Jourdain parmi les siens

Sill dans le Vendée Globe
Sill dans le Vendée Globe

Il sourit, mais le cœur n’y est pas. Pourtant, en bon professionnel, Bilou a accepté de raconter une fois de plus sa mésaventure. De parler de cette maudite quille qui a torpillé tous ses espoirs le 17 décembre dernier. « Je suis encore sous le choc de cet abandon » ». «  »Tout ce qui ne tue pas… » » La gorge nouée, des mots qui peinent à sortir, la voix hésitante… Bilou, d’ordinaire si joyeux et prolixe, a le moral dans les chaussettes : «  »Ça me restera longtemps en travers de la gorge ! Là, j’ai les jambes molles, je suis abasourdi… Le Vendée Globe, c’est tous les quatre ans et j’ai 40 ans. J’ai bien demandé à Denis Horeau (NDLR : directeur de course) d’en faire un tous les ans… Sachez qu’on n’abandonne pas un Vendée Globe comme on abandonne une Transat. Un Vendée Globe, c’est une telle dose d’énergie, de stress, d’emm…, d’heures où on ne voit pas ses enfants ! Mais bon, il parait que tout ce qui ne tue pas, rend plus fort, alors…. «  »Comme si le marin voulait se convaincre que l’essentiel est finalement qu’il soit là, entouré de ses amis et partenaires. «  »J’ai bien pensé à continuer, mais pas avec cette avarie-là et surtout pas dans cette zone-là. Je n’avais pas envie de ruiner un projet en risquant de perdre un bateau et… un bonhomme » ». Heureux de voir l’ami Jean devant «  »Il n’est jamais simple de trouver des mots justes dans ces moments-là. Mais, sachant que la voile est un sport mécanique, on avait imaginé que ça puisse arriver. Maintenant, il ne faut pas rester traumatisé par cet aspect sportif. La vie ne s’arrête pas pour autant. Nous n’avons pas gagné cette fois-ci, ce sera peut-être pour la prochaine fois » », explique Gilles Falch’un, patron de la Sill dont l’histoire maritime avec Bilou remonte à plus de dix ans.Pour l’heure, la plaie est encore trop grande, trop vive, pour imaginer l’avenir. «  »On ne va rien décider trop tôt » », avoue Bilou qui suit la course à dose homéopathique : «  »Je suis simplement heureux de voir que Jean est là où il est. S’il est devant, ça veut quand même dire qu’on ne s’est pas trompé sur tout » ».Le regard se perd, le débit de paroles cesse. Puis reprend : «  »Quand je vois le scénario qui se profilait : j’étais en train de revenir et on se dirigeait vers ce que Jean et moi avions imaginé, c’est-à-dire se retrouver tous les deux devant, au contact… » » S’occuper du bateau Après les fêtes de fin d’année, Bilou et son équipe retourneront en Tasmanie afin de s’occuper du bateau. Le Brestois Jacques Le Berre, a été mandaté par les assurances afin d’expertiser la quille. Le «  »Sill et Veolia » » sera-t-il déquillé à Hobart, puis rapatrié sur un cargo ou réparé sur place et convoyé jusqu’en Nouvelle-Zélande. Une quille neuve va-t-elle être commandée ? Autant de questions qui, pour l’instant, restent sans réponses. » »Si les courses de bateaux peuvent s’arrêter rapidement, les histoires de bateaux, elles, continuent toujours » », termine Bilou qui en a au moins pour deux mois à lire tous les messages de solidarité et de sympathie qu’il a reçus. «  »En mer, je ne pensais pas une seule seconde que, derrière moi, il y avait autant de gens à se passionner pour cette aventure, à me soutenir. Et ça, ça fait chaud au cœur » ». P.E »

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