Le Chinois Li Quanhai, nouveau président de World Sailing

Nouveau président World Sailing

Le Chinois Li Quanhai, 58 ans, a été élu dimanche à la présidence de World Sailing où il succède au Danois Kim Andersen, qui aura assuré un seul mandat de 4 ans. Ancien directeur général de l’Administration chinoise des sports aquatiques et ex-président des fédérations chinoises d’aviron et de canoë et actuel directeur général du Centre chinois des sports olympiques, M. Li a obtenu 68 voix contre 60 à M. Andersen.

Le résultat du scrutin a été annoncé à l’occasion d’une assemblée générale de la fédération internationale qui s’est tenue virtuellement en raison de la crise du Covid-19. Membre du conseil de World Sailing de 2006 à 2012 puis vice-président depuis 2013, M. Li a été élu au terme d’une campagne très tendue, où des accusations d’ingérence ou de comportements contraires au code d’éthique se sont multipliées.

Deux autres candidats avaient été écartés au premier tour, l’Espagnol Gerardo Seeliger et l’Uruguayen Scott Perry. Seeliger avait reconnu sa défaite non sans appeler à voter en faveur du candidat chinois, seul à même selon lui d’apporter « un vent de fraîcheur ». M. Li, seul Chinois à présider actuellement une fédération internationale d’un sport olympique, n’est cependant pas le premier citoyen de l’Empire du milieu à diriger une grande fédération.

Avant lui, Wei Jizhong avait présidé la Fédération internationale de volley-ball de 2008 à 2012 et Lu Shengrong, par ailleurs membre du CIO jusqu’en 2001, avait occupé la présidence de la Fédération internationale de badminton, autre sport au programme olympique.

Hénard a invité le nouveau président

« J’ai félicité le nouveau président. Avec lui nous avons des membres du Conseil très expérimentés et solides» dont le Français Yann Rocherieux, a réagi Nicolas Hénard, président de la Fédération française de voile, interrogé par CourseAuLarge. « J’ai d’ores et déjà invité M. Li à venir en France et à Marseille, dès que la situation sanitaire le permettra, pour lui détailler la préparation des épreuves de voile des JO-2024 et lui montrer tout le potentiel du programme voté en 2018 et qui intègre notamment pour la première fois la course au large », a ajouté M. Hénard, double champion olympique en Tornado.

M. Li qui a participé à la campagne de candidature victorieuse de Pékin pour les JO-2008, souligne que depuis lors le pays s’est doté de « 26 centres d’entraînement à la voile » et compte désormais « des dizaines de clubs de voile et de bases d’entraînement ».

La Chine, qui disposait encore récemment de peu d’infrastructures, s’est longtemps désintéressée de la voile. Il lui a fallu attendre les JO-2008 à Pékin pour remporter sa première médaille d’or dans la discipline.

Face à Kim Andersen qui a présidé à la modernisation du programme olympique, avec l’entrée notamment de la course au large dès les JO de Paris-2024, le Chinois s’avançait fort de nombreux atouts. Alors que les grandes compétitions ont émigré vers l’Asie, avec trois éditions des Jeux olympiques successivement sur le continent (JO d’hiver-2018 à Pyeongchang, JO d’été-2020 à Tokyo et d’hiver 2022 à Pékin), il semble « normal d’avoir la Chine, un pays majeur, à la tête d’une fédération internationale olympique », explique un cadre d’une fédération internationale interrogé par CourseAuLarge et qui met en lumière « les enjeux géopolitiques » derrière cette élection.

Selon ses soutiens, Li Quanhai était le mieux armé pour restaurer la fragile santé financière de World Sailing, en s’appuyant sur de solides et ambitieux partenaires chinois. Très présents dans le sport international avec notamment Alibaba (l’un des top sponsors du CIO) ou le constructeur de smartphones Vivo, partenaire de la Fifa, les groupes chinois ne cachent pas leurs ambitions.

Selon le journal de Hong Kong, South China Morning Post (SCMP), Li bénéficierait également du soutien du géant de l’immobilier Evergrande, qui serait prêt à sponsoriser la fédération à hauteur de 10 millions de dollars US.

Les enjeux sont de taille. Il faudra d’abord pour la fédération internationale recouvrer la santé financière. Comme beaucoup d’autres fédérations, Word Sailing a subi de plein fouet la crise du coronavirus, qui a entraîné le report d’un an des Jeux olympiques de Tokyo et l’annulation de nombreuses épreuves. Sans compétitions, pas de revenus et pour faire face, la fédération basée à Londres a obtenu du Comité international olympique une avance substantielle sur la subvention que le CIO verse tous les 4 ans aux 28 fédérations des Jeux d’été.

Mais avant même la crise sanitaire, l’organisation faîtière de la voile mondiale n’était pas au mieux financièrement, la faute notamment à l’arrêt d’un partenariat mal ficelé avec le russe Gazprom et à un déménagement coûteux de Southampton à Londres et au versement. Autre enjeu majeur de cette élection, l’aspect sportif avec une bataille qui fait rage entre les progressistes et la « vieille garde » concernant le programme des Jeux olympiques de Paris-24 et notamment l’arrivée programmée de la course au large et la disparition du Finn.

Prévue pour faire ses débuts à Marseille, la course au large, en équipage double et mixte sur un quillard monotype, avait été validée parmi les dix séries olympiques, à une écrasante majorité lors de l’assemblée générale de World Sailing en novembre 2018 à Sarasota (Etats-Unis), grâce notamment à l’action de la Fédération française de voile et de son président Nicolas Hénard.

Mais alors que la commission exécutive du CIO doit se prononcer définitivement début décembre sur ce programme, la fronde est montée au sein de la fédération internationale, menée par les conservateurs qui ne désespèrent pas de convaincre le président de l’instance basée à Lausanne, Thomas Bach et son état-major.

Pourtant, l’entrée de la course au large, de surcroît en France où elle est extrêmement populaire, s’inscrit parfaitement dans l’agenda 2020 du CIO, qui vise à dépoussiérer le programme et à une meilleure parité hommes/femmes.

Largement soutenue par la communauté de la voile, l’entrée de la course au large apporterait de fait du sang neuf dans un programme olympique dont le format des épreuves est parfois illisible pour le grand public.

« Je suis prêt à mettre mon plus beau blazer et ma plus belle cravate pour aller rencontrer Thomas Bach à Lausanne pour lui expliquer tout l’intérêt de valider début décembre la présence de la couse au large aux JO-2024 à Marseille », a encore assuré Nicolas Hénard.

Spectaculaire et plus télégénique que les parcours entre des bouées, l’épreuve qui doit durer 3 jours et 2 nuits, pourrait se disputer en juillet 2024 entre Marseille et la Corse, si la météo le permet. Illustration de la popularité de la discipline, le site Offshoredouble.org a déjà recueilli des centaines de soutiens, dont celui de Loïck Peyron.

Les autorités françaises et notamment la Préfecture Maritime de Méditerranée sont parfaitement préparées à gérer la sécurité de l’évènement : ” Nous disposons de moyens conséquents – maritimes et aériens – et cela s’inscrit dans nos missions de sécurité ” rappelait le VAE Isnard récemment.