moins dans ces phases que les différences vont se faire mais davantage sur les options stratégiques. La vitesse pure sera aussi importante. Pour ma part, je sais parfaitement ce que j’ai envie de faire. Maintenant, on est nombreux à avoir bien travaillé la météo et à avoir envie de bons résultats. Rien ne va être facile », a commenté le leader en bateaux de Série qui, pour mémoire, compte une avance d’une heure et trente-quatre minutes sur son dauphin. « Je vais faire ma course. On verra plutôt sur la fin de la course si je dois contrôler en fonction des positions et des placements de mes principaux concurrents », a ajouté le skipper de Kelyfos. Même son de cloche du côté de Tanguy, premier chez les Proto avec une marge de deux heures et trente-quatre minutes sur son plus proche poursuivant. « J’ai effectivement un peu d’avance au classement mais je vais malgré tout garder un petit œil sur la concurrence, et notamment sur Antoine (Perrin) et Irina (Gracheva). Pour moi, l’idée c’est d’essayer de décrocher une troisième victoire d’étape d’affilée. Je vais faire de mon mieux. Il sera en effet important d’arriver assez bien positionné au DST d’Ouessant. Ensuite, sur le grand bord de reaching, je devrais normalement aller assez vite », a expliqué le skipper de Cerfrance qui devrait alors, en effet, tirer toute la quintessence de son Pogo à foils. Les verdicts sont attendus mercredi matin tôt pour les premiers Proto et le même jour en tout début d’après-midi pour les premiers Série.

Ils ont dit:

Léandre de Schrynmakers (906 – ULYC) : « Pour moi, sur cette troisième étape, le but reste d’aller chercher mes milles de qualification pour la Mini Transat, mais aussi d’en profiter parce qu’a priori, je ne vais pas beaucoup naviguer cet hiver. Je veux vraiment arriver au bout, être satisfait de ma trace et de la manière dont j’aurais géré le bateau. Je suis content que de l’air soit annoncé sur ce dernier acte car je préfère quand il y a un peu plus de vent. J’espère réussir à rester accroché au bon wagon et bien négocier les passages à niveau. Les transitions, c’est hyper important. C’est déjà assez dur mentalement alors si on est en queue de peloton… En tous les cas, j’ai très envie de partir car cette escale roscovite, même si elle a été agréable, a duré longtemps. Très vite, on a réparé les deux-trois bricoles qu’il y avait à faire et on a rechargé les batteries. On n’attendait plus que de connaître le parcours et la date de départ exacte avec impatience. Cette fois, on y est. Ça va être bien ! »

Joris Corbin (590 – Yoyo 3) : « Ça n’a pas été facile de me remobiliser pour repartir en course après mon abandon dans la deuxième étape en raison d’un problème de ferrure d’étai. Ça a évidemment été une grosse déception pour moi. A présent, mon but c’est de terminer la course pour cumuler les milles pour la Mini Transat. Je regrette évidemment que le parcours ait dû être réduit de 870 à 500 milles mais bien sûr, je suis content de ne pas monter jusqu’à Wolf Rock car sinon ça aurait été très costaud. C’est le jeu ! On va quand même partir avec de la baston et ça va bien secouer jusqu’à Penmarch. Ensuite, heureusement, c’est prévu de se calmer normalement. Ça devrait être une étape bien complète ! »

David Prono (928 – Association surrénales) : « Elle a fait du bien cette longue escale car elle a permis de bien se reposer. Pour ma part, j’avoue que j’étais bien cramé après les deux premières étapes. On devrait avoir un peu de vent sur cette dernière manche et ça, c’est bien. Je préfère ça que la molle. Entre les étapes 1 et 2, à ce niveau, ça a été terrible ! A priori, cette fois, il y a moins de risque de molle. Les schémas météo sont plus clairs. Ça va être intéressant de voir ce qui va se passer. L’objectif pour moi est de réussir à gagner encore quelques places au classement. Actuellement, je suis 16e au général et le 10e est à moins d’une heure. Même en une demie heure, il y a moyen de grappiller plusieurs places. L’idée c’est donc de naviguer proprement et de ne pas trop se concentrer sur les autres afin d’avoir un peu plus de latitude pour tenter des choses. Ceux de devant vont peut-être se marquer. Si tel est le cas, cela laissera peut-être des portes ouvertes… »

