03/10/2017, Saint-Tropez (FRA,83), Les Voiles de Saint-Tropez 2017, jour3

Si le résidu du coup de vent qui a secoué la flotte des Voiles hier après midi, faisait ce matin encore craindre une nouvelle journée sous haute tension, il n’en fut en définitive rien, Eole choisissant de s’apaiser dès la mi-journée, et la houle de s’aplatir pour favoriser le lancement sur tous les ronds concernés, Modernes, Classiques et Wally, de nouvelles joutes acharnées dans tous les groupes de l’épreuve. Les grands et racés Wally ont enchainé deux parcours de type bananes devant Pampelonne, tandis que Modernes et Classiques croisaient leurs routes en bordure d’un golfe ensoleillé comme au plus fort de l’été.

Le volet compétition des Voiles va demain et selon une tradition désormais bien établie, laisser place à cette journée aussi particulière que prisée des régatiers, la Journée des défis qui commémore l’esprit créateur de la Nioulargue, ancêtre des Voiles, née en 1981 avec cet historique duel amical entre Pride et Ikra. Celle de demain sera néanmoins placée sous le signe de la solidarité entre Saint-Tropez et Saint-Barth, liées de longue date, après le passage de l’ouragan Irma sous le slogan : tous marins, tous solidaires.

Où l’on reparle de Cannonball
Le tout nouveau Maxi 72 Cannonball, lancé au printemps dernier sur plan Botin, et déjà vainqueur à Palma, trouve ses marques à Saint-Tropez. Eliminé pour un départ anticipé hier, il a remis les chronos à l’heure aujourd’hui en s’imposant en temps compensé à l’issue du joli parcours de 25 milles dessiné entre Pampelone et le Portalet. Dans un vent de nord est allant mollissant, la belle « luge » de Dario Ferrari a fait merveille, terminant littéralement dans le tableau arrière de Rambler et ses 100 pieds de haute technologie. Si le Maxi My Song franchit en tête la ligne d’arrivée, il doit s’incliner après calcul de son handicap de jauge devant le Marten 72 Aragon et le VOR 70 Babsy de Franck Cammas et Lionel Péan, et tête au classement général provisoire (avant jury) à mi-parcours, devant My Song et Farfalla, le super yacht signé Mario Pedol.

Sovereign tire les marrons du feu
Nouvelle journée de régate très disputée chez les 12 m JI. Dans un vent plus en rapport avec ses affinités, c’est Sovereign, le plan Robertson de 1972 qui s’est joué du clapot et de ses adversaires pour remporter le parcours du jour, au terme de moult rebondissements et d’une navigation sans faille orchestrée par Nicolas Bérenger à la barre, et Nicolas Fauroux à la nav’. France (Mauric 1970) limite les dégâts en devançant Ikra pour une fois distancée sur la ligne. Une véritable remise à l’heure des pendules dans ce groupe qui compte aussi Il Moro di Venezia. La rivalité des 12 se poursuivra demain, jour des Défis, avec un passionnant challenge entre Ikra (Boyd 1964), France et Sovereign.

Mariska fait le job
En situation d’abandon hier dans le vent et la mer « casse bateau », Mariska se devait aujourd’hui de briller afin de remettre les compteurs à zéro dans cette formidable confrontation fraternelle entre les quatre plans Fife de la Classe des 15 m JI. Le Trophée Rolex était à ce prix et les hommes de Christian Niels se sont parfaitement accommodés de la tâche. Un bon départ, malgré le sévère marquage de Tuiga, un passage en tête à la bouée au vent vers les Issambres, et une descente toute en contrôle vers le Portalet ont assuré le succès du jour, et repositionné en tête du classement général provisoire le Fife millésimé 1908.

Les marins des Voiles solidaires de Saint-Barth!
Pour manifester le soutien des quelques 4 000 marins présents aux Voiles, ainsi que de toute la communauté des Voiles de Saint-Tropez, le président de la Société Nautique, André Beaufils, a décidé d’arborer demain jeudi sur le bateau comité une banderole bien visible de tous, proclamant la solidarité entre Saint-Tropez et Saint Barth, victime du cyclone Irma.

