Nous avons joint ce lundi, François Gabart au téléphone le lendemain de son passage au Cap Horn. Il avait de la peine à cacher ses émotions, mélange de fatigue accumulée, peine à réaliser le chemin déjà parcouru jusqu’au Cap Horn mais surtout la certitude de vivre des moments intenses. Des moments qu’il est allé chercher au bout du monde. « Ce sont des moments de vie très intenses. je suis dans un tel état de concentration, que la sensibilité est démultipliée« . Une aventure intense, un mot qu’il a souvent répété et qui explique à lui seul ce qu’il vit. « Des émotions, j’en ai eu un paquet. Celles que je vis depuis le départ, elles sont extraordinaires, d’une intensité fabuleuse. Avec la fatigue, j’ai peut-être moins de pudeur a en parler. Elles sortent. On est plus sensible à cela« .

Thomas Coville parlait d’un record construit petite victoire après petite victoire. Pour François, ces petites victoires ce sont les manœuvres réalisées parfaitement, prendre chaque journée l’une après l’autre, positionner au mieux la trajectoire de son bateau avec son équipe à terre, réussir à réparer ces fameuses galettes de J1 et de J2 dont la protection a disparue et qui, sous la violence des chocs et des vagues des mers du sud avec un bateau lancé avec des pointes parfois à 40-45nds, nécessitaient un soin particulier, voir indispensable.

On lui demande comment c’est passé ce Pacifique, avec au bout ces 3 jours d’avance. Il a fait attention, il a pris le double de précautions bien conscient de là où il allait, loin de tout avant d’oublier où il était, la tête dans son record. « J’ai eu les bonnes conditions météos d’abord. Mais les premières 36h ont été extrêmes avec de la mer et du vent très fort« . On se souvient de ces images où François devait faire le dos rond, se forcer aussi à ralentir. « Si j’avais été en équipage, un barreur aurait certainement pu aller plus vite que mon pilote qui peinait dans cette mer creuse. Mais la vie à bord était inconfortable et difficile à vivre. ». Des conditions que le trimaran Macif rencontrait pour la première fois et où il s’est bien comporté. Pour la deuxième partie du Pacifique, François n’a pas mollit. Au contraire.  » Je n’ai pas essayé de freiner le bateau. Comme souvent dans les mers du Sud on se retrouve avec une dépression derrière soi et c’est en allant vite qu’on se préserve d’un deuxième coup de vent un peu fort. Sur les dernières 48 heures, j’ai fait très peu de changement de voiles, j’ai du faire à peine une heure de manœuvre.  »

Son émotion était palpable au passage du Cap Horn. Le caillou qu’il n’a pas pu voir.  « J’ai mis du temps à réaliser que j’avais passé le Horn ! C’était irréel. Je ne l’ai pas vu. Si je n’avais pas eu la carte, le GPS et l’ordinateur, cela aurait été difficile de faire la différence entre la mer actuelle et celle du Pacifique ! J‘ai eu du mal à réaliser. »

Et pour cause, François Gabart a bénéficié d’une bonne dépression pour poursuivre sa chevauchée fantastique encore 36 heures où il devrait accentuer encore son avance mais avec beaucoup de vigilance, la mer est forte, creuse et casse- bateau. Avec les Alizés, il va pouvoir remonter vers l’Equateur qu’il devrait atteindre dans 6-7 jours. Avant cela, il devrait croiser la route d’Yves Le Blévec d’ici 2 jours qui, sur son trimaran Actual part pour un exploit dans l’autre sens.