@ Thierry Martinez

Le rendez-vous est attendu depuis longtemps pour les Ultimes. Au-delà du match entre l’un des plus grands paquebots du monde et les quatre trimarans Ultimes, présents sur cet événement en hommage au débarquement américain de la Première Guerre mondiale, THE BRIDGE est aussi la grande confrontation de ces géants des mers en format équipage. Une première sur un parcours mythique entre Saint-Nazaire et New-York, soit 3 150 milles et une bonne semaine de course.

Après les Multi50 partis pour le Record SNSM ce vendredi à 17 heures, dans une jolie brise d’Ouest, les regards à Saint-Nazaire sont maintenant tournés vers les quatre trimarans Ultimes qui ont investi le quai du Commerce la nuit dernière, à la marée de minuit. Alignés comme à la parade, ces géants des mers se préparent pour une transatlantique à rebondissements si on en juge les conditions météorologiques annoncées ! Dès dimanche à 19 heures, les quatre équipages vont devoir négocier une brise faible à modérée de secteur Nord-Ouest à Nord, pour sortir à la volée de l’estuaire de la Loire, aux côtés du Queen Mary 2. Et rapidement, les quatre voiliers et le navire à propulsion mécanique ne vont pas pouvoir suivre la même trajectoire…

Quatre géants et un titan
Car le paquebot armé par la compagnie britannique Cunard pourra prendre l’orthodromie (route directe) sans se préoccuper des conditions météorologiques, quand les quatre multicoques vont devoir composer avec une zone de calme au large du golfe de Gascogne dès les premières heures de la nuit : cette configuration pourrait inciter Francis Joyon (IDEC Sport), François Gabart (MACIF), Thomas Coville (Sodebo Ultim’) et Yves Le Blévec (Actual) à choisir des routes différentes ! Le recordman autour du monde en solitaire, Thomas Coville, annonçait dès vendredi qu’il avait opté pour la voie Nord, quand certains équipiers du recordman autour du monde en équipage, Francis Joyon, penchaient vers une route Sud.

En réalité, à ce jour, rien n’est encore clarifié sur l’océan Atlantique : une dépression de faible gradient va passer sur la route de The Bridge dès lundi soir, alors que l’anticyclone des Açores, étalé de l’Espagne aux Caraïbes, va progressivement se rétracter sur lui-même. Passer par le Nord, c’est s’assurer d’une brise plutôt établie de secteur Ouest, donc contraire ; glisser par le Sud, c’est se faire pousser par les alizés de Nord-Est à Est. Or, le choix de partir à droite ou à gauche de la route directe empruntée par le titan des mers doit se décider quasiment après le coup de canon libérateur ! Car si ces deux routes seront séparées latéralement de près de 1 000 milles, c’est surtout l’atterrage sur les côtes américaines qui importe.

Vitesse de croisière
En annonçant son arrivée à New York, le 1er juillet à 8 heures (heure locale), le Queen Mary 2 va devoir aligner des journées de 550 milles environ sur les cinq jours et dix-neuf heures de sa traversée, soit une moyenne de 23 nœuds en route directe ! Certes les trimarans Ultimes n’auront pas les conditions météorologiques idéales pour suivre sa trace, ni la régularité de son rythme de croisière, mais il est déjà certain que les quatre multicoques allongeront parfois la foulée à plus de 40 nœuds et des journées à plus de 700 milles sur l’eau. La difficulté pour les trimarans sera de savoir par quel côté aborder Long Island, sachant qu’une zone d’exclusion des glaces (au Sud de Terre-Neuve, à cause des icebergs emportés par le courant froid du Labrador) limite les possibilités par le Nord.

« Sur les routages aujourd’hui, nous sommes plutôt sur une route Nord qui nous amènerait à New York après huit à neuf jours de mer parce que ça démarre assez lentement, mais la course est avant tout entre nous quatre : à ce jour, nous n’avons pas la possibilité, avec les prévisions annoncées, d’arriver avant le Queen Mary 2. Ce qui ne retire rien au match que nous allons vivre entre nous quatre avec des trajectoires qui peuvent franchement différer », précisait Thomas Coville (Sodebo Ultim’) lors de la conférence de presse de ce vendredi matin.

Quant à la voie du Sud, elle n’est pas simple avec l’implosion de l’anticyclone des Açores en fin de semaine prochaine. Entre Bermudes et Big Apple, le vent ne répond presque plus ce week-end… De fait, les skippers semblent plutôt tabler sur une traversée en huit jours plein, mais ce qui importe sur cette transatlantique THE BRIDGE, ce sont les vitesses moyennes atteintes par les trimarans Ultimes et la distance parcourue en une journée sur ces 3150 milles de Saint-Nazaire à New York ! Et là, les quatre géants seront sans conteste beaucoup plus véloces que le titan des mers qui, lui, fera fi des aléas météorologiques.

Ils ont dit
Régis Benazech (Directeur de la Communication et du Développement de la SNSM)
« Le Record SNSM fête sa treizième édition sur un parcours original pour les Multi50, car l’idée cette année était d’organiser un événement qui complète THE BRIDGE, pour valoriser la solidarité maritime et honorer la venue du Queen Mary 2. Lors de son arrivée à Saint-Nazaire samedi, des vedettes de la SNSM viendront accompagner ce superbe paquebot jusqu’à sa forme de radoub : il fera alors résonner sa corne de brume et hissera le pavillon de la SNSM. Pendant ce temps-là, les canots de sauvetage déclencheront des feux à main orange, la couleur symbolique de la Société Nationale de Sauvetage en Mer. De même, le Queen Mary 2 sera accompagné jusqu’à la sortie du chenal lors de son départ dimanche pour New York. »

Thomas Coville (skipper de Sodebo Ultim’)
« THE BRIDGE sera vraiment la première confrontation que nous aurons en trimarans Ultimes ! Ces bateaux hors normes sont conçus pour des courses en solitaire et en particulier pour un tour du monde. Le Collectif Ultim s’est en effet projeté jusqu’en 2019 mais le point de départ de ce programme, c’est THE BRIDGE, une course en équipage : j’ai donc briefé mes équipiers sur la sécurité et sur la météo pour nous concentrer sur le match. »

François Gabart (skipper de MACIF)
« C’est historique ! Nous sommes cent ans après le débarquement des Américains qui ont permis de clore la Première Guerre mondiale et nous avons la première course de multicoques Ultimes en équipage. Le Queen Mary 2 a une vitesse moyenne proche de la nôtre sur un tel parcours, tout en embarquant des journalistes et des partenaires : c’est une idée exceptionnelle pour créer des liens avec le public. Et si on a la chance de se croiser au milieu de l’Atlantique, c’est génial ! Et n’oublions pas qu’il y a deux bateaux présents ici à Saint-Nazaire, qui ont réalisé des records extraordinaires autour du monde, en solitaire (Sodebo Ultim’) et en équipage (IDEC Sport). »