Morgan Lagravière : « Supporter le vacarme incessant sur un IMOCA 60 »

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Jean Marie Liot / DPPI / Safran

« Quand je pose le pied à terre, je suis à chaque fois surpris par le silence qui m’entoure… » Pour Morgan Lagravière, naviguer sur un IMOCA 60’ de nouvelle génération c’est accepter de supporter un vacarme incessant dans lequel il va devoir distinguer les sons familiers, voire rassurants, de ceux qui donnent l’alerte. Un exercice qui demande un bon équilibre entre vigilance et confiance. Morgan nous explique comment il compte intégrer cette problématique qui va l’accompagner tout au long de ses prochaines courses à bord de Safran.

Le confort acoustique du marin ne semble pas être une priorité dans la conception de ce type de bateau…

Morgan Lagravière – C’est évident. Architectes et constructeurs ont deux axiomes de base à respecter pour concevoir nos machines : il faut une coque rigide et étanche, ce que la construction carbone permet. Dans le même temps, l’objectif est de produire un ensemble qui soit le plus léger possible, donc que les aménagements intérieurs soient réduits à leur plus simple expression. Au final, le skipper vit en permanence dans une caisse de résonnance où tous les bruits sont amplifiés, depuis le choc du bateau contre les vagues jusqu’aux vibrations du gréement.

Existe-t-il des bruits plus gênants que d’autres ?
M. L. – Les plus gênants sont tous les sons qui montent dans les aigus. Par exemple, les foils engendrent un sifflement strident dès que le bateau atteint de hautes vitesses. C’est terriblement stressant, mais c’est en même temps le signe que le bateau avance bien. Le marin finit donc par s’en accommoder. Il y a heureusement d’autres sons qui peuvent être modérés : pour le haubanage, l’équipe technique a installé des amortisseurs au niveau des points d’ancrage qui atténuent les vibrations. De la même façon, le compartiment moteur est insonorisé. Certains bruits m’affectent moins : une voile qui bat génère un bruit infernal dans la cabine, mais comme dans la plupart des cas je suis sur le pont en train de la manoeuvrer, je ne m’en rends pas vraiment compte. Mais en équipage, quelqu’un qui serait dans la cabine pourrait trouver le vacarme insoutenable.

Justement, comment fais-tu pour déceler les bruits qui doivent t’alerter des autres ?
M. L. – En fait, c’est assez intuitif. Au milieu de tout ce tintamarre, on finit par trouver une sorte d’harmonie. On sent que le bateau est en phase avec les éléments, qu’il est bien réglé quand le rythme de l’eau le long de la coque, les chocs contre les vagues, les sifflements du gréement ou des foils obéissent à une certaine rythmique. En course, même quand je dors, mon oreille reste aux aguets. Il suffit que cet équilibre sonore se rompe pour que je sois immédiatement réveillé. Par exemple, dans la Transat Saint-Barth – Port-la-Forêt, le bruit produit par la rupture de mon vérin de quille m’a tout de suite alerté avant même que le bateau se comporte de manière anormale.

Comment fais-tu pour supporter cet environnement sonore ? Et t’en protéger ?
M. L. – Pas facile ! Il existe aujourd’hui des casques anti-bruit mais qui isolent du monde extérieur. Et qui empêche d’être vraiment à l’écoute du bateau. J’ai testé des écouteurs qui permettent d’atténuer ces bruits sans les filtrer, mais je ne retrouve pas vraiment les mêmes sensations. Et pourtant, il faut se protéger. En naviguant au large, j’ai appris à écouter de la musique, comme celle que ma compagne me prépare sur des playlists. Cela me permet de souffler, de m’évader un peu. Mais je sais que nombre de marins souffrent d’acouphènes pendant plusieurs jours après une longue navigation au large…

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