Marie Lefort (1008 – Otimo) : « Cette Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix est ma première course en Mini 6.50. J’ai récupéré le bateau il y a deux mois seulement donc c’est tout nouveau. Les conditions des deux premières étapes ont été top pour débuter. La pétole, ça n’a pas forcément été facile mentalement mais c’était bien pour se mettre en jambes. J’ai réussi à faire un peu mieux à la deuxième manche qu’à la première en terminant 30e et là, du coup, je suis motivée pour continuer d’élever mon niveau de jeu et grappiller des places. C’est trop bien parce que ça va être encore de nouvelles conditions. C’est génial de régater à 70 bateaux. Cela permet de pouvoir se comparer en permanence et ça motive beaucoup pour se tirer la bourre. Là, peut-être qu’il va y avoir des écarts importants, je ne sais pas. En tous les cas, le positif, c’est que je ne suis pas malade en mer. J’ai fait beaucoup de large et c’est cool pour moi car ça va me permettre d’attaquer dès le début. De plus, comme ça fait longtemps qu’on attend, j’ai vraiment très envie de repartir ! »

Ediz Onen (918 – Turkuaz) : « Mon objectif de départ, sur cette course, c’était de me qualifier pour la Mini Transat. Sur la deuxième étape, malheureusement, j’ai eu des problèmes d’énergie et j’ai dû prendre une décision difficile : celle d’abandonner alors que j’étais 9e et bien dans le match. Mentalement, ça n’a pas été facile à gérer. Désormais, j’ai récupéré et le bateau est de nouveau en ordre de marche, même si j’ai un budget limité et que je fais un peu comme je peux. Dans tous les cas, mon but reste de faire les choses au mieux, de me donner au maximum. Je garde cependant en tête qu’il est important pour moi de finir la course, et finalement peu importe dans quelles conditions. »

Thomas Watine (905 – Endurance) : « Les 24 premières heures vont être décisives. Il va falloir rester à la barre d’autant plus qu’il y aura certainement un peu de couverture nuageuse et que la gestion de l’énergie sera importante. Je pense qu’il va falloir peu dormir dans un premier temps et être agressif sur le départ – ce qui n’est pas mon fort. Après, ça va dérouler. Aujourd’hui, je n’ai que 5-6 sorties en Mini au compteur. Je ne suis pas super bien classé mais ce n’est pas surprenant car je gère mon projet en parallèle avec ma vie de famille et un boulot à plein temps à Paris. Je suis là pour prendre des milles pour la qualification pour la Mini Transat, prendre un maximum de plaisir et prendre en main les manettes du bateau. Pas plus, pas moins. En bref, je suis là pour être heureux en mer ! »

Gauthier Verdon (879 – TGS France) : « Il est temps de partir. En ce qui me concerne, je suis allé faire un petit tour pour aller voir ma famille et c’était un peu dur de revenir, mais là, avec ce beau temps, je suis content de partir. On sait qu’il va y avoir des conditions un peu toniques et on va en profiter pour aller vite. Mon objectif, tout modestement, c’est de rester dans le paquet, de passer le DST d’Ouessant dans la journée de lundi et de pouvoir faire ma route tranquillement ensuite. L’important pour moi, c’est de rentrer dans les délais parce que sur les deux premières courses ça a été l’enjeu. J’espère réussir à rester dans le peloton car tant qu’il y a du monde autour de moi, ça ne m’inquiète pas. En revanche, si je suis tout seul, je sais qu’il va falloir que je puise dans mes ressources. Quoi qu’il en soit, je sais que ça va être génial. Ce sont mes premières courses au large et je suis super content car ça se passe bien. Une fois qu’on aura terminé cette troisième étape, ce sera une belle marche de franchie ! »
Texte Perrine Vangilve