Le film de la course

Prologue Les Sables Les Açores
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La course démarre des Sables d’Olonne sous un ciel maussade, par petit temps. Au menu, une traversée d’une huitaine de jours les attend avec quelques passages délicats à négocier. Première difficulté, le contournement d’une bulle anticyclonique centrée pile sur la route. Toute la flotte descend le long des côtes espagnoles et déjà des écarts se creusent. Au fur et à mesure que les navigateurs approchent des côtes cantabriques le vent d’est forcit progressivement. Les hommes de tête prennent la poudre d’escampette avec deux duels en série et prototypes. En série, Damien Cloarec (ETF-www.damien-cloarec.fr) et Tanguy Le Turquais (Terréal – Rêves d’Enfance) se rendent coup pour coup. En proto, les deux plans Raison de Giancarlo Pedote (Prysmian) et Davy Beaudart (Cultisol) dominent la flotte.
Le passage du DST du cap Finisterre se fera à vitesse express, pendant qu’un des outsiders Ian Lipinski (Entreprises Innovantes) se déroute sur Gijon, palier de barre cassé.

C’est au niveau du cap Finisterre qu’apparaissent les premières divergences de route entre les coureurs. En série, les deux leaders choisissent d’infléchir leur route vers le sud. Une petite dorsale barre la route des coureurs et Damien comme Tanguy ont estimé que le contournement de cette zone de vents faibles par le sud sera plus efficace. De surcroit, ils bénéficient d’un meilleur angle et pensent pouvoir compenser par leur vitesse la route qu’ils vont devoir faire en plus. D’autres n’ont pas la même analyse : en série, un trio composé de Damien Audrain (EPC – Rêves de Clown), Jonas Gerckens (Netwerk) et François Jambou (Kaïros) a choisi de privilégier l’orthodromie. En proto le duel a tourné court avec le démâtage de Davy Beaudart à trois jours de l’arrivée. C’est Michele Zambelli (Fontanot) qui prend la deuxième place en ayant, lui aussi, joué la carte de l’orthodromie.

Petit à petit les concurrents viennent s’amarrer aux côtés de Giancarlo Pedote, impeccable vainqueur de l’étape. Le skippeur italien a frappé un grand coup et dispose de plus de huit heures d’avance sur Michele Zambelli et près de 12 sur Nicolas Boidevezi, troisième.

Deuxième étape : Bertha la menace

A quelques heures du départ, l’ambiance s’est tendue à Horta. Les fichiers météo n’annoncent rien de bon : la tempête tropicale Bertha menace de balayer l’Atlantique et de cueillir la flotte à l’entrée du golfe de Gascogne. Même aux allures portantes, la situation pourrait devenir critique rapidement avec des vents moyens supérieurs à 40 nœuds. C’est donc fort logiquement que la direction de course prend la décision de reporter le départ de 28 heures, le temps d’observer la trajectoire de Bertha. Le lendemain, à 17 heures TU, c’est enfin le grand départ. Les dernières analyses montrent que la dépression tropicale a infléchi sa route vers le nord. Ce sera musclé, mais ce sont des conditions qu’un Mini doit pouvoir affronter.

