C’était un beau duel et les chances bien réparties entre l’expérimenté Sodebo Ultim’ contre le « trèsp » récent Maxi Edmond de Rothschild. Débriefing des skippers

« C’était stressant, mais on s’est régalé, on a régaté au contact avec Sodebo, c’était génial. Cela reste du multicoque en double donc le niveau d’adrénaline est assez élevé. On est encore dopé, je me sens en forme mais cela va retomber. C’était une course intense. Clairement le fait de régater à moins de 50 milles de ton adversaire, ça m’éclate. Tu es tout le temps aux réglages, c’est super stimulant. »

Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim’ (Ultime)
« En partant du Havre, on avait dit que ce serait un mano a mano. Dès la première nuit, on a vu que ça allait être super super chaud. On les a vu passer à notre vent, je peux vous dire que le Maxi Edmond de Rothschild qui déboite au vent à 40 nœuds, c’est super beau. Devant Guernesey, ils nous ont impressionnés parce que leur façon de naviguer voulait dire « on est là. » On s’est fait un peu distancer sur cette phase. »

Sébastien Josse, skipper de Maxi Edmond de Rothschild
« Il faut saluer la stratégie de Thomas et Jean-Luc au large des Açores, ils ont protégé l’ouest, c’est ça le coup qu’il faut retenir. On aurait pu se recaler faire plein de chose pour contenir cette attaque. Etre à Bahia avec le bateau en un seul morceau et avoir joué tout le temps au contact, c’est déjà très bien. On est des compétiteurs, on aurait bien sûr préféré être deux heures devant que derrière ! »

Jean-Luc Nélias, co-skipper de Sodebo Ultim’
« C’est le sport mécanique où il faut pousser pousser pousser. Le mec à coté il essaie de faire pareil. C’est comme le leader en montagne, tu ne sais jamais quand il va attaquer. On a passé notre temps à regarder derrière pour voir quand ils allaient revenir. C’est difficile à gérer au niveau tactique. Est ce qu’il faut protéger ou être agressif ? On a décidé d’être agressif parce que le bateau était robuste et fiabilisé. On a fait les trajectoires les plus tendues possibles pour ne pas lui laisser une miette. Il n’a pas molli. La nuit du départ à Guernesey, c’était dantesque, fallait vraiment s’accrocher pour pas se faire arracher par le bateau et là ils nous déboitent. Ils allaient très fort. »

Sur les soucis de foils du Maxi Edmond de Rothschild

NDLR : Avant le passage du front, le foil bâbord a lâché, puis en approche du Cap Vert, ce fut au tour du foil tribord…

Sébastien Josse
« La sortie du golfe de Gascogne n’était pas hyper clémente et on a eu notre lot de surprises journalières. On a des petits soucis sur les foils qui nous ont empêchés de voler. Cela nous un peu handicapé. C’est un souci de composite, il faudra regarder plus en profondeur, je n’en connais pas la cause. Les foils ne sont plus dans leur intégrité. Ils sont plus souples que ce qu’ils devraient être. Sur la dernière partie du parcours, c’est là qu’on aurait dû avoir les plus belles pointes de vitesse. C’est là où on est frustrés, car on aurait pu exploiter le potentiel maximum du bateau. On aurait pu aller très vite… On n’était pas dans un esprit d’attaque à la fin. On est resté un peu au large pour avoir plus de vent, Sodebo a optionné à la côte. On se limitait à une certaine vitesse pour garder le contrôle du bateau à cause de nos problèmes de foils.
A un moment donné, il faut être réalistes et conscients. A 100 milles de l’arrivée avec 70 milles de retard le pourcentage pour les doubler est infime à moins qu’ils aient un gros pépin. Arriver à Bahia, c’est un gros truc pour notre équipe. On aurait été à 10 milles derrière, l’état d’esprit n’aurait pas été le même. 
»

Thomas Coville
« Après la descente au portant après le front, très joli front d’ailleurs, on a senti à un moment donné un truc bizarre. Ils ont roulé le gennaker dans la nuit et se sont décalés. Du coup, on s’est décalé dans l’ouest et on est passé devant.  On s’est dit « peut-être qu’ils veulent assurer ». On ne savait pas.
Jusqu’à ce matin, on a tout donné. Cette nuit, à 100 milles du but, on a senti qu’ils jetaient l’éponge. C’est un moment très jouissif.
La seule chose qu’on arrivait à voir dans leur trace, c’était les manœuvres. Eux je ne pense pas qu’ils voyaient les nôtres parce qu’on a beaucoup bossé pour cela et fait une trajectoire très tendue, très fluide. Je n’ai jamais autant poussé le bateau en solo, surtout au reaching. Jean-Luc était super à l’aise au reaching, moi je n’avais pas ce curseur-là. 
»

Jean-Luc Nélias
« Rien n’a filtré, et on aurait fait pareil. Tout pouvait arriver jusqu’à la fin. »

 

Une victoire, une belle deuxième place en catégorie Ultime…

Thomas Coville
« C’est une belle victoire parce qu’elle montre qu’on sait faire autre chose que des records, on sait gagner des courses. C’est une belle histoire, on n’a pas laissé grand-chose de côté. L’état du bateau aujourd’hui après la traversée qu’on a faite, c’est le résultat d’un boulot monstrueux. Tous les teams ont magnifiquement évolué. Ce qu’ils ont fait en deux mois sur Edmond de Rothshild pour amener le bateau à Bahia, cela signifie clairement que c’est un bateau dont on n’a pas fini de parler.

Ce qui est compliqué dans nos sports mécaniques, c’est d’être dans le bon timing. Pour gagner une Transat Jacques Vabre, faut déjà être au départ, être au bon niveau technique au bon moment. Tout le milieu a monté. »

Sébastien Josse

« Au final, c’est satisfaisant, le bateau a été mis à l’eau en juillet l’année dernière, on a eu peu de temps pour le préparer et s’entraîner.

C’est du multicoque, on est à haute vitesse, on est stressé et super concentré, c’est sûr que l’on apprécie l’arrivée. Terminer quelques heures derrière ça gratte un peu mais ce n’est que le début de l’histoire du bateau. Le bateau à un potentiel énorme. »

Jean-Luc Nélias

« C’est génial de gagner une Transat Jacques Vabre ! Ca ne se gagne pas comme ça, il faut se battre. Il y a 8 jours on était tous ensemble au Havre, et là on se retrouve dans un autre continent un autre hémisphère. Un jour tu es au Cap Vert, le lendemain, tu es au Pot au noir. Avant-hier on était au Pot au noir et cette nuit on croisait des pêcheurs brésiliens. Ils ne pouvaient pas imaginer que 48 heures on était au Cap Vert! On part du Havre, c’est la pleine lune, chaque jour elle se décale dans le ciel, elle est pas au même endroit. On navigue à une échelle planétaire ».