Formateur en stratégie météo au Pôle Finistère Course au Large, Jean-Yves Bernot est depuis une vingtaine d’année la véritable référence en la matière. Entre regard précurseur, travail acharné et transmission de savoir, il nous explique sa méthode et les raison de son succès.

Météorologue, routeur, navigateur, formateur… Les qualifications ne manquent pas lorsque l’on parle de Jean-Yves Bernot. Connu de tous dans le microcosme de la course au large, le « Sorcier », comme on aime à l’appeler, n’a plus de réputation à se faire lorsqu’il est question de stratégies de course. Grand gourou des fronts, dépressions, anticyclones en tous genres et autres zones de convergence susceptibles de se faire arracher les cheveux au plus expérimenté des marins, le Professeur Bernot peut d’ailleurs se targuer d’avoir travaillé avec quatre des figurants au Top 5 du dernier Vendée Globe : Armel Le Cléac’h, Jérémie Beyou, Jean-Pierre Dick et Yann Eliès. Rien que ça ! « C’est une fierté bien sûr, cela veut dire que mon travail avec eux n’a pas servi à rien, s’est-il félicité. J’étais assez amusé quand, dans leurs messages du bord, certains parlaient du Road Book que je leur avais mis à disposition avant le départ, cela montre qu’il leur était utile, qu’il les rassurait. » Expert de l’analyse des systèmes météorologiques, Jean-Yves Bernot l’est également dans les choix stratégiques, les deux domaines étant toujours intimement liés : « Je donne des formations météo ET stratégie, car on ne sépare jamais les deux. Le but est de trouver comment traverser des éléments qui sont mouvants, comment affronter tous les types de transitons météo tout en prenant la meilleure décision possible, malgré la fatigue, dans des conditions loin d’être optimales, sans casser le bateau. Je leur fournis beaucoup de documents, d’animations, on étudie grand nombre de cas applicables pendant de nombreuses séances… Cela demande des réflexes et, comme dans toute discipline, les réflexes viennent en s’entraînant. »

À force d’apprentissage… 
Si les Le Cléac’h, Beyou, Dick et compagnie sont aujourd’hui en mesure de choisir par eux-mêmes les meilleures options stratégiques après plus de 70 jours de course, de stress et de soucis techniques, c’est en effet à fore d’un apprentissage intense et sur le long terme. « Au Pôle Finistère Course au Large, ce qui est intéressant, c’est qu’on voit arriver les jeunes, souvent en Figaro, qui quelques années plus tard sont en mesure de gagner un Vendée Globe, explique Bernot. L’idée est de leur faire gravir les échelons, de les rendre autonomes et il m’arrive souvent aujourd’hui, à terre, de ne pas toujours être d’accord avec l’option choisi par l’un des mes poulains. Alors je grogne, mais c’est finalement parfois une bonne idée, ce qui compte est qu’ils s’approprient les outils que je leur ai mis à disposition. » Lui même ancien navigateur, ayant depuis affalé les voiles pour se consacrer à son ordinateur, « comme tout sportif de haut niveau qui vieillit et à qui il reste de transmettre ce qu’il sait », le Sorcier estime en effet avoir accompli sa mission lorsque l’élève parvient à s’émanciper et à devenir meilleur routeur en mer que n’importe quel routeur à terre. Ce, grâce à une méthode de travail bien particulière, basée sur la conscience qu’il y aura toujours des bonnes et moins bonnes options. « À mon époque, j’étais assez en avance sur les méthodes de navigation et personne ne comprenait d’où je sortais mes trajectoires venues de nulle part… d’où mon surnom, a-t-il ri. Mais c’est que j’ai une approche particulière de la prise de décision stratégique, où je me focalise davantage sur le déséquilibre entre les conséquences d’une mauvaise ou d’une bonne décision : les erreurs ne doivent pas être catastrophiques, elles ne doivent pas se propager, tandis que les gains doivent être importants et définitifs. C’est ma marque de fabrique, le travail de fond sur la prise de décision. Les mauvais décisionnaires oublient qu’il n’y a pas de risque zéro, si on ne prend pas de risque, on ne fera jamais rien. » Une « méthode Bernot » que son inventeur tente aujourd’hui d’inculquer le plus tôt possible, auprès de tous les profils de navigateurs : « Maintenant que je ne navigue plus, je regarde vraiment les marins avec plaisir, je suis admiratifs et apprends d’eux aussi. Cette année, je vais travailler avec les futurs participants à la Transat Jacques Vabre, avec François Gabart pour son tour du monde en solitaire, mais aussi avec les coureurs de la Transquadra, ou de la Classe Mini. Travailler avec les stars de la voile ne signifie pas qu’il faut oublier le reste du paysage, avec des jeunes qui feront la génération suivante. On ne veut pas transformer le Pôle en ENA de la voile, il nous faut rester au contact des tous les navigateurs, c’est ce qui m’intéresse. » Afin que son savoir se transmette, de génération en génération.

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