La course démarre d’emblée sur un tempo pour hommes forts. On retrouve aux avant-postes les revanchards de la première étape, Nico Boidevezi (ImaginAlsace) en proto, Tanguy Le Turquais (Terréal Rêves d’Enfance), Damien Cloarec (ETF – www.damien-cloarec.fr) ou bien encore Patrick Girod (Nescens) en série. Dès les premières vingt-quatre heures, la casse fait le tri : Nolwen de Carlan (Reality) doit retourner aux Açores pour réparer son anneau de sous-barbe qui s’est brisé, Olivier Jehl (Zigoneshi) démâte et doit se dérouter sous gréement de fortune vers Terceira. D’autres ont leurs petits soucis : on ne compte pas les départ au tas, les spis qui chalutent, les poulies qui rendent l’âme, les pilotes qui deviennent fous… En tête, les hommes forts font le trou. En proto Nico Boidevezi et Giancarlo Pedote (Prysmian) relèguent en quarante-huit heures le reste de la flotte à plus de 30 milles. En série, ils sont cinq à se bagarrer comme des chiffonniers : outre Tanguy Le Turquais et Damien Cloarec, Damien Audrain (EPC – Rêves de Clown), Patrick Girod et Armand de Jacquelot (Enelos Communication) ont pris le rythme. Entre eux et le reste du peloton, seul Charles Boulenger (Foksamouille) fait le yoyo : un coup relégué aux alentours de la dixième place, il contre-attaque comme il sait le faire, cravachant son bateau pour revenir au contact. Ce n’est pas ce genre de traitement qu’apprécient beaucoup les gréements. Charles Boulenger démâte alors qu’il est à plus de 400 milles des côtes espagnoles, Damien Audrain brise un collier de barres de flèche et voit s’envoler ses rêves de victoire finale. Pour autant, la navigateur lorientais n’abandonne pas : avec les conseils de quelques confrères il décide de bricoler un brélage au niveau des barres de flèches. L’exploit lui vaudra de sauver sa quatrième place au classement général.

En proto, Michele Zambelli (Fontanot) ne peut rien faire contre l’échappée de Nico Boidevezi et Giancarlo Pedote. Il va s’efforcer de conserver sa troisième place de l’étape et se maintenir sur le podium du classement général. En bateaux de série, la course par élimination continue : Patrick Girod casse un de ses safrans, suite à un choc avec probablement un cétacé, de même que Simon Brunisholz (minilab-www.defiatlantique.ch), Christophe Fialon (Oryx) et Hervé Aubry (Voilerie HSD). Seul ce dernier jettera l’éponge, les autres décidant d’arriver, même sur une patte aux Sables d’Olonne.

Dans le golfe de Gascogne, la situation s’est largement décantée. En prototype, seul Giancarlo Pedote résiste à l’offensive de Nico Boidevezi. Le skipper italien, fera une course remarquable d’intelligence. A 200 milles de l’arrivée, il sait que le classement général ne peut plus lui échapper, sauf avarie. Sagement, il laisse son adversaire empocher les lauriers de cette deuxième étape et assure le coup, signant là une victoire incontestable. La surprise viendra des poursuivants où Ian Lipinski (Entreprises Innovantes) soufflera la troisième place du classement proto à Michele Zambelli et Ludovic Méchin (Microvitae). En série, c’est le duel à distance entre Tanguy Le Turquais et Jonas Gerckens (Netwerk) qui va retenir toute l’attention. A 24 heures de l’arrivée, Tanguy possède près de cent milles d’avance et huit heures de retard au classement général sur le navigateur belge. On se dit à ce moment-là que ce sera compliqué pour Jonas de conserver sa première place. Mais dans la nuit, les données s’inversent : Tanguy se fait engluer dans des calmes orageux et Jonas lui reprend près de quarante milles en quelques heures. Et au petit matin, l’ordre d’arrivée de la première étrape est rétabli. Jonas termine un peu plus de six heures derrière Tanguy, mais remporte la course avec 1h34mn d’avance sur son nouveau dauphin. Deuxième de l’étape, Damien Cloarec ne pourra pas reprendre suffisamment de temps pour monter sur le podium. C’est François Jambou (Kaïros) qui complète le podium avec une belle quatrième place au retour.

Classement général de l’épreuve, rappel
Protos
1 Giancarlo Pedote, 12j 23h 44mn 46s
2 Nicolas Boidevezi à 8h 43mn 42s
3 Michele Zambelli à 19h 55mn 11s
4 Ludovic Méchin à 1j 08h 43mn 17s
5 Fidel Turienzo à 2j 07h 44mn 17s

Séries
1 Jonas Gerckens, 14j 17h 29mn 35s
2 Tanguy Le Turquais, à 01h 34mn 57s
3 François Jambou, à 05h 28mn 34s
4 Damien Audrain, à 06h 23mn 55s
5 Damien Cloarec, à 11h 06mn 04s