Demain, les Défis!
Le jeudi, et c’est de tradition, les Voiles de Saint-Tropez célébrent l’esprit créateur de la régate originale vers la Nioulargue entre Ikra et Pride. Les concurrents sont invités à se défier au gré de leurs affinités, en dehors de toute logique de jauge, pour le simple plaisir d’en découdre entre régatiers. A noter que les quatre 15 m JI engagés dans le Trophée Rolex disputeront une manche dans le golfe demain.

Club 55 Cup : sur la trace des pionniers
Au-delà des illustres trophées sportifs disputés pendant les Voiles, la Club 55 Cup a une place à part. Relancé en 2003, ce duel singulier au cœur de la semaine est plus qu’une commémoration. C’est un véritable hommage à l’esprit de la régate telle qu’elle était pratiquée au siècle dernier, quand, dans un simple élan de compétition amicale, deux capitaines se lançaient un défi pour l’amour du sport avec pour seul enjeu le plaisir d’opposer et de comparer sur l’eau les performances d’un yacht et de son équipage. Depuis sa renaissance, la Club 55 Cup n’a connu que 8 vainqueurs, Ikra (12 m JI) en 2003 et 2004, The Blue Peter (côtre bermudien 20m, Mylne 1930) en 2005 et 2006, Lucia (yawl Bermudien 19m, Alden 1940) en 2007 et 2008, Cambria (23mJI Bermudien 40m, Fife 1928) en 2009, Mariquita (19mJI Aurique 33m, Fife 1911) en 2010 et 2011, Altaïr (Goélette Aurique 40m, Fife 1931) en 2012, Moonbeam III (cotre Aurique 25m, Fife 1903) en 2014 (2013 n’ayant pas été courue pour cause d’intempéries), ainsi qu’en 2015, et enfin Eugenia V (Ketch Marconi 21m60) en 2016.

Son règlement est a priori parfaitement simple : deux bateaux se lancent un défi le jeudi sur un parcours de 15 milles nautique – Tour du Portalet, bouée de la Nioulargue, Le Club 55 –, celui qui termine devant l’autre l’emporte et lance un défi au bateau de son choix l’année d’après, et le tout se terminant par un incontournable déjeuner sous les tamaris du Club 55 pour les deux équipages. Déjà un peu enrichies depuis leur création – si un bateau l’emporte deux fois, c’est son dauphin qui devient le nouveau  »défendeur », quel que soit le résultat sur l’eau – les règles de cette compétition hautement honorifique ont encore dû évoluer.

On le voit, le règlement très strict de la Club 55 – qui prévoit une caution en bouteilles de rosé de la presqu’île en cas de réclamation – ne permet pas forcément de savoir qui en sera le tenant, ni l’aboutissement ! Seule obligation incontournable : le propriétaire du bateau doit être à bord en personne le jour de la redoutable épreuve. Demain, Eugenia V a choisi de défier Savannah, le sloop de 27,50 m signé signé Pedrick (1996).

Enterprise, un yawl signé Sparksman&Stephens
Très en vue au sein du groupe des voiliers d’Epoque Marconi, le yawl Enterprise a été lancé en 1939 aux Etats-Unis sous le nom de Clemencia, construit en chêne et acajou par Robert Jacob à New York. Renommé Adios après la guerre, il a rejoint la côte Pacifique à San Francisco, et a participé avec succès à la Transpac, San Francisco-HawaÏ. Cet élégant yawl de 19 mètres hors tout navigue désormais en Méditerranée, et ravit les amateurs du style épuré propre à Sparksman&Stephens.
Pour mémoire, le yawl (nom masculin) est un voilier à deux mâts dont l’artimon (mât arrière) est positionné en arrière de la mèche de safran. L’implantation du mât d’artimon, appelé tapecul, de plus petite taille que le mât principal, se situe à l’extrême arrière du pont, derrière l’axe de rotation du safran (partie mobile immergée à l’arrière du bateau servant à le diriger et fautivement appelée gouvernail).Le tape cul permet d’équilibrer les gréements, qu’ils soient auriques ou marconi.