Présidence de World Sailing : un dernier bord très tendu !

World sailing election
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World Sailing doit annoncer dimanche le nom de son président, qui tiendra la barre pour les quatre prochaines années, au terme d’une campagne houleuse et dont le dernier bord s’avère très incertain, entre le président sortant, le Danois Kim Andersen et son rival chinois, Li Quanhai.

Covid-19 oblige, les fédérations ont voté à distance et les résultats seront annoncés lors d’une assemblée générale virtuelle.

Lors du premier tour, l’Espagnol Gerardo Seeliger et l’Uruguayen Scott Perry ont quitté la course. Seeliger a reconnu sa défaite non sans appeler à voter en faveur du candidat chinois, déjà vice-président de World Sailing et seul à même selon lui d’apporter « un vent de fraîcheur ».

Les enjeux sont de taille. Il faudra d’abord pour la fédération internationale recouvrer la santé financière. Comme beaucoup de fédérations, Word Sailing a subi de plein fouet la crise du coronavirus, qui a entraîné le report d’un an des Jeux olympiques de Tokyo et l’annulation de nombreuses épreuves. Sans compétitions, pas de revenus et pour faire face, la fédération basée à Londres a obtenu du Comité international olympique une avance substantielle sur la subvention que le CIO verse tous les 4 ans aux 28 fédérations des Jeux d’été.

Mais avant même la crise sanitaire, l’organisation faîtière de la voile mondiale n’était pas au mieux financièrement, la faute notamment à l’arrêt d’un partenariat mal ficelé avec le russe Gazprom et à un déménagement coûteux de Southampton à Londres et au versement.

Kim Andersen l’assure, « il y a 4 ans nous avons reçu de fausses informations sur la situation financière de World Sailing » . Proposant dans sa plateforme électorale d’augmenter « la participation et l’audience de la voile dans le monde » et de créer notamment des compétitions pour les jeunes, le Danois promet tout simplement « plus d’argent pour la voile » et estime que le potentiel commercial de son sport « est sous exploité ».

Face à lui, Li Quanhai n’a pas détaillé ses intentions. Mais le Chinois s’avance fort de nombreux atouts. Alors que les grandes compétitions ont émigré vers l’Asie, avec trois éditions des Jeux olympiques successivement sur le continent (JO d’hiver-2018 à Pyeongchang, JO d’été-2020 à Tokyo et d’hiver 2022 à Pékin), « il serait normal d’avoir la Chine, un pays majeur, à la tête d’une fédération internationale olympique », estime un cadre d’une fédération internationale.

« Il sera intéressant de voir le résultat de cette élection à la lumière des enjeux géopolitiques », ajoute ce familier des instances internationales.

Ancien directeur général de l’Administration chinoise des sports aquatiques et ex-président des fédérations chinoises d’aviron et de canoë, et actuel directeur général du Centre chinois des sports olympiques, Li Quanhai serait le mieux armé, selon ses supporteurs, pour restaurer la fragile santé financière de World Sailing, en s’appuyant sur de solides et ambitieux partenaires chinois. Très présents dans le sport international avec notamment Alibaba (l’un des top sponsors du CIO) ou le constructeur de smartphones Vivo, partenaire de la Fifa, les groupes chinois ne cachent pas leurs ambitions.

Selon le journal de Hong Kong, South China Morning Post (SCMP), Li bénéficierait également du soutien du géant de l’immobilier Evergrande, qui serait prêt à sponsoriser la fédération à hauteur de 10 millions de dollars US.

La Chine, qui disposait de peu d’infrastructures, s’est longtemps désintéressée de la voile. Il lui a fallu attendre les JO-2008 à Pékin pour remporter sa première médaille d’or dans la discipline.

Autre enjeu majeur de cette élection, l’aspect sportif avec une bataille qui fait rage entre les progressistes et la « vieille garde » concernant le programme des Jeux olympiques de Paris-24 et l’arrivée programmée de la course au large.

Prévue pour faire ses débuts à Marseille, la course au large, en équipage double et mixte sur un quillard monotype, avait été validée parmi les dix séries olympiques, à une écrasante majorité lors de l’assemblée générale de World Sailing en novembre 2018 à Sarasota (Etats-Unis), grâce notamment à l’action de la Fédération française de voile et de son président Nicolas Hénard.

Mais alors que la commission exécutive du CIO doit se prononcer définitivement début décembre sur ce programme, la fronde est montée au sein de la fédération internationale, menée par les conservateurs qui ne désespèrent pas de convaincre le président de l’instance basée à Lausanne, Thomas Bach et son état-major.

Pourtant, l’entrée de la course au large, de surcroît en France où elle est extrêmement populaire, s’inscrit parfaitement dans l’agenda 2020 du CIO, qui vise à dépoussiérer le programme et à une meilleure parité hommes/femmes.

En coulisses, les opposants à Kim Andersen et à ses réformes semblent s’appuyer sur Ser Miang, membre du CIO et même vice-président, représentant Singapour et également membre de la Commission d’éthique de World Sailing.

Durant la campagne, Andersen a du reste saisi la commission d’éthique, pour dénoncer « l’ingérence » de Ser Miang « dans les élections internes et la politique de World Sailing ».

Largement soutenue par la communauté de la voile, l’entrée de la course au large apporterait de fait du sang neuf dans un programme olympique dont le format des épreuves est parfois illisible pour le grand public.

Spectaculaire et plus télégénique que les parcours entre des bouées, l’épreuve qui doit durer 3 jours et 2 nuits, pourrait se disputer en juillet 2024 entre Marseille et la Corse, si la météo le permet. Illustration de la popularité de la discipline, le site Offshoredouble.org a déjà recueilli des centaines de soutiens, dont celui de Loïc Peyron.