Les concurrents en limite de la zone d´exclusion

We are water
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Ce n’est pas tellement la présence des glaces dérivantes matérialisées par quelques icebergs qui est à craindre. Mais ils laissent dans leur sillage des petits morceaux de glace, les growlers, qui sont un véritable danger pour les monocoques engagés dans la course. Ce sont donc de véritables murs de plusieurs dizaines de tonnes qui peuvent se dresser sur la route des monocoques de la Barcelona World Race. Pour peu que la mer soit formée, même à l’œil nu, ces dangers potentiels sont quasiment indétectables. Le principe de la zone d’exclusion permet de prévenir ces risques, avec comme corollaire cette navigation contrainte le long du 45° sud que l’on a pu observer dans la première moitié de l’océan Indien. Mais pour les leaders, le jeu va s’ouvrir puisque les limites de la zone d’exclusion ont été repoussées de 90 milles dans le sud à la hauteur de la Nouvelle-Zélande. Ainsi les concurrents vont pouvoir descendre jusqu’à 55° sud, quasiment au moment du passage de l’antiméridien, avant de devoir de nouveau remonter au milieu du Pacifique.

Ce passage dans les latitudes sud n’aura pas que des conséquences stratégiques. Car s’il ouvre le jeu, il permet à la flotte de se rapprocher des centres dépressionnaires : pour tous, cela signifie une mer encore plus formée, des rotations de vent plus brutales au passage des fronts. Mais surtout, les températures de l’air comme de l’eau vont encore chuter et accentuer les sensations de froid et d’humidité à bord.

Pour l’heure, les écarts se sont stabilisés au sein de la flotte. A l’exception de One Planet One Ocean & Pharmaton et Spirit of Hungary qui peinent à accrocher les régimes d’ouest salvateurs, tout monde aligne un peu plus de 350 milles par jour. A bord de Neutrogena, on ne cherche pas à forcer le destin. L’équipage de Cheminées Poujoulat a su faire la différence sur une zone de transition, ce n’est pas en poussant les feux de leur machine que Guillermo Altadill et José Muñoz vont pouvoir reprendre les quelque douze heures de retard qu’ils traînent depuis l’entrée dans l’océan Indien. Le navigateur espagnol, rompu aux mers du Sud avec déjà six tours du monde à son actif, sait bien qu’il lui faudra attendre des conditions météo plus tordues pour espérer passer à l’attaque.

Seuls Sébastien Audigane et Jörg Riechers à bord de Renault Captur n’hésitent pas à mettre du charbon pour reprendre des milles à GAES Centros Auditivos. Tous deux sont issus de la même filière du dériveur, l’un comme l’autre apprécie de faire valoir son toucher de barre pour grappiller quelques dixièmes de nœuds. Leur plan Finot est parfaitement adapté à ce type de conditions et les deux navigateurs entendent bien en profiter.  

Ils ont dit :

José Muñoz (Neutrogena) : « On fait notre course et, bien sûr, on regarde ce qui se passe, devant nous comme derrière. On regarde les conditions météo et on essaye de se projeter à quatre ou cinq jours pour anticiper le manque de vent ou trop de vent. L’objectif c’est d’essayer d’aller le plus vite possible et le plus au sud possible. Mais, les conditions sont instables, le vent forcit puis mollit… on espère que les prochains jours, comme l’annoncent les prévisions, les vents seront un peu plus stables en force comme en direction et qu’on pourra en tirer le meilleur. »

Conrad Colman (Spirit of Hungary) : « Alors que le vent a tourné et souffle du Nord, l’air chaud sur l’océan plus froid a créé un brouillard épais et cela fait presque 2 jours que nous avons une visibilité proche de zéro. Nous suivons nos progrès grâce à des points sur un écran et la prochaine fois que nous verrons un bout de terre, ce sera au Cap Horn, dans quelques semaines! Nous avons attendu avec un peu d’anxiété que le vent tourne hier soir alors que nous nous approchions à grands pas de la zone d’exclusion, mais le changement est arrivé, au dernier moment, comme dans un bon film à suspens nous permettant enfin de reprendre notre route vers l’est! Le moral est bien meilleur à bord maintenant que nous allons dans la bonne direction dans des conditions beaucoup plus agréables que notre semaine passée au près.»

Classement à 15h00

Cheminées Poujoulat (B Stamm – J Le Cam) à 12 834,1 milles de l’arrivée
Neutrogena (G Altadill – J Muñoz) à 208,3 milles
GAES Centros Auditivos (A Corbella – G Marin) à 1175,3 milles
Renault Captur (J Riechers – S Audigane) à 1451,9 milles
We Are Water (B Garcia – W Garcia) à 2073,2 milles
One Planet One Ocean & Pharmaton (A Gelabert – D Costa) à 3028,2 milles
Spirit of Hungary (N Fa – C Colman) à 3536,2 milles