16e du dernier Vendée Globe et désireux de participer au prochain, Conrad Colman fait partie des @RaceExperts de la Volvo Ocean Race. Son rôle ? Décrypter les stratégies, analyser et expliquer la météo, apporter sa connaissance du large, pour permettre de mieux comprendre la course autour du monde en équipage. Le Néo-Zélandais explique sa passion pour la Volvo Ocean Race et revient sur la deuxième étape.

Comment avez-vous été amené à faire partie des @RaceExperts de la Volvo Ocean Race ?
Je suis très flatté que la Volvo Ocean Race ait pensé à moi. Ils avaient regardé ce que j’avais fait pendant le Vendée Globe et d’après ce que j’ai compris, ils avaient apprécié ma façon de communiquer, si bien qu’ils m’ont proposé de venir les rencontrer à mon retour du Vendée Globe et nous nous sommes mis d’accord.

Que signifie pour vous la Volvo Ocean Race ?
En tant que natif de Nouvelle-Zélande et plongé dans la voile depuis que je suis gamin, j’ai toujours eu le nez dans l’America’s Cup et la Whitbread devenue la Volvo Ocean Race. À Auckland, il y a une grande concentration de fans de voile, c’est le seul endroit qui peut rivaliser avec la France dans ce domaine, et moi-même, j’ai toujours baigné dans cette culture. J’ai des souvenirs très précis des escales à Auckland, c’étaient pour moi des moments exceptionnels, je me baladais dans le village où on avait la possibilité de rencontrer nos héros néo-zélandais, Peter Blake et Grant Dalton. Notre Éric Tabarly à nous, c’était Peter Blake. Je me rappelle de l’édition 1989-90, sur le bateau de croisière familial, nous avions « chassé » Fisher and Paykel (barré par Grant Dalton, 2e au final) et Steinlager 2 (Peter Blake, 1er), nous regardions, fascinés, les deux bateaux se livrer à un magnifique combat le long de nos côtes. Cette édition a vraiment été un « highlight » pour moi car en tant que Néo-Zélandais, j’étais très fier de voir deux bateaux de mon pays, sponsorisés par des entreprises néo-zélandaises, gagner la course. C’était du jamais vu jusque-là et ça ne s’est pas vu depuis.

La Volvo Ocean Race vous a-t-elle donné envie de faire de la course au large ?
Oui, sans doute. La course m’attirait, mais aussi le côté aventure, le fait d’aller au bout du monde avec une bande de gars autour de toi en train de jouer avec les icebergs, ça me faisait rêver.
Vous la vivez désormais de l’intérieur après avoir disputé l’année dernière le Vendée Globe, la Volvo Ocean Race est-elle très différente des courses au large françaises ?
Disons que la dimension populaire de courses comme le Vendée Globe ou la Route du Rhum est assez unique : nulle part, on ne trouve autant de monde pour une course de voile. Sur la Volvo Ocean Race, ce qui est vraiment impressionnant, c’est le côté professionnel : tout est beau, propre, très bien organisé. En plus d’être une course passionnante sportivement, c’est une épreuve parfaite pour les partenaires et pour le public, avec les courses « Pro Am », les « In-Port », les arrivées et les arrivées d’étapes, les courses en M32… C’est un festival de voile à chaque escale, la quantité d’activités proposées autour du village est impressionnante, tout comme la diversité des moyens de communication mis en œuvre pour partager l’histoire.

Est-ce une course à laquelle vous aimeriez participer ?
Oui, vraiment et j’aimerais d’ailleurs bien mettre le projet en œuvre. C’est aussi pour ça que je suis très content d’être au cœur de la Volvo Ocean Race. Je ne cache pas que depuis que j’ai mis le pied à terre à mon retour du Vendée Globe, je me suis mis en action pour enchaîner sur le suivant avec un projet mieux pensé et un bateau plus compétitif. Le scénario idéal serait d’enchaîner Vendée Globe et Volvo Ocean Race sur le même bateau au sein du même projet, ce serait génial.

Pour revenir à l’édition en cours, quel regard avez-vous porté sur la deuxième étape de la Volvo Ocean Race entre Lisbonne et Le Cap ?

En tant que fan de voile, j’ai été bluffé : j’ai trouvé que c’était un spectacle magnifique avec ces bateaux qui ont navigué à vue tout au long de la course. Pendant le Vendée globe, ça m’est arrivé plusieurs fois de croiser mes concurrents, à chaque fois, c’était un moment exceptionnellement touchant de voir quelqu’un d’autre qui partageait la même chose que moi au milieu de nulle part, il y avait un côté humain très fort. Sur cette étape de la Volvo, c’est comme ça quasiment tout le temps mais là, c’est le côté compétitif qui entre en jeu : tu sais que la plus petite erreur est punie « sauvagement », c’est incroyable, et ce qui est superbe pour notre sport, c’est qu’on le voit. C’est bien de l’extérieur de dire que c’est serré, mais voir, comme cela a été le cas sur cette étape, les bateaux se lofer au moment de se croiser après trois semaines de course, c’est juste incroyable ! Les écarts sur la Volvo sont presque plus faibles que sur nos petites courses du week-end…

Les erreurs se paient en effet très cher, on l’a vu sur cette deuxième étape, avec celle commise par Dongfeng Race Team au sud-ouest de l’anticyclone de Sainte-Hélène qui lui coûte la victoire au Cap, qu’en avez-vous pensé ?

Sur cette étape, ils ont pris un millier de bonnes décisions, à chaque fois bien gérées, avec une stratégie et une exécution parfaites, et dans ce millier, ils en ont raté une et la course à été perdue pour eux. Cette question de décision, comment on la prend et comment on la vit ensuite, qu’elle soit bonne ou mauvaise, est passionnante, c’est finalement ce que nous vivons au quotidien et on peut d’ailleurs très bien appliquer ça au monde de l’entreprise. C’était vraiment intéressant pour moi d’essayer de comprendre pourquoi ils ont fait ce choix, peut-être dû à une erreur de communication dans la cellule de décision, mais aussi comment, derrière, ils se sont battus ensuite pour rattraper l’erreur. C’est vraiment une course passionnante, je me considère chanceux de pouvoir suivre cette course de si près.

Votre rôle est aussi de faire partager votre passion et votre expertise lors des directs, mais aussi dans des vidéos où vous expliquez les phénomènes météo, est-ce un aspect qui vous intéresse ?

Oui, complètement. D’ailleurs, ce genre de vidéo explicative faisait partie de mes objectifs lorsque j’ai fait le Vendée Globe, je voulais expliquer les phénomènes météo au grand public, je n’ai finalement pas eu le temps ni les moyens d’investir là-dedans. Nous avons fait ce Vendée Globe avec des bouts de ficelle, c’était presque un miracle de couper la ligne de départ, sans même parler de la ligne d’arrivée. Je suis donc super content, en tant que navigateur et fan de voile, d’avoir l’opportunité de faire sur la Volvo Ocean Race ce que j’avais imaginé sur le Vendée Globe. Je suis très motivé à l’idée de continuer à raconter les histoires de notre sport.