Une route semée d’obstacles pour Gabart +691mn

Aerial images of Francois Gabart onboard Ultim MACIF, training before the Round the Word Solo Handed Record, off Belle Ile, on October 16th, 2017 - Photo Jean-Marie LIOT / ALEA / MACIF

C’est le dernier week-end dans le Grand Sud pour François Gabart qui devrait passer le Cap Horn ce dimanche. Il parvient à maintenir son avance sur le record de Thomas et compte 691 mn en réserve. Mais avant cela il devra franchir plusieurs obstacles qui expliquent déjà en partie sa trajectoire ces dernières 24h. D’abord deux zones de glace, des « bunkers » d’icebergs repérés un peu plus au Sud que le 55° Sud au niveau de la mer d’Amudsen et juste avant le Horn sur les Soixantièmes, venus de la mer de Bellingshausen. Pour la première, François Gabart va devoir enchaîner les empannages toute cette journée de vendredi, pour rester hors de danger avant de reprendre le fil vers le détroit de Drake grâce à la venue d’une ex-dépression tropicale en fin de vie : d’Ouest 25 nœuds, le vent va normalement prendre une composante Nord pour une quinzaine de nœuds. De quoi lisser quelque peu un Pacifique plutôt agressif depuis le passage de la Nouvelle-Zélande !

Contrepartie de cette trajectoire plus méridionale, François Gabart va devoir remettre son cache-col : le trimaran MACIF a beau navigué à trois semaines de l’été austral, la proximité de l’Antarctique qui se tord en virgule au niveau de la Terre de Graham, fait descendre le thermomètre aux abords du zéro sur les Soixantièmes… Certes le solitaire ne traîne pas en chemin avec tout de même une vingtaine de nœuds de moyenne malgré une mer très désordonnée ces dernières heures, et des journées de 23 heures puisque le skipper parcourt quotidiennement plus de 15° de longitude quasiment depuis son entrée dans les mers du Sud. Or un fuseau horaire fait 15° de longitude…

Ainsi depuis le 14 novembre, François Gabart a franchi les Quarantièmes avant de déborder l’Afrique du Sud et s’il dépasse comme programmé, l’Amérique du Sud le 3 décembre en soirée, il aura passé moins de vingt jours dans la froideur de ces nuits australes. Certes ce n’est pas encore réalisé, mais le marin n’en est plus à larguer des traînards et à filer de l’huile dans le gros temps, le papier thermique ne dessine plus d’arabesques isobariques aussi hermétiques que les prédictions de Madame Irma et les glaçons sont identifiés presque aussi bien que dans un verre de soda !

Les prophéties et les paraboles du vingtième siècle ont laissé place aux satellites et au numérique. Et même si la mer est toujours aussi dure en ces eaux glaciales, même si le vent a des humeurs chaotiques en ces contrées isolées, même si les grains sont souvent plus épicés en ces lieux éloignés, les algorithmes dessinent désormais des trajectoires plus lissées et moins scabreuses : la programmation permet de voir que le trimaran va ainsi pouvoir éviter la première zone de glaces sans perdre trop de temps ni de marge de manœuvre face au parcours de référence de Thomas Coville. Puis par un effet de « fade »*, le trimaran MACIF va sauter au-dessus du deuxième « bunker » de glace pour atteindre le « green » : un dernier « putt »* dans une petite brise de Nord au large de la Terre de Feu pour en finir avec ces mers impétueuses…

Pour autant, le bout du tunnel ne signifie pas que le match est plié : il restera plus de 7 000 milles à avaler et si les premiers pas en Atlantique s’annoncent relativement pacifiques, la suite est plus incertaine. Les bulles anticycloniques qui se forment le long des côtes argentines laissent peu de choix : il va falloir laisser les îles Malouines à bâbord et remonter vers le cap Frio en « escalier »… L’ascenseur vers l’équateur risque de s’arrêter à intervalles irréguliers, provoquant une succession de paliers !

Alors même si au bout des mers du Sud, François Gabart a de fortes probabilités de cumuler plus d’une journée et demie de marge sur le temps de référence autour du monde en solitaire, ce n’est pas pour autant que le chemin vers Ouessant s’annonce de tout repos ! Le froid piquant et l’angoisse permanente de ces contrées hostiles ne fera place qu’à une chaleur torride et au stress redondant d’une programmatique sans état d’âme… En finir avec ces océans méridionaux vicieux voire pervers ne fait pas du reste du parcours autour du monde un fleuve tranquille !

(Source Macif)